Publié fin mars 2026 par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), le rapport consacré à la visite de six inspecteurs à la Maison d’Arrêt de Besançon, en septembre 2024, est accablant. Le document dénonce des conditions de détention « indignes », mais aussi une surcharge de travail et un manque chronique d’effectifs au sein du personnel pénitentiaire. Au-delà de ce constat officiel particulièrement sévère, les témoignages des surveillants décrivent eux aussi une situation alarmante.
Une surpopulation carcérale problématique
La Maison d’Arrêt de Besançon abrite un quartier pour les hommes majeurs et aussi une partie réservée aux mineurs. Mais la surpopulation carcérale demeure, comme partout en France, un problème majeur. « On est à plus de 460 détenus pour 250 places réelles », alerte Christophe Verneret, secrétaire régional adjoint du syndicat Ufap-Unsa Justice. « Tout est dimensionné pour 100 %, mais on tourne à 200″. Un constat qui est également rapporté par le rapport de la CGLPL qui évoque un taux d’occupation de 138%.
Le rapport évoque même une « surpopulation endémique (…) mettant en grande difficulté le fonctionnement global de l’établissement et ses infrastructures. » La violence entre détenus est en forte hausse dans l’établissement et serait, selon la CGLPL, une conséquence directe de la surpopulation carcérale.
Des infrastructures « lugubres, indignes et vétustes «
La prison de Besançon a été mise en service en 1885. Depuis, quelques travaux ont été réalisés, mais aucune rénovation en profondeur n’a été engagée. Les bâtiments demeurent particulièrement insalubres. Le rapport le souligne d’ailleurs explicitement : « Le vieillissement de l’infrastructure et des équipements atteint un point de non-retour. » Un constat particulièrement alarmant, qui fait froid dans le dos.
Autre élément marquant mis en avant dans le rapport « les cours de promenade sont lugubres et indignes. » Les inspecteurs pointent la vétusté des locaux, notamment des sols « trop abîmés pour que le nettoyage ait un impact positif« . Les sanitaires et les douches sont également dans un état déplorable : moisissures, carrelages cassés, pommeaux encrassés…
Conséquence : certains détenus n’ont pas accès aux douches pourtant obligatoires (au moins trois par semaine). Autre signe révélateur du manque d’hygiène, le rapport signale « la présence de nuisibles, notamment de cafards » dans l’établissement. Le rapport recommande explicitement la réalisation de « travaux de rénovation de l’ensemble de l’établissement (…) sans délai pour remédier à l’indignité des conditions matérielles d’hébergement« .
Des agents à bout de souffle
Au delà des conditions matérielles de détention particulièrement déplorables pour les droits des détenus, le personnel de la maison d’arrêt de Besançon est aussi en grande souffrance. Le rapport évoque « une situation très préoccupante », décrivant notamment « des pratiques managériales inadaptées ne laissant a priori que peu de place au dialogue et créant une souffrance au travail de nature à générer des arrêts maladies ». C’est le constat également décrit par les représentants des syndicats des personnels pénitentiaires. « On est à la gorge, on n’y arrive plus », lâche Christophe Verneret.
Le manque d’effectifs aggrave la situation. « Il manque environ 4 000 agents en France », rappelle Yannick Michaud, représentant UFAP (Union Fédérale Autonome Pénitentiaire). Par ailleurs, la charge de travail explose. « Les agents font jusqu’à 230 ou 240 heures par mois », détaille Christophe Verneret. Les heures supplémentaires s’accumulent. « Certains ont plus de 1 000 heures en attente ». Une situation jugée intenable. « Ils n’ont plus de vie de famille ».
Conséquence directe, le taux d’absentéisme des surveillants explose ces dernières années avec par exemple presque 11% pour Besançon. Cette situation n’a pas que des effets désastreux sur la profession. Les détenus payent aussi directement le prix des sous-effectifs. La CGLPL évoque par exemple « la désorganisation indéniable liée au manque de personnel » pour la prison de Besançon. Conséquence, le métier peine à attirer. « Travailler en prison, ce n’est pas une vocation pour tout le monde », reconnaît-il. Salaires jugés insuffisants, contraintes fortes, mutations imposées : « Il faut un sacré mental ». Résultat, les recrutements ne compensent plus les départs.
Des annonces accueillies avec prudence
Face à cette crise, des pistes ont été avancées par le ministère. Renforts d’effectifs, paiement des heures supplémentaires, développement d’alternatives à l’incarcération. Mais sur le terrain, la prudence domine. « Ça a le mérite d’être pris en compte, mais ce n’est pas à la hauteur », estime Christophe Verneret, secrétaire régional UFAP.
La question de la surpopulation reste centrale. « On incarcère toujours plus, sans avoir les moyens derrière« , analyse-t-il. Pour Yannick Michaud, certaines solutions existent. « Il faudrait développer les peines alternatives, comme les bracelets ou les travaux d’intérêt général ». Cependant, ces mesures posent aussi question. « Qui va les mettre en œuvre ? », interroge Christophe Verneret, évoquant la surcharge des services d’insertion. Un cercle vicieux. « On va soulager la détention d’un côté, mais recréer de la charge ailleurs ». Au final, les agents attendent des actes. « La solution, c’est du recrutement de masse », tranche Yannick Michaud. Sans cela, la situation pourrait continuer de se dégrader. « On fait au mieux avec les moyens qu’on a, mais on arrive à un point de non-retour ».
La situation observée à Besançon reflète plus largement la crise que traverse l’administration pénitentiaire française. Depuis plusieurs années, de nombreux établissements font face à une hausse continue du nombre de détenus, sans augmentation suffisante des capacités d’accueil ni des effectifs. Reste à voir si les engagements pris par le ministre seront respectés et pourront sortir tout le secteur de la crise.






























