Besançon. Un premier conseil municipal explosif

Le vendredi 27 mars 2026 avait lieu le premier conseil municipal de la mandature de Ludovic Fagaut. Au-delà de marquer l'intronisation du nouveau maire de Besançon, ce conseil municipal marquait également l'entrée dans l'opposition d'Anne Vignot, maire sortante et de trois membres de La France Insoumise. D'une tension extrême, la séance a donné lieu à une passe d'armes historique entre la nouvelle majorité et l'opposition qui a quitté la salle.

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Ludovic Fagaut se voit remettre son écharpe tricolore lors de son intronisation comme maire de Besançon. ©PG

Ce premier conseil municipal de la mandature s’annonçait exceptionnel. Après 73 ans de domination, la gauche cédait la place à une majorité de droite, reléguant l’équipe municipale sortante d’Anne Vignot dans l’opposition.

Dans le même temps, la France Insoumise faisait également son entrée historique au conseil municipal. Une configuration politique inédite qui promettait des étincelles.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce conseil municipal a été exceptionnel — mais pas pour les raisons attendues.

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Une crispation dès les premières minutes

Dès l’entrée dans la salle du conseil municipal, la tension était palpable. Rien d’étonnant au regard de la campagne électorale et des derniers mois particulièrement animés.

Mais l’enchaînement des prises de parole de la nouvelle majorité, loin de calmer le jeu, n’a fait qu’accentuer ce climat. À commencer par celle du doyen du conseil municipal, Mohamed Aït Ali, qui, comme le prévoit la loi, a ouvert la séance.

Loin d’un discours d’apaisement, son intervention a rapidement donné le ton. Fervent soutien de Ludovic Fagaut, il n’a pas hésité à adresser plusieurs piques à l’ancienne majorité. « La campagne qui s’achève a vu s’opposer deux visions de la société : celle d’une coalition au service d’une idéologie, et la nôtre, incarnée par Ludovic Fagaut, au service de tous les Bisontins », a-t-il déclaré.

Une allusion à peine voilée qui a immédiatement fait réagir les bancs de l’opposition. Parmi eux, Anne Vignot n’a pas caché son agacement face à des propos jugés partisans dans un moment censé rassembler. Le ton était donné.

Première pour le nouveau maire Ludovic Fagaut

Au moment de se voir remettre l’écharpe tricolore, symbole de son intronisation officielle comme maire de Besançon, Ludovic Fagaut a laissé paraître une certaine émotion. Lui qui ne laisse habituellement rien transparaître a brièvement baissé l’armure, sous les applaudissements d’une partie du conseil municipal et de sa famille, venue assister à ce moment historique.

Introduisant son discours par son attachement à la ville de Besançon et sa volonté d’être « le maire de tous les Bisontins », Ludovic Fagaut a énoncé les contours des premières mesures qu’il lancerait.

En premier lieu, il a émis la volonté de développer activement la diversité locale via l’instauration de « conseils de quartier, de réunions publiques et d’assises thématiques pour construire la ville ».

Autre priorité réaffirmée : la sécurité. Ludovic Fagaut a placé ce sujet au cœur de son mandat. Un choix déjà incarné par la nomination de son deuxième adjoint, Jean-Pascal Reyes, en charge de ce dossier.

Le maire a également annoncé vouloir « recruter et armer les policiers municipaux » dans les plus brefs délais, ainsi que déployer davantage de « caméras de protection » sur le territoire.

Il a finalement conclu sa prise de parole en s’adressant directement aux habitants : « Je serai un maire qui protège et irréprochable, je ne vous décevrai pas ». Lui et son équipe ont désormais sept ans pour convaincre les habitants.

L’opposition claque la porte

Derrière les formalités liées au protocole et qui ont rythmé le début de la séance, on sentait qu’une étincelle pouvait mettre le feu aux poudres. Elle n’aura pas tardé.

