Invité de la semaine. Loïc Sébile, orchestrateur pour le film d’animation “Les Légendaires”

Originaire de la Vallée de la Loue, Loïc Sébile a créé la Compagnie Allée des Cerisiers à Vuillafans. Il dirige également l’orchestre universitaire de Besançon Franche-Comté (OUBFC) et il vient récemment de s’ouvrir au cinéma en ayant été orchestrateur pour le film d’animation Les Légendaires, une adaptation de la BD à succès de Patrick Sobral.

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En quoi consiste le métier d’orchestrateur ?

Il s’agit de travailler avec des compositeurs qui créent la musique donc les mélodies, les accords. En lien avec eux, on décide quelle couleur d’orchestre mettre pour illustrer une intrigue, une image, une histoire. On choisit les instruments, on les équilibre – leur dire comment jouer – c’est-à-dire fort ou doucement, en pinçant la corde ou en jouant avec un archet, pour les cordes par exemple.

On décide vraiment de la couleur, de l’instrument et de la manière de jouer.

Vous avez été orchestrateur pour le film d’animation Les Légendaires. Comment ce projet a-t-il vu le jour ?

Je connais les compositeurs. Cécile Corbel est une harpiste très connue pour avoir travaillé avec les studios Ghibli au Japon. C’est la Française qui a écrit pour Arrietty, le petit monde des chapardeurs. J’avais déjà travaillé avec elle et son mari Simon Caby.

Un jour, ce dernier m’appelle en me demandant si je pouvais l’accompagner dans ce travail. C’était une expérience que je ne connaissais pas et j’étais content de pouvoir le faire. On a pu définir un effectif d’instrumentistes, de musiciens. J’ai travaillé huit mois pour le faire. On a enregistré en mai 2025 avec un orchestre d’une quarantaine de musiciens, l’orchestre Colonne à Paris.

Tout ce qui est musique du monde (cornemuse, flûte irlandaise), ce n’est pas moi. J’ai travaillé avec le compositeur sur la partie orchestre symphonique. Il m’a laissé une grande liberté pour tout ce qui est cuivre.

Vous avez créé la Compagnie Allée des Cerisiers (comédie musicale), vous êtes directeur de l’OUFBC, là on passe sur du cinéma… c’était un nouveau défi ? 

Je suis musicien pour l’image. Quand on est sur de la comédie musicale ou du théâtre, c’est un peu le même concept : la musique est en second plan mais extrêmement importante. Elle essaie de raconter et de renforcer ce que l’on voit en termes d’émotion, d’intention.

Je trouve que pour le cinéma, c’est un peu pareil. Dans le rôle d’orchestrateur, on est vraiment en second plan, mais c’est un gros travail passionnant. C’est un vrai point commun. Quand on est chef d’orchestre, c’est un peu pareil. On essaie de faire avec les couleurs de l’orchestre et de raconter quelque chose.

Je m’y retrouve dans tout ça, mais c’est vrai que ce sont des personnes et des univers différents. Sur le film, j’ai pu travailler avec un réalisateur et l’auteur d’une BD.

Y a-t-il d’autres défis à relever quand on atteint le cinéma ?

On a travaillé dans nos studios respectifs avec les compositeurs. On a un joli son et quand on arrive au cinéma, ce qui m’a fait bizarre, c’est qu’il y a tous les bruitages et les dialogues par-dessus.

« Des fois, un travail très fin, très précis fait en studio, est assez drôle de le voir au cinéma car il y a du combat par-dessus ou du bruitage. » Sinon, la technique d’orchestration est exactement la même.

Pourquoi ce projet est fascinant pour vous ?

On s’attache aux personnages. On les voyait se créer. J’ai travaillé avec une partie de l’animation où les personnages ne sont pas finis en termes d’esthétique. Les mouvements sont très saccadés, tout est à peu près dans les mêmes couleurs.

Il n’y a pas encore les yeux, les cheveux ne bougent pas, tout est vraiment un peu gris, violet. On voit que c’est en cours de fabrication. On se met à les aimer comme ça alors quand ils apparaissent très beaux à l’écran, on est intéressé par tout ça et on vit avec ces personnages pendant quelques mois. C’est passionnant.

En tant que papa, c’était génial car mes enfants ont pu suivre jusqu’à aller voir le film en famille. Il y a une sensation spéciale quand même.

Qu’avez-vous ressenti en voyant la version finale ?

« La première fois, j’ai eu le trac [rires]. » C’est une adaptation d’une BD avec beaucoup de fans. Il y a eu des parti-pris qui pouvaient surprendre et finalement il y a de beaux retours, mais il y a une petite pression à la base.

Par contre, je l’ai vu une deuxième fois et on est plus détendu. On voit que le réalisateur était passionné.

Quels sont vos prochains projets ?

Au niveau de l’orchestration, je repars sur de la comédie musicale, avec deux à orchestrer. J’ai une musique pour un parc d’attractions à composer. J’ai une autre orchestration pour une pièce de théâtre. Le cinéma m’a tellement plu que j’aimerais continuer cette expérience.

C’était un rêve oublié, je m’amuse beaucoup avec le spectacle vivant mais quand j’étais adolescent, j’aurais signé tout de suite donc je suis content de l’avoir fait.

En tant que chef d’orchestre, je découvre le métal symphonique. Je dirige l’OUFBC depuis quinze ans et les étudiants avaient vraiment envie de faire ça. C’est un petit coup de cœur.

Les places partent vite, on devrait faire deux belles dates à Micropolis les 17 et 18 avril. On est 180 sur scène.