Quelles sont les raisons du lancement de cette expérimentation chez les sapeurs-pompiers du Doubs ?
Le constat au niveau départemental est simple : il y a entre 30 et 40 agressions de sapeurs-pompiers par an soit 3 agressions par mois en moyenne. Les agressions vont des menaces, des insultes, des crachats jusqu’à la tentative d’agression physique avec des tessons de bouteilles ou avec une arme blanche. Ce sont des chiffres qui sont plutôt stables depuis quelques années mais la gravité des agressions est de plus en plus importante puisque la grande majorité des agressions signalées sont physiques. D’ailleurs, dans 80% des cas, ce sont les victimes qui sont les agresseurs. Souvent lorsqu’il y a prise d’alcool ou de drogue par la victime, le contexte est favorable à une potentielle agression physique. Il est donc devenu obligatoire pour les sapeurs-pompiers de se protéger avec de nouveaux équipements, lors de certaines interventions de secours à personnes qui sont à risque.
Comment est né le projet d’équiper les sapeurs-pompiers du Doubs de gilets pare-lame ?
Ce projet d’expérimentation vient d’abord d’un organe de pilotage du SDIS25 composé de la direction du SDIS, les organisations syndicales des sapeurs-pompiers et les élus. C’est finalement le groupe de travail sécurité dont je fais partie, qui a acté la mise en oeuvre de l’expérimentation des gilets pare-lame. Ce dispositif, qui couvre le haut du corps et les organes vitaux, permet de protéger les sapeurs-pompiers qui sont confrontés de manière usuelle à des situations violentes dans le cadre du secours à personnes. L’expérimentation a débuté en janvier 2026 dans les quatre Centre de Secours Principaux (CSP) du département à savoir Besançon Centre, Besançon Est, Montbéliard et Pontarlier.
Concrètement, comment et quand décidez-vous de les utiliser ?
L’utilisation des gilets pare-lame se fait selon 2 possibilités : soit le risque d’agression potentielle est identifié par le Centre de Traitement de l’Alerte (CTA) à l’appel. Le gilet est dans ce cas-là automatiquement rajouté aux personnels intervenants. Il s’agit ici de motifs de départ comprenant tous types de rixes avec ou sans arme. La deuxième possibilité dépend de l’équipage de secours lui-même : du contexte, du secteur et de la personne secourue, les sapeurs-pompiers qui partent en intervention peuvent demander à prendre les gilets pare-lame.
Comment est reçu l’expérimentation par les sapeurs-pompiers sur le terrain ?
Le déploiement du dispositif de protection individuelle dans le SDIS25 fait suite à la volonté des représentants des sapeurs-pompiers de mieux se protéger contre les potentielles agressions. Les gilets pare-lame sont donc bien reçus par les agents. Le déploiement est très récent mais ce que l’on constate aujourd’hui c’est que les gilets pare-lame sont utilisés en intervention que ce soit en systématique ou à la demande du personnel.
Quel est le coût pour le SDIS ?
Un gilet pare-lame coute environ 500€. Sachant que pour protéger un équipage complet pour du secours à personne, il faut trois gilets-pare lame. Cela fait 1500€ par véhicule qui part en intervention. Si nous généralisons la mesure à l’ensemble du département, ça aura un cout certain pour le SDIS25. Mais sur ce saujet, le prix ne rentre pas dans la balance. La sécurité des agents prime sur les enjeux financiers.
Ce dispositif de protection individuelle modifie-t-il vos rapports avec le public ?
Le modèle qui a été retenu est peu visible, il « se fond dans le décor ». L’objectif principal était justement de ne pas modifier la perception des personnes que l’on vient secourir et qu’elles ne s’aperçoivent pas que l’on a une protection supplémentaire.
Et après l’expérimentation ? Quelle est la suite ? Envisagez-vous d’autres dispositifs ?
L’objectif à terme est de généraliser l’expérimentation à l’ensemble des casernes du département selon les besoins et les risques des interventions. En complément du gilet pare-lame, nous allons expérimenter dans les prochains mois les caméras-piétons. Cet autre dispositif a plutôt un effet dissuasif sur des situations avec beaucoup de tensions. Lorsque les individus agités sont informés de la présence de caméra piétons, cela fait souvent baisser la tension.






