À peine son premier discours en tant que maire de Besançon prononcé, Ludovic Fagaut a décidé de laisser la parole à l’opposition. Mais une seule prise de parole, celle d’Anne Vignot, maire sortante de Besançon et cheffe de fil de l’opposition, a été accordée par le nouveau maire.

Il a ainsi refusé de donner la parole aux autres chefs de groupes de l’opposition, notamment à Séverine Véziès représentante de La France Insoumise et dont c’était le premier conseil municipal. Même sort réservé à Jean-Sébastien Leuba (Parti Socialiste), Aline Chassagne (Parti Communiste) ou encore Jérémy Jeanvoine (Génération.s).

Le règlement intérieur du conseil municipal prévoit la possibilité pour les responsables de chaque groupe politique de s’exprimer, mais pour Ludovic Fagaut, introniser maire de la ville quelques minutes plus tôt, les groupes politiques n’étant pas encore officiellement formés, la seule prise de parole valable aura été celle d’Anne Vignot.

Une décision qui a outré l’opposition. Une première suspension de séance de quelques minutes a donc été prononcée. Les membres de l’opposition se sont retirés pour se concerter.

Quelques minutes plus tard, Anthony Poulin, ancien adjoint aux Finances a pris la parole. Il a tendu la main au nouveau maire, arguant pour « conseil municipal apaisé, c’est notre volonté ». Mais Ludovic Fagaut a campé sur sa position, ne montrant aucun signe d’ouverture pour l’opposition : « je ne céderai pas à votre chantage, monsieur Poulain ».

Une phrase qui eu l’effet d’une détonation dans la salle. Les treize membres de l’opposition se sont alors levés et ont quitté la salle, sous un brouhaha assourdissant.

Manifestation de l\

À peine sortis du conseil municipal, les membres de l’opposition ont tenu une conférence de presse improvisée, à l’extérieur de l’Hôtel de ville au cours de laquelle ils ont dénoncé « les d\u00e9rives autoritaristes du nouveau maire ».

Séverine Véziès s’est empressée de prendre la parole aux côtés d’Anne Vignot : « On s’attendait à un autre scénario pour ce premier conseil municipal ». « Ludovic Fagaut ne respecte pas l’opposition. Il nous bâillonne, il nous refuse la parole alors qu’on lui a déposé les déclarations de groupes. »

Les trois élus Insoumis — Séverine Véziès, Martin Mellion et Hélène Magnin-Feysot —, qui participaient à leur premier conseil municipal, ne s’attendaient certainement pas à devoir quitter leur siège à peine installés. Arrivés quelques minutes plus tôt, fiers et souriants, ils endossent d’emblée leur rôle d’opposition.

Autre « provocation » du nouveau maire pour l’opposition, le vote de délibérations sur la composition des commissions du CCAS et d’appel d’offre des marchés publics.

Ces commissions, par principe, doivent associer des représentants de la majorité comme de l’opposition. Or, en l’absence de ces derniers — qui avaient quitté la séance — Ludovic Fagaut a tout de même fait procéder aux votes.

« Un manque de respect grave aux valeurs de la République » selon Anne Vignot qui a annoncé la saisine du tribunal administratif afin de faire annuler les délibérations.

Du côté de la majorité, les élus et soutiens de Ludovic Fagaut ont encensé la fermeté du nouveau maire, « qui ne s’est pas laissé faire ». Il a lui même réagi après le conseil municipal, déplorant une « opposition fidèle à ce qu’elle a été tout au long de la campagne. Je ne suis pas du tout étonné de ce comportement ».

À ce stade, une seule chose est sûre : le mandat risque d’être agité.

Provocation ultime : l’illumination de la Citadelle

« Nous redonnerons du prestige à la Citadelle en l’éclairant » avait déclaré Ludovic Fagaut durant la campagne électorale. Il l’a répété durant son discours d’intronisation à la mairie.

Dès le 26 mars dernier, la Citadelle de Besançon est éclairée, malgré l’arrêté municipal qu’avait pris Anne Vignot interdisant l’illumination du monument jusqu’au mois de juin afin de protéger les oiseaux pendant leur période de reproduction.

