Région. À Ornans, le musée Courbet propose une « rencontre intime » avec les oeuvres

Pour l’hiver 2026, le musée Courbet offre une expérience sensorielle unique. Du 7 février au 19 avril prochain, les collections du Petit Palais font appel aux cinq sens, un concept inédit pour une "Rencontre intime" avec des œuvres et leur environnement.

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Benjamin Foudral
Benjamin Foudral, Conservateur-directeur du musée et du pôle Courbet d'Ornans ©YQ

Benjamin Foudral, le conservateur et directeur du pôle Courbet veut transformer l’exposition temporaire d’hiver en « un parcours sensible, une autre manière d’entrer en relation avec les œuvres, fondée sur l’émotion, les sens, le souvenir et l’expérience personnelle de chaque visiteur ». Une évolution propice, l’année 2026 du 50ème anniversaire de l’évolution du musée Courbet. C’est effectivement en 1976 que le département du Doubs a acquis ce joyau au bord de la Loue qui n’a cessé de grandir depuis. 50 000 visiteurs le fréquentent chaque année et c’est même 80 000 personnes qui suivent les pas de Gustave Courbet dans le cadre du pôle Courbet (atelier du peintre, maison de Flagey, sentiers….). Le conservateur du musée a également rappelé que l’année 2027 sera une période très riche où la ville d’Ornans honorera le 150ème anniversaire de la mort du maitre de la peinture réaliste.

Mobiliser la vue, le toucher, l’odorat et l’écoute

« Rencontre intime » Chaque visiteur recrée le tableau en déplaçant les personnages au gré de son imagination ©YQ

Ce « parcours sensible » met en dialogue plus d’une dizaine d’œuvres issues des collections du Petit Palais et du musée Courbet autour du thème universel de la famille. On y découvre les liens intimes entre les artistes et leurs proches. Chez Gustave Courbet, la figure tutélaire du grand-père est transfigurée par le cadrage et les fonds de couleur, évoquant sagesse et autorité naturelle. Pour Armand Gautier (1825-1894), la figure familiale est faite de douceur et de bienveillance.

Inventer de nouveaux dispositifs de médiation

Sentir l’odeur du chocolat chaud devant le portrait d’une enfant ou actualiser au XXIe siècle les propos de Juliette Courbet, c’est une invitation pour permettre à un large public de découvrir ou redécouvrir l’histoire d’une œuvre qui n’est pas seulement un tableau.

« Portrait de Juliette Courbet »

Le portrait de Juliette Courbet, peint par son frère Gustave ©YQ

Une salle est entièrement consacrée à la jeune sœur de Gustave Courbet et à son portrait peint en 1844 par son frère. Il s’agit de s’arrêter pour prendre le temps de la contemplation. Jeune modèle de son frère, une création sonore de fiction, totalement décalée, donne la parole à celle qui, lasse de poser, parle à sa meilleure amie de sa tenue du XIXe siècle avec des mots du XXIe. A peine plus loin, des extraits de la correspondance de Gustave Courbet avec sa jeune sœur, sont lus par les équipes du musée. La salle invite à une « rencontre intime » créant une relation émotionnelle avec la peinture, une façon pédagogique et ludique d’approcher des œuvres majeures.

Des magnets pour recréer les tableaux

Entrer dans l’intimité des portraits en modifiant le regard ou l’expression d’un visage. « Rencontre intime » pour entrer dans l’intimité des proches de Courbet (ici Régis Courbet, le père de Gustave Courbet) en changeant le visage du personnage ©YQ

Autour du portrait de Régis Courbet, le père du peintre, chaque visiteur peut recréer ou transformer les expressions du visage (la bouche, les yeux…) sur un tableau aimanté. Chacun recompose les expressions et explore les émotions à partir de l’original.

Juliette Courbet et le Petit Palais, un mariage d’évidence

« Rencontre intime » s’inscrit dans un nouveau partenariat pour deux ans avec le Petit Palais Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Juliette Courbet, légataire universelle de son frère Gustave, avait fait deux importantes donations en 1906 et 1909 au Petit Palais, qui demeure un partenaire historique du musée d’Ornans. A l’occasion des 150 ans de la mort de Courbet, une exposition rendra hommage à Juliette « Juliette Courbet. A l’ombre de Gustave » (juin 2027).

Prolonger la visite par la lecture et le dessin

Le beau couloir donnant sur la Loue est propice à la réflexion et à la lecture ©YQ

Un espace de lecture a été aménagé sur le long couloir qui surplombe la vallée de la Loue, une façon de prolonger la visite en prenant le temps de la réflexion sur les œuvres à l’aide en particulier d’ouvrages à destination des enfants et des jeunes. Le balcon offre aux visiteurs l’occasion  d’une expression collective sur une thématique liée à l’exposition. Chaque semaine, une question différente permet aux visiteurs de partager leurs souvenirs et leurs émotions sur un grand tableau noir…

Enfin, la visite se conclut par une séance de création. Chacun va pouvoir imaginer son propre portrait de famille dans un espace dessin, faisant écho aux œuvres découvertes tout au long de la visite. Sous l’animation et l’imagination débordante de Benjamin Foudral et de son équipe, le pôle Courbet et son musée sont devenus des lieux d’exception, faisant d’Ornans une destination incontournable pour les amoureux de la nature, transcendée par Gustave Courbet.

Yves Quemeneur