
Le constat ne laisse guère de place au doute. « Une sécheresse inconnue au bataillon. » À l’issue du point exceptionnel organisé mardi 25 août, Stéphane Sauce, président de la FRSEA Bourgogne-Franche-Comté, décrit une année agricole qui dépasse ce que la profession avait connu jusqu’ici. Élevage, grandes cultures ou viticulture : aucune production n’est véritablement sortie indemne. « Il n’y a pas une exploitation qui, sur un sujet ou sur un autre, ne sera pas impactée », complète Vincent Lavier, président de la Chambre régionale d’agriculture de Bourgogne-Franche-Comté.
Chaleur et sécheresse ont pesé sur les rendements, tandis que les quelques pluies récemment tombées ne suffisent pas encore à relancer la machine. Et l’inquiétude dépasse déjà 2026. Certains semis de colza ont germé grâce aux faibles précipitations avant de sécher dans un sol toujours trop sec. « On commence déjà à cumuler les pertes pour 2027 », alerte Vincent Lavier. À cela s’ajoutent les charges nécessaires pour préparer la prochaine campagne.
Dans les élevages, les achats de fourrage imprévus pèsent également sur les comptes. Les conséquences de cette campagne pourraient donc se prolonger durant plusieurs mois. Les responsables agricoles évoquent notamment davantage d’avortements dans certains troupeaux et le risque de voir des animaux non productifs entrer dans l’hiver. « Ce ne sera pas qu’en septembre. C’est aussi au mois de janvier, c’est aussi en avril de l’année prochaine que ça va être difficile », prévient Stéphane Sauce.
Redonner rapidement de la trésorerie
Face à l’urgence, représentants agricoles, Région et partenaires économiques cherchent d’abord à redonner de l’oxygène aux exploitations. « Une des priorités qu’on doit avoir en tête, c’est de redonner un souffle aux agriculteurs », insiste Stéphane Sauce. Achats de fourrage, nouvelles plantations ou récoltes réduites ont créé des besoins financiers immédiats.
Parmi les principales demandes figure une « année blanche ». Les annuités bancaires seraient reportées en fin de tableau, tandis que les frais financiers seraient pris en charge afin d’éviter un reste à charge pour les exploitants. Le Conseil régional soutient la piste : un courrier a été adressé le 25 août à la ministre de l’Agriculture pour appuyer cette demande. Une avance de trésorerie avec prise en charge des intérêts par la Région fait également partie des solutions évoquées.
Les représentants professionnels demandent parallèlement davantage de souplesse administrative face au caractère exceptionnel de l’année : reconnaissance d’un cas de force majeure, gel de l’augmentation des fermages ou mesures sur le foncier non bâti font partie des pistes avancées. Derrière les chiffres, une autre alerte monte toutefois : celle de l’épuisement humain.
Un « point de bascule »
La santé mentale des agriculteurs a occupé une place importante dans les discussions. Aux difficultés climatiques et financières s’ajoutent des contraintes administratives que la profession juge toujours plus lourdes. « On a une perspective d’avenir qui devient de plus en plus sombre », résume Stéphane Sauce. Des cellules de suivi existent dans les Chambres d’agriculture, notamment en lien avec la MSA, et peuvent permettre l’intervention de psychologues ou un accompagnement humain.
L’enjeu dépasse ainsi la seule récolte 2026. Avec des exploitations fragilisées et des jeunes qu’il faut encore convaincre de s’installer, les responsables agricoles redoutent des conséquences durables pour les campagnes. Une nouvelle réunion doit permettre d’aller au-delà des mesures conjoncturelles et de travailler sur des réponses plus structurelles.
Car après cet été, le vocabulaire employé traduit la gravité ressentie sur le terrain. « Pour les plus anciens dont je fais partie, c’est quelque chose d’assez inédit. Moi, je n’ai jamais connu ça dans ma carrière », témoigne Vincent Lavier. Puis vient cette formule qui résume l’alerte lancée par la profession : « On sent bien quand même qu’on est à un point de bascule. »



























