C’est le genre d’histoire que l’on préfèrerait ne jamais avoir à raconter… En octobre dernier, les gendarmes du Russey découvrent avec stupeur un poulain de deux ans, laissé pour mort, ligoté au fond d’un trou de cinq mètres de profondeur.
Après plusieurs heures d’efforts, les secours parviennent à extraire l’animal, encore en vie. Dans un état de faiblesse extrême et agonisant, le poulain est finalement euthanasié quelques heures plus tard.
Son propriétaire, un éleveur de chevaux comtois installé au Russey, comparaissait ce lundi devant le tribunal correctionnel de Besançon. Face à lui, sept associations de protection animale se sont constituées parties civiles.
Des justifications hésitantes qui interrogent
L’éleveur s’est présenté seul, la tête baissé et semble-t-il stressé, face au magistrat. Interrogé, l’homme a maintenu sa version initiale : « Pour moi il était mort et il ne respirait plus. Donc je l’ai chargé sur mon tracteur et je l’ai mis dans le trou. J’ai dû aller trop vite ».
Une version qui n’a pas du tout convaincu les avocats des parties civiles, qui sont montés au créneau : « Vous êtes éleveur de chevaux depuis plus de trente ans et vous ne savez pas reconnaitre un cheval mort d’un cheval vivant ? C’est surréaliste », a lancé Me Gérard, avocat au barreau de Paris et représentant la SPA, l’association Stéphane Lamart, AFA et Caniba.
Né avec une malformation à la mâchoire, l’animal avait des difficultés à se nourrir ce qui expliquerait, selon le propriétaire, son état désastreux. Autre élément troublant, à l’arrivée des gendarmes le poulain agonisant au fond du trou se débattait encore. Etonnant pour un animal qui semblait mort.
D’autres manquements détectés
À la suite de cette découverte, les services vétérinaires ont inspecté l’exploitation. Sur la quarantaine de chevaux présents, cinq mâles ont été retrouvés en état de malnutrition avancée.
« J’avais trop de chevaux à l’époque, je n’avais pas la place » a tenté de se justifier l’homme.
Pour les avocats des parties civiles, le fait que les chevaux délaissés soient tous des mâles n’est pas un hasard puisqu’ils ne remplissent qu’une fonction de reproducteurs. Pas besoin donc de s’en occuper comme il se doit.
Malgré ce constat, l’homme détient encore aujourd’hui 17 chevaux. Les avocats ont donc demandé une interdiction d’exercer toute activité en lien avec les animaux, ainsi qu’une interdiction d’en détenir.
Des difficultés personnelles invoquées
À la barre, l’éleveur a mis en avant ses difficultés personnelles et financières pour tenter de se justifier. « Aujourd’hui, les chevaux comtois ça ne marche pas. Je n’ai plus de revenus. »
Il a également évoqué un conflit familial ayant conduit à son exclusion du GAEC familial, rendant la gestion de son élevage encore plus difficile.
Des arguments rejetés par les parties civiles : « Les animaux n’ont pas à être l’exutoire des soucis personnels et professionnels des éleveurs ».
Verdict attendu le 20 avril
La procureur a requis une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis contre l’éleveur ainsi qu’une interdiction d’exercer une fonction en lien avec les animaux.
L’affaire a été mise en délibérée par la cour qui devrait rendre son jugement le 20 avril.































