Le pétrole : production, raffinage et taxes, un produit de luxe

C’est l’actualité du moment. Les carburants atteignent des prix insupportables pour le porte-monnaie des particuliers et pour les comptes des entreprises. Rappel des lieux de production et des méthodes de raffinage pour mieux comprendre l’envolée des prix.

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Les raffineries de pétrole, une industrie très complexe pour les besoins du quotidien
Les principaux producteurs de pétrole en 2020

Les Etats-Unis tiennent la corde avec 19,51 millions de barils/jour soit 19% de la production mondiale. En seconde position, l’Arabie Saoudite produit 11,81 millions de barils/jour. Sur le podium, la Russie arrive en troisième position avec 11,49 millions de barils. Puis viennent le Canada (5,50 millions de barils), la Chine (4,89 millions), l’Irak (4,74 millions), les Emirats Arabes Unis (4,01 millions), le Brésil (3,67 millions), l’Iran (3,19 millions) et le Koweït en dixième position avec 2,94 millions de barils produits par jour.

Côté raffinage, l’Europe est un nain

Les plus importantes raffineries du monde se situent en Inde, en Corée du Sud, à Singapour et aux Etats-Unis. La raffinerie de Jamnagar en Inde, la plus importante du monde, a une capacité de production de 1 240 000 barils par jour. En comparaison, la plus grande raffinerie française, celle de Gonfreville-l’Orcher en Seine-Maritime, qui emploie 1 500 salariés, transforme 253 000 barils par jour (chiffres 2019).

Pourquoi les carburants sont si chers

Première étape, la décomposition du prix. Le coût de distribution représente environ 5%, les taxes 45% et la matière première 50%. Les cours du brut sont restés élevés sur les marchés mondiaux du fait de la reprise économique qui tire la demande, et du conflit ukrainien. L’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP) estime que la production de 100 millions de barils par jour a légèrement dépassé celle de 2019.

Seconde étape, l’OPEP regroupant les pays exportateurs de pétrole (dont la Russie) a augmenté sa production en juillet. Le prix du baril de « Brent » a un peu baissé mais la parité désormais de l’Euro par rapport au Dollar américain renchérit les achats de pétrole.

En France, le gasoil représente environ 75% du carburant routier vendu en France. Par manque d’anticipation et d’idéologies politiques, les capacités de raffinage ont baissé fortement depuis une quinzaine d’années. Le gasoil est donc très majoritairement importé, dont plus de 30% de…Russie (pour le moment).

Le raffinage, un processus industriel très complexe
tour de distillation de pétrole ©Connaissances des énergies

Il consiste à transformer le pétrole brut en produits énergétiques (essence, gasoil, fuel, kérosène…) et en produits non énergétiques (lubrifiants, bitumes et paraffines). Le raffinage du pétrole s’effectue en trois grandes étapes.

La distillation atmosphérique consiste à séparer les différents composants. Le pétrole brut est injecté dans une grande tour de distillation, haute de 60 mètres et large de 8 mètres environ, où il est chauffé à environ 400°C. Les différents hydrocarbures contenus dans le pétrole brut sont vaporisés : d’abords les légers, puis les moyens, et enfin une partie des lourds. La température décroît au fur et à mesure que l’on monte dans la tour, permettant à chaque type d’hydrocarbure de se liquéfier afin d’être récupéré. Les plus légers sont récupérés tout en haut (gaz, essences), puis les plus lourds (kérosène, gasoil, fioul) et enfin les résidus (huiles et bitumes).

La distillation est suivie d’une transformation des produits, de l’amélioration de leur qualité. Cette étape permet en particulier aux raffineries européennes de s’adapter à la demande de gasoil du marché continental. Elle consiste enfin à réduire la teneur en soufre (gasoil) ou le rendre inoffensif (kérosène). Seuls le propane et le butagaz ne nécessitent pas de traitements particuliers. Ils sont captés tout en haut des tours de raffinage.

La dernière étape permet d’obtenir des produits finis répondant par exemple aux normes environnementales. Pour réussir toutes ces opérations complexes, les raffineries doivent disposer de stocks importants de produits bruts. Elles sont donc tributaires au quotidien de la variation des prix.

Les produits sont enfin acheminés vers le consommateur final, au travers des réseaux de stations-service et de dépôts sur tout le territoire.

Il faudra bien payer un jour les cadeaux de l’Etat

Jean Castex avait annoncé une première remise de 18 cts€ applicable au 1er avril dernier. On peut penser qu’il y avait un arrière-goût électoral dans la décision du Premier Ministre, à quelques semaines de l’élection présidentielle. Sur décision du gouvernement d’Elisabeth Borne, la remise est portée à 30 cts d’€ depuis le 1er septembre pour une période de deux mois, puis réduite à 10 cts d’€ jusqu’au 31 décembre 2022. Cet accompagnement de l’Etat disparaîtra normalement au 1er janvier 2023. Précision importante à rappeler : il ne s’agit pas d’une réduction des taxes perçues sur les carburants qui serait vue comme « anti écologique », mais bien d’une remise qui est remboursée aux distributeurs de carburant. Que se passera-t-il au 1er janvier 2023 si le marché du pétrole brut continue de flamber (guerre en Ukraine et parité Euro/Dollar) dans un contexte budgétaire de l’Etat français très contraint? Soit le gouvernement poursuivra les cadeaux après Noël au risque d’augmenter la pression fiscale des entreprises et des particuliers et d’augmenter l’endettement déjà abyssal de la France dans un environnement de taux d’intérêt plus élevé. Soit ce seront les ménages et les entreprises qui devront s’endetter pour faire face à l’incurie des gouvernements depuis des décennies au risque d’une possible flambée sociale.

En la matière, les revirements électoraux de la politique nucléaire de la France nous conduisent aujourd’hui dans un état de dépendance économique. En 2012, François Hollande et son secrétaire général adjoint à l’Elysée (un certain Emmanuel Macron) avaient décidé de rompre avec la poursuite de l’énergie nucléaire. En 2017, après la fermeture programmée de Fessenheim, Nicolas Hulot avait engagé la fermeture de 17 autres réacteurs. Il aura fallu attendre la campagne présidentielle de 2022 pour tenter d’inverser la tendance et promettre la construction de nouvelles centrales nucléaires. Dix années de perdues en atermoiements et renoncements industriels ont conduit la France à une perte de souveraineté en matière énergétique.

Dans le même temps, le gouvernement d’Elisabeth Borne incite (avant de contraindre) aux économies d’énergie, à réduire la consommation d’électricité…tout en finançant l’achat de véhicules électriques ! Allez comprendre.

Yves Quemeneur