Pontarlier. « Une aventure humaine » : Patrick Genre revient sur 30 années de mandat

Entré dans la vie municipale en 1995 en tant qu’adjoint, Patrick Genre est nommé maire par le conseil municipal en 1999, suite à la démission d’André Cuinet. Il restera à la tête de la ville jusqu’en 2026, en laissant désormais sa place à Patrick Comte. Dans cet entretien, Patrick Genre revient sur ces trois décennies marquées par la rencontre d’innombrables personnes.

41
Lors de son dernier conseil municipal, Patrick Genre a reçu une écharpe symbolique ©CT

Qu’est-ce qui vous a amené à la vie municipale en 1995 ?

J’ai été contacté par André Cuinet qui composait sa liste pour les élections de 1995. Je suis issu du monde associatif, mon dernier club était le rugby. André Cuinet m’a proposé d’être adjoint au Sport et à la Communication. C’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier.

C’est comme ça que j’ai commencé ma vie publique, ce qui n’était pas au départ dans mon plan de marche. J’étais plutôt destiné à rester dans l’associatif. J’ai accepté avec plaisir car je restais dans le domaine que j’affectionnais. Je me suis très vite impliqué avec André Cuinet et son équipe. Les événements ont fait qu’en 1999, il a été obligé de démissionner et j’ai été élu par le conseil municipal.

Qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous avez été nommé maire en 1999 ?

Ça a été une réflexion et une gestation relativement longue et compliquée par rapport au contexte. Ça a été beaucoup de questionnements. Est-ce que j’en avais les capacités, l’envie ? J’en ai beaucoup discuté avec les membres du groupe qui m’ont proposé de prendre cette place, avec mon épouse également. C’était une décision importante. J’ai accepté avec honneur cette proposition.

Art & Fermetures

En 1999, vous avez été élu par le conseil municipal, en 2001, cette fois par les habitants. Quelles étaient les émotions ?

Ça a été ma première campagne en tant que tête de liste, des quatre campagnes que j’ai faites par la suite. Là, c’était vraiment quelque chose d’exceptionnel. Pour la première fois, l’annonce avait été faite aux Annonciades.

Quand on voit le résultat d’une campagne de terrain qui se traduit par une victoire très nette au premier tour, (à chaque fois j’ai été élu au premier tour), c’est une explosion de joie, de fierté mais aussi une prise en compte de grosses responsabilités. Les personnes qui vous ont élu mettent beaucoup de confiance en vous et vous avez en contrepartie une responsabilité vis-à-vis d’eux de répondre à leurs attentes.

Vous avez vécu d’innombrables moments depuis, est-ce qu’il y en a un qui vous a marqué ?

C’est compliqué. Peut-être le premier, le jour de notre première élection. C’est ce qui a marqué le début de cette grande aventure que j’ai pu vivre comme maire de Pontarlier. C’est ce qui a symbolisé le début de l’engagement au sein de la Ville de Pontarlier en tant que maire élu démocratiquement.

Est-ce qu’il y a des projets dont vous êtes particulièrement fier ?

J’ai eu la chance de pouvoir gérer la ville avec toutes les équipes qui m’ont accompagné. C’est plutôt l’évolution générale de la ville qui est pour moi une vraie satisfaction. Je pense que la ville de Pontarlier est reconnue partout comme étant une ville qui s’est développée, qui s’est aménagée dans tous les sens du terme, qui a une vie associative extrêmement intense, dynamique, dense.

On peut faire différemment mais personne ne peut reprocher à la ville de s’être imposée comme étant une ville importante dans le département. Ce n’est pas un projet parmi d’autres mais plutôt l’ensemble de ce qui a été mis en œuvre et pas que dans l’investissement, la création, le béton. C’est aussi dans la vie interne, associative, tous les événements qu’on a pu faire venir à Pontarlier qui ont fait sa renommée.

Pontarlier demeure une ville moyenne, 19 000 habitants, et on a quand même pu accueillir des événements, des personnalités. Il y a des choses qui peuvent être critiquables, et je l’admets volontiers. Mais quand on prend une décision, il faut toujours se demander si l’approche aurait été la même il y a 25, 20, 15 ans. Il faut se poser cette question avant de juger ce qui a été fait ou pas.

Être maire d’une ville comme Pontarlier n’est pas une mince affaire, comment gérer tout ça ?

Dans tous les sens du terme, être maire, être responsable, c’est avant tout une aventure humaine. C’est ça qui m’aura marqué. Une aventure humaine avec l’équipe qui vous accompagne, les services – rien ne se fait sans eux – mais ce sont aussi les relations qu’on établit au fur et à mesure par la présence sur le terrain. C’est ce qui m’a toujours motivé.