Une mesure plus que symbolique décidée par le nouveau maire qui montre la rupture totale de vision avec Anne Vignot.

L’équipe municipale sortante a d’ailleurs vivement réagi : « On voit clairement où sont les priorités de monsieur Fagaut », a réagi l’ancienne maire de Besançon.

Les 16 adjoints de Ludovic Fagaut 

Au delà des remous suscétés par ce premier conseil municipal, le nouveau maire Ludovic Fagaut a dévoilé la liste de ses 16 adjoints qui l’accompagneront tout au long de son mandat.

Des femmes et des hommes qui joueront un rôle clé dans la politique de la ville.

1ère adjointe : Emmanuelle Huot-Cusenier.

L’avocate de 54 ans et actuelle Bâtonnier du Barreau de Besançon hérite d’un poste sensible en charge des Ressources Humaines d’une collectivité de 2 500 agents et de l’égalité Femme/Homme.

2ème adjoint : Jean-Pascal Reyes.

À 65 ans, l’ancien chef d’état-major de la Direction départementale de la sécurité publique et éphémère patron de la police municipale de l’ère Fousseret, prend les rênes de la sécurité et la tranquillité publique à Besançon, l’une des missions prioritaires du nouveau maire de Besançon.

3ème adjointe : Myriam Lemercier.

Elle avait rejoint l’équipe de Ludovic Fagaut en 2020. Âgée de 62 ans, elle prend en charge la Politique de la ville, la vie des quartiers et la vie associative.

Venue de la gauche et très impliquée dans le monde associatif, elle a l’oreille des quartiers.

4ème adjoint : Fabrice Taillard.

Il prend en main les Finances de la Ville et la Coopération territoriale.

Âgé de 52 ans, ce contrôleur à la DDFIP et vérificateur de la Cour régionale des comptes est en terrain connu pour gérer au plus près les finances de Besançon.

5ème adjointe : Isabelle Bordat.

L’aide à domicile de profession de 55 ans prend en charge l’Éducation, l’Enfance, Jeunesse et Famille.

 

Clément Darcq (6ème adjoint) en charge des Affaires sociales et du CCAS, Annie Gauthier (7ème adjointe) en charge de la culture, Serge Couësmes (8ème adjoint) sera chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Animations, Foires et Marchés.

Cet ancien chef d’entreprise et commerçant de Besançon âgé de 69 ans, qui a quitté récemment la présidence de l’Union des Commerçants de Besançon, en connaît les problématiques.

Christine Werthe (9ème adjointe) aura en charge l’attractivité touristique de la ville et notamment la Citadelle et le patrimoine Vauban.

Guillaume Bailly (10ème adjoint), chargé d’affaires bancaire va prendre en charge l’Urbanisme, les Espaces verts, l’Environnement et la Propreté.

Esther Szwarc (11ème adjointe) occupera le poste sensible de la Santé, de la Prévention et du Handicap.

Parmi les autres adjoints nommés ce vendredi 27 mars, on note la présence de Pascal Orlandi (12ème adjoint).

Le président de l’Amicale Cycliste Bisontine âgé de 61 ans, figure emblématique du vélo à Besançon, qui prendra en charge les Grands travaux, la Voirie et la Transition écologique.

Emmanuelle Meunier (13ème adjointe) prendra en charge les relations internationales et les jumelages.

Frédéric Parise (14ème adjoint) ancien footballeur et entraîneur du RC Besançon, prend en charge les sports et les équipements sportifs.

Véronique Jelsch (15ème adjointe) aura en charge l’évaluation des politiques publiques.

16ème et dernier adjoint : Didier Gendraud. À 59 ans, cet élu venu de la gauche aura en charge l’histoire, la laïcité, la citoyenneté et le devoir de mémoire.

Il devra également mettre en place la démocratie participative promis par le maire et lutter contre les discriminations.

 

Une responsabilité importante pour ces 16 élus qui, pour la plupart, n’ont jamais connu une telle mission.

P.G et Y.Q