Anne Vignot a donné rendez-vous à la presse à 19h50 place Granvelle ce dimanche 22 mars. Ses soutiens, eux, l’attendaient à quelques pas, devant le Kursaal. Une dernière incompréhension, dans une campagne électorale qui en aura compté d’innombrables. Seule l’insoumise Séverine Véziès (LFI) s’est précipitée aux côtés de la maire sortante, esseulée face aux caméras, pour acter sa défaite.
Déboussolée, les yeux embués, Anne Vignot a tenté d’expliquer à chaud les raisons de cet échec. Battue par son principal opposant Ludovic Fagaut (53,29 %) au second tour des élections municipales 2026, l’élue n’a obtenu que 46,71 % des suffrages exprimés. « Nous avons toujours été extrêmement sincères quand, en face, il y a eu beaucoup de promesses, énormément de promesses. À cela s’ajoutent les mensonges, insinuations douteuses et propagation de polémiques… Je rappelle qu’une semaine plus tôt, le Rassemblement national expliquait qu’il y avait l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre leur programme et celui de M. Fagaut. Alors j’entends la colère des habitants, fâchés, au cœur d’une crise sociale dont on peine à sortir… » Interrompue par les cris de joie provenant de la Grande Rue, où des centaines de soutiens à Ludovic Fagaut acclament l’arrivée du nouveau maire élu à sa permanence de campagne, l’écologiste marque un temps. Un ultime coup pour la candidate, qui n’a rien vu venir. « C’est un vote, il est net. J’en tire les conclusions. Il va falloir retourner discuter avec les habitants pour mesurer ce qui est en train de se passer à Besançon, mais aussi en France. C’est au niveau européen, voire international, que se joue ce changement. »
Relevant la tête quelques minutes plus tard, réchauffée par des applaudissements et des sourires familiers, la maire sortante a annoncé qu’elle « serait là pour résister » sur le perron du Grand Kursaal. « Les promesses deviennent souvent des mirages et nous serons là auprès des habitants, lors du retour à la réalité. »
Anne Vignot, mal-aimée mais confortée
Ce dimanche 22 mars, c’est d’abord l’équipe de la maire sortante qui est revenue sur terre. Qu’un tel écart n’ait jamais été envisagé par les équipes de la liste Besançon vivante, juste et humaine en dit long sur la distance séparant le socle de la gauche bisontine du reste des habitants. Les signaux se sont pourtant multipliés au fil des années, au gré de polémiques futiles, de coups de communication ratés, de faits divers à répétition et d’une pression constante imposée par Ludovic Fagaut tout au long du mandat. Anne Vignot avait toujours promis « de faire de la politique autrement ». L’écologiste aura réussi à amener un savoir-faire, sans jamais parvenir à le faire savoir au plus grand nombre. « Même s’ils avaient un bon programme, même s’ils ont passé six années à faire de belles choses, ils seront désormais considérés comme l’équipe qui a fait perdre la ville à la gauche pour la première fois depuis 73 ans… », souffle un responsable politique de la gauche bisontine. « C’est une soirée qui marque l’histoire de la ville, même s’il y avait déjà eu une forme de droitisation avec le passage de Jean-Louis Fousseret chez les macronistes. Notre proposition était un peu plus à gauche et l’écart final n’est pas non plus insurmontable. Mais il faudra réussir à faire passer nos messages à l’avenir », relativise la communiste Aline Chassagne, adjointe à la culture. « On retient quoi d’Anne Vignot ? Des pistes cyclables et des bouchons. Alors qu’il y a eu tellement de belles choses mais aucun récit politique. C’est un immense gâchis », abonde un élu départemental.
Même son de cloche chez ses adversaires, conscients que la victoire de Ludovic Fagaut s’est construite au moins autant sur sa personnalité que sur le rejet d’Anne Vignot. « Ce n’est pas un hasard si un sondage annonçait dès le départ de la campagne électorale que 61 % des Bisontins ne souhaitaient pas sa réélection. Même si j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi sur le fond, j’ai senti qu’elle agaçait tout le monde sur la forme », tacle le sénateur Les Républicains Jacques Grosperrin.
Mais qui d’autre qu’Anne Vignot détenait une légitimité aussi forte que la maire sortante ? « Personne », assume son adjoint communiste Christophe Lime, comme tous les autres conseillers sortants. « Une maire qui brigue un second mandat après un bon bilan, la légitimité est plus que logique », enchaîne le communiste Hasni Alem.
« Garder la ville à gauche », le message inaudible qui a éclipsé un bon bilan
Loin d’être l’unique responsable, Anne Vignot n’aura surtout « jamais été épargnée », confiait-elle il y a quelques semaines. Y compris par ses alliés, comme en témoigne ce dernier règlement de comptes au Parti socialiste (PS) bisontin. La maire sortante et son équipe ont d’abord passé plus d’un an à discuter d’une future alliance avec les autres partis de gauche, en vain, avant d’aller à la rencontre des Bisontins pour défendre leur bilan. Le PS s’est lancé de son côté, puis La France insoumise a lâché l’écologiste début novembre 2025, à quatre mois du premier tour. Au terme d’un capharnaüm politicien, tout le monde est ensuite revenu pour « garder la ville à gauche ». Le message est devenu inaudible quand, en face, Ludovic Fagaut et son équipe martelaient leur envie de « redonner à Besançon la place qu’elle mérite » depuis plus d’un an, en promettant de grands projets.
Les quartiers populaires ne répondent plus
Les quelques semaines de campagne rayonnante et chaleureuse n’auront servi qu’à maintenir l’illusion d’une victoire possible, espérant une élimination de La France insoumise dès le premier tour et un maintien du Rassemblement national pour siphonner les voix de Ludovic Fagaut. L’exact inverse de cette équation bancale s’est produit dimanche 15 mars, sous les yeux médusés des équipes d’Anne Vignot. Reléguée à près de sept points de Ludovic Fagaut (40,13 %), la gauche a tenté le tout pour le tout dans une campagne d’entre-deux-tours aux allures de panique à bord. Élus régionaux, départementaux, militants, citoyens non encartés : un immense élan de soutien, comme Anne Vignot n’en avait jamais reçu depuis 2020, s’est organisé pour mobiliser les électeurs, à commencer par les abstentionnistes dans les quartiers populaires.
Là-bas, la gauche s’est surtout pris une dernière droite et a obtenu la principale raison de sa défaite : à l’exception du secteur Battant, les quartiers populaires ont voté pour Ludovic Fagaut (lire ci-contre). À quelques voix près, l’avantage de la liste Ensemble Besançon avance au premier tour est resté le même dimanche 22 mars, avec un peu plus de 2 600 voix. Si Anne Vignot a immédiatement confirmé qu’elle siégerait dans l’opposition, plusieurs de ses proches se sont montrés plus prudents : « la question n’a pas encore été évoquée ». Avec cette défaite, plus qu’une opposition municipale, la gauche bisontine cherche ses nouveaux leaders.




























