Haut-Doubs. Aérodrome de Pontarlier : un projet aérien pour connecter HIFI Filter à ses filiales européennes

Lors du conseil municipal du 23 février, une convention d’autorisation d’occupation temporaire du domaine public constitutive de droits réels sur l’aérodrome de Pontarlier avec la société DEER CAPITAL France SAS a été approuvée. L’objectif est de construire un hangar à avions afin d’envoyer des cadres d’HIFI Filter dans les filiales européennes. Un projet qui ne fait pas l’unanimité.

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Aérodrome de Pontarlier
HIFI Filter (en arrière plan) se trouve à proximité de l'aérodrome de Pontarlier

Après le vote du budget primitif 2026, c’est le deuxième gros dossier qui a soulevé les débats lors du conseil municipal du 23 février. Une convention d’autorisation d’occupation temporaire du domaine public constitutive de droits réels sur l’aérodrome de Pontarlier avec la société DEER CAPITAL France SAS a été approuvée à la majorité, avec cinq oppositions. L’aérodrome est ouvert à la circulation aérienne publique, des associations à vocation aéronautique y sont établies, ainsi que des entreprises à vocation commerciale ou industrielle dans le secteur aéronautique. Le site accueille un trafic extérieur généré par l’avation de loisirs, l’aviation d’affaires ou par les missions de travail aérien. L’aérodrome est la propriété du site, comprenant les infrastructures et les terres exploitées par les agriculteurs pour la fauche. 

« Depuis le nouveau PLUIH de 2024, il y avait une extension d’environ 15 000m² réservée à l’accueil d’éventuelles activités liées à l’aéronautique et à l’aérien en règle générale », détaille Didier Chauvin, adjoint à l’Urbanisme. La société DEER CAPITAL France SAS, domiciliée à Pontarlier, s’est alors tournée vers la Ville pour construire un hangar à avions sur l’aérodrome de Pontarlier. La société est détenue par HIFI GROUP SA, qui détient notamment HIFI FILTER France à Pontarlier, de l’autre côté de la rocade, en face de l’aérodrome. L’entreprise est spécialisée depuis plus de 40 ans dans les solutions de filtration et de séparation pour les équipements mobiles et les process industriels. 

Envoyer des collaborateurs dans les filiales européennes

Concrètement, la société souhaite construire un hangar avec deux à trois petits avions à proximité immédiate de la filiale, basée à Pontarlier. Le but étant de disposer d’un moyen de transport rapide et flexible afin d’envoyer les collaborateurs de la société dans les différentes filiales européennes (Pologne, Roumanie, Espagne…). « Cela permettra aux cadres dirigeants de partir le lundi matin et de revenir le vendredi, gagnant ainsi un déplacement à Genève », souligne Didier Chauvin. La société s’engage également à réaliser à ses frais tous les équipements nécessaires à son exploitation, notamment ceux imposés par les contraintes aéronautiques et à céder à la Ville le taxiway, piste qui permet aux avions de gagner la piste de décollage, et la voie circulation qu’elle aura réalisés. Le conventionnement s’étale sur 70 ans. « La Ville restera propriétaire moyennant une redevance fixée à 3,50€/m² pour les 1500m² utilisés à savoir le hangar et le parking arrière. Ce projet nous a paru raisonnable et intéressant », poursuit Didier Chauvin. 

Une porte d’entrée pour un transport aérien autre qu’HIFI Filter ?

Cet avis ne fait pas l’unanimité du côté de la minorité. « DEER Capital France est une société qui a un capital social de 100 000€ qui va quand même investir 1M€ pour construire un hangar, mettre des avions, pour un aller-retour par semaine de cadres de l’entreprise. J’ai du mal à y croire. La crainte que nous pouvons avoir est qu’il y ait une porte d’entrée sur l’aérodrome en vue de développer un transport aérien qui ne concerne pas uniquement HIFI Filter mais également d’autres clients, et il n’y aurait rien à dire. Nous ne sommes pas du tout favorables au développement du transport aérien d’une façon générale », s’inquiète Gérard Voinnet. 

« Ce projet n’est pas que pour faire un aller-retour mais pour permettre aux commerciaux des allers-retours partout et le faire sur une journée au lieu de deux ou trois jours. Si DEER CAPITAL vient à avoir des difficultés, le bien revient à la collectivité. Il y a d’autres projets d’extension et de création aéronautiques sur l’aérodrome de Pontarlier. En termes d’activité économique, je pense qu’il faut se féliciter d’avoir quelques entreprises qui soient sur des niches industrielles. Sur le point bilan carbone, actuellement on a des gens qui prennent la voiture, vont à Genève et prennent de gros avions. Là, on aura des gens qui resteront sur Pontarlier, ne prendront pas la voiture et prendront de petits avions qui n’utilisent pas le même carburant, qui consomment beaucoup moins. Ils sont même prêts à financer le changement de la cuve le moment venu », souligne Patrick Genre.

Pour Bertrand Guinchard, adjoint à l’Économie « on sait aussi que s’il n’y a pas cette extension possible sur le secteur de Pontarlier, le risque est qu’un jour on décide de fermer HIFI Filter à Pontarlier parce que les coûts de déplacement sont trop importants. Ils sacrifieront moins une entreprise comme Pontarlier qui sera le centre de départ de tous les transports pour ses commerciaux et pour ses activités du monde ». Contactée, l’entreprise ne souhaite pas communiquer pour l’instant.