Édito. Lionel Jospin, dernier souffle d’une politique intègre et juste…

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Rarement, la disparition d’un homme politique aura suscité autant de sympathie. De l’extrême gauche jusqu’à l’extrême droite, l’ensemble de l’échiquier politique français semble unanime, rendant hommage à cet « homme d’Etat », figure de la gauche plurielle. Depuis l’annonce de la disparition de Lionel Jospin, ce dimanche 22 mars 2026, un vent de tristesse et de nostalgie souffle sur une France de plus en plus fracturée. On ne peut pas s’empêcher d’entrevoir derrière sa disparition, un signe dont seul le destin a le secret. Au soir d’élections municipales historiques marquant la déroute électorale d’une gauche désunie qui continue inlassablement de creuser son tombeau, voilà que l’incarnation de la gauche plurielle s’éteint

Mais au-delà d’avoir grandement contribué à la construction du Parti Socialiste aujourd’hui moribond, Lionel Jospin était bien plus qu’un homme de gauche. Ainsi, une question fondamentale se pose. Comment expliquer à la jeune génération, dont je fais partie, ce que représentait Lionel Jospin sans galvauder son rôle dans la construction de la société française d’aujourd’hui ?

Peut-être faudrait-il tout simplement commencer par dire qu’il est l’initiateur de nombreux acquis sociaux. Avec lui, les Français ont par exemple obtenu la semaine des 35h, l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) portée par la Bisontine Paulette Guinchard – Kunstler, la fondation pour la mémoire de la Shoah, le PACS, la loi Besson sur les gens du voyage, une politique sur l’emploi forte avec notamment la création des emplois-jeunes. Autre élément particulièrement remarquable qui pourrait en faire pâlir plus d’un, Lionel Jospin fut à la tête du gouvernement le plus long de la Ve République, presque cinq ans. Une éternité lorsque l’on regarde la longévité des gouvernements actuels. 

Outre ses faits d’armes, Lionel Jospin était surtout l’une des rares figures à fonder la politique sur des principes, loin des formules démagogiques, des strass et des paillettes. Une politique à l’ancienne où la parole était d’or et où les valeurs ne se bradaient pas pour quelques miettes de pouvoir. Une politique fondée sur la franchise, qualité aujourd’hui presque disparue sur la scène publique. Pourtant, c’est cette même franchise qui lui joua des tours, comme lorsqu’il reconnut, sans langue de bois, avoir été trop naïf en pensant que l’insécurité baisserait avec la précarité. Mais peut-on raisonnablement reprocher à un homme politique sa franchise et son honnêteté, à l’heure où les promesses démagogiques, toujours plus irréalisables, sont devenues la norme ? En tout cas, à l’époque, cet excès de franchise semble lui avoir été fatal, le faisant échouer au premier tour de l’élection présidentielle en 2002, face à Jacques Chirac et Jean-Marie Lepen. C’est d’ailleurs cet échec qui provoqua son retrait de la vie politique. Quel homme politique aurait été capable de faire de même après une lourde défaite ? Derrière cette interrogation, à laquelle je ne répondrai pas volontairement, demeure une certitude : Lionel Jospin manquera grandement. Espérons néanmoins que sa mémoire et ses valeurs puissent inspirer les responsables politiques lors des prochaines échéances électorales… À bon entendeur.