Vous êtes élu depuis 31 ans et membre de l’Association des maires de France (AMF). En devenant président des maires du Doubs (AMD), vous faites des finances publiques une priorité. Pourquoi ?
Depuis plus d’une décennie, au fil des réformes, on a effacé l’autonomie financière des communes en leur supprimant des impôts locaux, au profit de dotations de l’État. Celui-ci nous dit, en résumé : « On vous donne de l’argent, mais vous assurez telle ou telle compétence. » Tout cela sans prendre en compte l’inflation, bien plus importante pour une commune que pour un foyer, ni en compensant à l’euro près la différence de recettes. Il n’y a pas mieux pour faire mourir les collectivités locales. Est-ce une volonté politique ? Personne ne l’assume vraiment. Je veux combattre cette dépendance et redonner du pouvoir aux élus. Sans liberté d’action, vous ne pouvez plus vous engager auprès de vos citoyens, vous devenez un simple porte-parole.
Vous croyez à un possible retour en arrière dans un pays où les gouvernements préfèrent davantage corriger des réformes que les abroger ?
Ce retour en arrière est soutenu par des milliers de maires en France. Je suis convaincu que notre fiscalité doit être remise à plat. Cela doit peut-être aussi passer par une réorganisation territoriale. Pour moi, les grandes régions ont été une erreur, il aurait été préférable d’avoir des communautés de communes avec les anciennes régions en fusionnant tous les départements. En clair, une Franche-Comté et des communautés de communes. C’est aussi une aberration d’avoir des zones géographiques différentes entre les cantons et les communautés de communes. L’autre erreur fondamentale est la suppression de la taxe d’habitation, on a rompu tout lien fiscal entre l’habitant et la commune. Il faut également mettre fin à la dotation globale de fonctionnement (DGF). Le rapport de la députée Christine Pirès Beaune met en évidence les limites de cette dotation : à euro constant, vous êtes toujours dans l’iniquité en matière de redistribution. Il faut imaginer la fiscalité de demain pour offrir le meilleur service au meilleur coût à l’habitant, en assumant que chacun doit contribuer à l’effort national.
Vous souhaitez élargir l’impôt à plus de foyers ?
Tout le monde se sert de l’école, de l’hôpital ou des routes. Ce n’est plus possible qu’un habitant ne paie pas un euro d’impôt. Chacun doit contribuer, en fonction de ses ressources bien sûr, cela vaut aussi pour les personnes les plus riches.
Augmenter le nombre de tranches d’impôt pourrait-il être une solution ?
Pourquoi pas si cela permet d’avoir une autonomie financière pour les collectivités. L’effort de redressement des comptes publics, nous y contribuons depuis des années. Nos budgets sont votés à l’équilibre avec une part de remboursement de la dette, tout en reprenant des services historiquement assurés par l’État. Les maisons France Services sont une magnifique réussite sur le territoire. Aujourd’hui, ce sont les collectivités qui doivent assurer ce service avec une aide financière dégressive de l’État. Nous avons aussi repris l’instruction du droit du sol, par exemple. L’État s’est allégé de milliers de personnes depuis des années et pourtant sa dette continue de se creuser, et nous en sommes victimes : le Fonds vert était une superbe idée avec un budget de 2,5 milliards d’euros qui vient de passer à 670 millions d’euros au niveau national. Avec les problématiques climatiques aujourd’hui, les efforts, c’est maintenant.
Vous pouvez désormais défendre cette cause auprès des candidats à l’élection présidentielle…
J’espère intégrer l’exécutif de l’Association des maires de France (AMF), toujours sur des questions de finances publiques. Nous allons surtout essayer de ne pas nous laisser emporter par le tourbillon de promesses et rappeler aux candidats qu’aujourd’hui, notre pays est très endetté. On ne va pas droit dans le mur, on y est déjà et c’est tous ensemble que nous pourrons en sortir.