J’ai essayé de garder cet état d’esprit, en restant simple, accessible, proche. Cette proximité est ce qui fait aussi le côté excitant de la fonction de maire. Avec le développement des réseaux, c’est aussi ce qui fait que c’est de plus en plus compliqué. La majeure partie reste correcte, mais il y a beaucoup de personnes qui deviennent plus intransigeantes, exigeantes, qui veulent tout, tout de suite, sans forcément avoir tous les éléments permettant de décider.

J’ai connu cette évolution ces dix dernières années qui ne va pas toujours dans le bon sens. C’est bien de débattre, exposer son point de vue, mais encore faut-il le faire avec tous les éléments en main. Mais globalement, je retiens cette aventure humaine exceptionnelle. La fonction de maire permet de découvrir des personnes captivantes, passionnantes dans leur implication, qu’elle soit économique, associative ou autre.

Avez-vous des regrets ?

C’est un constat plutôt qu’un regret. Le temps de la décision publique n’est pas le même que celui que l’on a chez soi ou dans le privé. C’est vrai que parfois, la complexité, la lourdeur des décisions administratives, juridiques, financières, font qu’on aimerait que ça aille plus vite et on ne peut pas. Il faut savoir prendre en considération cet environnement mais qui est aussi une protection.

Quand on est élu, on gère des fonds publics. Ce sont aussi des garanties pour la population que tout est fait dans le respect et qu’on ne dilapide pas l’argent. C’est vrai que j’aurais souhaité mettre en œuvre un certain nombre de projets peut-être plus vite mais c’est aussi tout l’intérêt de préparer des projets et de les laisser à la discrétion des nouvelles équipes.

Celle de Patrick Comte a des projets préparés par l’équipe sortante. Elle les prendra ou pas, c’est son choix, mais il faut travailler dans la continuité.

Pour vous, la vie politique s’arrête là ?

Totalement. J’ai pris une décision il y a six ans de dire que ce serait mon dernier mandat. La vie politique s’arrête là, ça ne veut pas dire que je ne m’y intéresserai plus mais ce sera à titre personnel. Il n’y aura aucun autre mandat ou implication politique de ma part. Je vais me diriger peut-être à nouveau vers le monde associatif.

Vous aviez beaucoup de casquettes (maire, président de la CCGP, président des maires du Doubs, président du conseil de surveillance de l’hôpital…). Comment naviguer entre toutes ces responsabilités ?

J’étais motivé pour l’être et c’est important d’être présent dans différentes structures. Le maire ou les adjoints, ce n’est pas forcément le maire. Moi, c’était mon cas mais je le souhaitais aussi. Être au cœur des instances c’est aussi être au cœur des informations, de l’actualité et de pouvoir aussi apporter son point de vue, être le relais.

Je vais garder autant que possible, au moins jusqu’à la fin de l’année, la présidence de la fédération hospitalière de France Bourgogne-Franche-Comté. Je vais rester au conseil d’administration de la FHF nationale, je vais rester impliqué dans la santé. Si je peux essayer de rester après, je le ferai. C’est un domaine qui m’intéresse particulièrement.

Pour le reste, les différentes implications, ce sont aussi les opportunités ou l’histoire qui ont fait qu’on m’a sollicité de prendre tel ou tel poste. J’ai accepté car il me semblait important de le faire mais aussi par rapport à la Ville de Pontarlier elle-même.

Vous avez rendu officiellement les clés, l’écharpe, comment vous sentez-vous ?

Ça a été progressif. Depuis le 15 mars 2025, un an avant les élections, c’étaient pratiquement que des dernières. Je savais que je ne me représentais pas donc je savais que c’était mon dernier 14 juillet, ma dernière fête de la musique… en tant que maire.

Les deux éléments très forts ont été mes derniers vœux à l’Espace Pourny et mon dernier conseil municipal, mais ça a été très progressif, jusqu’au dernier jour, vendredi (27 mars, ndlr). Il y a eu des adieux et des au-revoir multipliés par de très nombreuses personnes, des services qui m’ont fait une haie d’honneur. J’étais préparé mais ça fait toujours quelque chose malgré tout.

Beaucoup d’associations, lors des dernières représentations, derniers concerts ou autre qui ont tenu à me remercier. La dernière manifestation en date a été le CAP foot. Un maillot m’a été remis et j’ai eu l’honneur de donner le coup d’envoi du match contre Sochaux 2. J’ai eu plein d’autres marques d’affection et d’amitié par beaucoup de personnes et c’est la plus belle des récompenses. C’est ce qui vient du cœur le plus important. C’est ce qui m’a beaucoup touché.

Qu’est-ce qui va le plus vous manquer ?

C’est cette relation humaine que l’on a et qui s’établit par les fonctions de maire et c’est pour ça que je souhaite garder ce lien social dans ma sphère personnelle. C’est surtout ce qu’il faut préserver, certainement par une implication associative à venir.