
Rencontrer Lutte Ouvrière (LO) en période d’élection, c’est retrouver un visage familier après une longue absence. À Besançon, ce visage est celui de Nicole Friess qui, à 72 ans, continue inlassablement « de porter la voix des travailleurs ». « J’ai commencé en 1977 et on ne lâche rien, tant qu’on peut, on y va ! », sourit l’intéressée.
Pas de programme, juste une tribune
Qu’importe les très faibles scores obtenus à chaque scrutin, l’enjeu est ailleurs pour le parti trotskiste. « On ne nous donne jamais la parole, seules les périodes électorales nous le permettent, pour crier notre colère, dire ce que l’on pense et tirer la sonnette d’alarme sur ce monde horrible dirigé par ce capitalisme destructeur », enchaîne la candidate, ancienne adjointe administrative au CHU Jean-Minjoz. Inflation, bas salaires, plans de licenciement, guerre : l’ensemble de la vie des travailleurs est un motif de révolution pour LO. Une colère qui ne se concentre pas uniquement sur Besançon. « Nous n’avons pas de programme municipal. Nous ne sommes pas des faiseurs de rêves alors que les dotations municipales émanent de l’État, qui mène une politique capitaliste totalement opposée au bien-être des travailleurs. Cette candidature est une tribune pour se faire entendre et porter haut notre drapeau. Tant qu’on ne renverse pas ce système global, on n’arrivera à rien », poursuit Nicole Friess. Tout le monde en prend pour son grade, de l’extrême droite à La France insoumise, tous désireux « de prendre la place sans réellement changer les choses », selon la candidate. « Attention, je m’entends très bien avec des militants encartés ailleurs que je croise dans des réunions syndicales ! Ils ont leurs convictions et je les respecte, mais au niveau national, leur étiquette n’a qu’une ambition de pouvoir. »
Une liste complète grâce à un socle indéboulonnable
Malgré une campagne discrète et l’absence de programme municipal, Lutte Ouvrière est toujours parmi les premiers partis à déposer une liste, grâce à un socle solide de militants prêts à s’engager. Trouver un autre parti bisontin qui, seul et sans médiatisation, parvient à inscrire 55 noms n’est pas mince affaire. Ne pas défendre un programme municipal n’empêche pas d’avoir des idées. « Je vis à Planoise depuis 2000. Si j’étais élue, et nous savons que c’est utopique, la première chose serait de préempter tous les logements vacants pour les sans-abri, migrants et jeunes non accompagnés », lance Nicole Friess. C’est précisément là où s’arrête le combat de Lutte Ouvrière : voter pour le parti révolutionnaire ne signifie pas que cette révolution serait portée par ces défenseurs. « Ce seront les travailleurs qui décideront, qui s’organiseront ensuite », assure la candidate. Si la raison d’être du parti implique sa disparition, au regard des derniers scores obtenus, Lutte Ouvrière a encore une belle espérance de vie. À Besançon, Nicole Friess table sur 1 % des suffrages. Peu, certes, mais qui pourrait faire pencher la balance en cas de score ultra serré comme en 2020 à Besançon… mais la candidate balaie toute hypothèse d’appel utile au second tour : « Ça n’arrivera jamais ». « Nous ne sommes pas propriétaires des voix des travailleurs. Voter pour nous est un geste politique fort, les travailleurs n’ont pas besoin de chef pour décider ! »
M.S

































