Besançon. Logements, orgue de Saint-Ferjeux, tensions politiques : divisions au sein du conseil municipal

Une semaine après un conseil communautaire particulièrement mouvementé, le conseil municipal de Besançon s'est tenu ce jeudi 28 mai 2026 dans une atmosphère électrique. Si les questions du logement et de la rénovation urbaine ont occupé une place centrale dans les débats, les passes d'armes entre élus ont une nouvelle fois marqué la séance.

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Une semaine après un conseil communautaire particulièrement mouvementé, marqué par la démission du vice-président Franck Bernard à la suite de prises de position sur les réseaux sociaux, révélées par Mediapart, le conseil municipal de la ville de Besançon du 28 mai s’est tenu dans une atmosphère lourde et électrique. Malgré une chaleur étouffante dans la salle, les échanges n’ont rien perdu de leur intensité. Entre majorité et opposition, les relations demeurent particulièrement tendues.

Le logement au cœur des discussions

Malgré ce climat politique conflictuel, plusieurs débats de fond ont émergé, notamment autour de la question du logement. Quelques jours après la visite du ministre de l’Habitat et du Logement, Vincent Jeanbrun, le maire Ludovic Fagaut a souhaité revenir sur les perspectives offertes par le futur dispositif ANRU 3 à Besançon. « Il s’agit d’une approche à 360 degrés. Ce n’est pas seulement le bâti qui est concerné, mais un ensemble de politiques publiques, de la santé à la sécurité, en passant par la lutte contre le narcotrafic et l’installation de jeunes médecins« , a-t-il expliqué. La municipalité souhaite notamment intégrer le quartier Battant au futur programme destiné à accompagner la rénovation des quartiers prioritaires. Une orientation contestée par l’opposition, qui estime que d’autres quartiers prioritaires de la ville, comme Les Orchamps ou Palente, présentent des besoins aussi importants et devraient être, eux aussi prioritaires. Le volet social a également suscité des interrogations. La question du maintien des médiateurs sociaux présents à Battant, missionnés pour agir sur les addictions a notamment été soulevée. « Les médiateurs coûtent environ 800 000 euros pour trois ans à la ville. Nous allons évaluer l’efficacité de cette mesure coûteuse afin de déterminer si elle est justifiée« , a annoncé le maire, sans trancher directement la question. Une perspective qui inquiète l’opposition : « Je vous demande de ne pas éluder le volet social de ce quartier, il est fondamental », a insisté Sylvie Wanlin, conseillère municipale et ancienne adjointe chargée des Solidarités.

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Outre la visite ministérielle et la présentation des enjeux de l’ANRU 3 sur le territoire bisontin, un autre sujet lié au logement a particulièrement fait débat. Celui de la vente de trente logements sociaux du bailleur Néolia dans le quartier des Orchamps. Ce dossier a mis en lumière deux visions diamétralement opposées du logement et du rôle du parc social. D’un côté, la majorité qui a soutenu cette vente en mettant en avant le désir de devenir propriétaire pour de nombreux habitants, y compris ceux avec peu de moyens. Le maire, Ludovic Fagaut a d’ailleurs rappelé que « le locataire qui ne veut pas devenir propriétaire peut rester locataire. Il n’est pas chassé comme certains peuvent le sous-entendre ». De l’autre côté, l’opposition a alerté sur la diminution des logements sociaux « qui reste(ent) une brique majeure dans la construction de la ville » a rappelé Hasni Alem. Jean Sébastien Leuba est lui aussi monté au créneau, rappelant qu’ »il ne s’agit pas juste de faire en sorte d’accéder à la propriété. Il s’agit de renflouer les caisses des bailleurs qui sont devenus de véritables promoteurs immobiliers. Si on vend tant de logements sociaux dans tel quartier, il est légitime de demander un prévisionnel du nombre de logements sociaux qui seront construits sur les sept ans. »

Règlement de compte sur la rénovation de l’orgue de la basilique de Saint-Ferjeux

La rénovation de l’orgue centenaire de la basilique de Saint-Ferjeux, pour laquelle la Ville prévoit une participation de 50 000 euros, a également donné lieu à un vif échange entre l’ancienne et la nouvelle majorité. Vieux de plus de 130 ans, cet orgue est la propriété de la Ville. Ludovic Fagaut a défendu l’intérêt patrimonial et culturel de cette restauration tout en reprochant à l’ancienne équipe municipale son manque d’engagement sur ce dossier malgré les sollicitations de l’association de Saint-Ferjeux. Le député Laurent Croizier est lui aussi intervenu, critiquant vivement l’ancienne maire Anne Vignot. Cette dernière a contesté les accusations d’inaction, affirmant avoir contribué au projet. La réponse du député s’est voulue particulièrement cinglante : « Madame Vignot, vous avez une faculté à réécrire l’histoire. Vous avez le premier prix au Festival de Cannes, le rôle d’actrice vous va très bien » .

Des tensions omniprésentes

Si certains sujets ont pu être débattus sur le fond, les tensions entre élus ont continué de rythmer les débats. Plusieurs échanges particulièrement vifs ont marqué la séance, notamment entre Hasni Alem et Franck Monneur, assis l’un derrière l’autre dans la salle. Le premier a reproché au second de l’interrompre systématiquement lors de ses prises de parole. Un échange a également retenu l’attention. Lorsque Ludovic Fagaut a directement questionné Anne Vignot sur sa santé. Derrière cette question inattendue, une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, dans laquelle l’ancienne maire apparaît déséquilibrée à vélo après un contact avec une borne du centre-ville. Une intervention qui a provoqué les rires moqueurs d’une partie des élus de la majorité, dans un contexte de tensions récurrentes entre les différents groupes politiques.

La polémique des « cavaliers »

C’était la stratégie affichée par l’opposition. Dès l’ouverture de la séance, l’opposition a multiplié les interventions sur des sujets sans lien direct avec les délibérations examinées : questions restées sans réponse lors du précédent conseil, tags revendiqués par une mouvance d’extrême droite ou encore politique municipale en faveur des personnes LGBTQIA+. Dans le jargon politique, on appelle cela des « cavaliers« . Visiblement agacé par cette stratégie, Ludovic Fagaut a annoncé sa volonté d’y mettre un terme : « J’aimerais rappeler le fonctionnement de cette assemblée et que vous ne vous serviez pas de chaque rapport pour faire des cavaliers qui n’ont pas leur place. Je trouve cela malvenu. À l’avenir, il n’y aura plus de cavaliers. » Une décision immédiatement contestée par Anthony Poulain et Hasni Alem qui ont rappelé à Ludovic Fagaut que lorsqu’il siégeait lui-même dans l’opposition, il utilisait régulièrement cette pratique pour interpeller la majorité de l’époque. Séverine Véziès, élue de La France Insoumise s’est également empressée de répondre au maire : »Nous ne sommes pas des Playmobils. Nous sommes des élus de l’opposition qui veulent travailler sur le fond.«