Dans une étude publiée en mars 2026, l’écologue bisontin Gilles Sené tire la sonnette d’alarme sur la contamination des eaux par les PFAS dans le Doubs. Basée sur des données publiques fournies par l’Agence Régionale de la Santé (ARS) depuis 2018, cette étude analyse l’eau potable et les cours d’eau du Doubs. Entre inquiétudes sanitaires et divergences d’interprétation, le sujet s’impose dans le débat public.
Les « polluants éternels » au coeur des préoccupations
Le sujet des PFAS revient régulièrement sur la table. Derrière cet acronyme barbare, se cachent ce que les scientifiques nomment des substances per- et poly-fluoro-alkylées, plus communément appelées « polluants éternels ». Largement utilisés dans l’industrie et l’agriculture, on les retrouve principalement dans les tissus imperméabilisés, sur le fond des poêles non-adhésives et les moules en silicone, dans les pesticides, dans les mousses anti-incendie… « Ce sont des sortes de molécules blindées, très difficiles à casser » confie Gilles Sené. Mais leur persistance pose un problème majeur de santé publique. « Ce sont des molécules cancérigènes, des perturbateurs endocriniens qui agissent sur l’ensemble du système hormonal. On observe également une baisse de la fertilité », alerte le scientifique.
Une surveillance accrue de l’eau potable
Si les PFAS sont présents dans l’air, l’alimentation et l’eau, c’est cette dernière qui fait l’objet de la plus grande vigilance. « L’eau du robinet est le produit alimentaire le plus contrôlé en France », rappelle Christophe Lime, ancien vice-président de Grand Besançon Métropole en charge de l’Eau. L’élu souligne d’ailleurs que la collectivité a anticipé les obligations réglementaires, avec des analyses réalisées bien avant leur généralisation. Plus de 100 000 euros ont ainsi été consacrés à ces contrôles en 2025. Depuis janvier 2026, une vingtaine de PFAS doivent obligatoirement être recherchés dans les eaux en France, avec des seuils réglementaires à ne pas dépasser. Pourtant, pour Gilles Sené, ces contrôles restent incomplets : « Il existe des milliers de PFAS, dont une grande partie échappe encore aux analyses. ». Or, même si la plupart des prélèvements concernant l’agglomération de Grand Besançon Métropole restent en dessous des normes, Gilles Sené pointe du doigt la « micro pollution aux PFAS au niveau des réservoirs de Montrapon et Chailluz. Et pour Arcier, c’est pareil, même après la potabilisation il y a encore la présence de PFAS ».
La source d’Arcier, un point particulièrement sensible
La source d’Arcier a particulièrement attiré l’attention à l’été 2025, lorsque son eau a été déclarée non conforme après un dépassement du seuil autorisé. Gilles Sené souligne d’ailleurs que « l’eau la plus polluée à Besançon en PFAS vient de la source d’Arcier ». Pour l’écologue, l’origine de cette pollution serait directement liée au bassin versant du marais de Saône, où des boues de stations d’épuration sont régulièrement épandues sur les terres agricoles. Il pointe d’ailleurs la responsabilité des élus qui ont toujours ignoré les avertissements de la communauté scientifique « Depuis des décennies on dit qu’il faut arrêter les bêtises mais personne ne nous écoute », se désespère le scientifique. Pour l’ancien élu de GBM, « la pollution de l’eau provenant de la source d’Arcier est périodique. Elle peut être liée à plein de facteurs comme la météo, ou bien des phénomènes de résurgence de produits stockés dans les milieux karstiques. ». Concernant les accusations lancées par le scientifique, Christophe Lime prône la prudence : « Je suis très prudent avant d’accuser quelqu’un. Il faut chercher chez tout le monde. Nous sommes en lien depuis des années avec tous les acteurs du secteur, les industriels, les agriculteurs pour tenter de comprendre et de trouver des alternatives. L’idée c’est plus d’être dans la prévention et la pédagogie que dans la répression ».
Les cours d’eau du Doubs eux aussi contaminés
Au delà de l’eau potable, ce sont l’ensemble des cours d’eau du département qui sont contaminés par les PFAS comme le souligne Gilles Sené dans son étude : « Le PFAS sont a des concentrations très fortes dans les petits ruisseaux, surtout ceux qui sont associés a des zones industrielles comme dans le Pays de Montbéliard et l’Agglomération bisontine, car il y a très peu de débit. » Or, comme le rappelle le scientifique, « on a tendance à oublier que les poissons, la faune, la flore et même l’eau potable viennent de ces cours d’eau déjà pollués ». Alors comment solutionner le problème ? « Les traitements réalisés avec de l’ozone, à la station de la Malate ne sont que très peu efficaces quand on compare les données avant et après la station ». Pour le scientifique, il faut s’inspirer de nos voisins suisses qui ont investi massivement dans le traitement des eaux dans les stations d’épuration par du charbon actif. « Ça rajoute un traitement donc forcément des coûts en plus » précise-t-il. Mais ce n’est pas une solution a long terme. Le scientifique prône d’agir à la source mais cela ne pourra se faire qu’avec des décisions politiques majeures interdisant purement et simplement l’utilisation des PFAS dans le quotidien. « Le plus gros problème des PFAS c’est qu’il faudrait tout simplement interdire leur utilisation. Mais ça se joue politiquement et on a des limites économiques. »





























