Dossier de la semaine. Les sapeurs-pompiers du Doubs à l’épreuve du changement climatique

Canicule précoce et intense, multiplication des malaises liés à la chaleur, explosion des feux de végétation, départs en renfort dans toute la France… Depuis le début de l'été, les sapeurs-pompiers du Doubs font face à une pression opérationnelle inédite. Alors que les épisodes de fortes chaleurs s'enchaînent, le service départemental d'incendie et de secours du Doubs (SDIS 25) doit composer avec des effectifs sous tension et des interventions en forte hausse. Une situation qui interroge sur la capacité du modèle actuel de sécurité civile à faire face aux conséquences du changement climatique

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Depuis le début des épisodes caniculaires, l’ensemble des services de secours sont en première ligne à commencer par les sapeurs-pompiers du Doubs. Déjà en hausse depuis le début de l’année 2026, l’activité opérationnelle des sapeurs-pompiers n’a fait qu’augmenter durant les périodes de canicule. Toutes interventions confondues, c’est une augmentation globale de plus de 41% qui a été enregistrée sur l’ensemble du département depuis début Juin avec près de 39% d’incendies en plus et 46% de secours à personne. 

Une hausse des malaises liés à la chaleur

Si les incendies de végétation retiennent l’attention chaque été, les conséquences sanitaires de la canicule ne sont pas négligeables et représentent aujourd’hui une part majeure de l’activité des secours. À eux seul, les sapeurs-pompiers du Doubs enregistrent une augmentation de près 46 % de leurs interventions liées au secours à personnes, avec une forte augmentation des malaises liés à la chaleur, des difficultés respiratoires et des pathologies cardiaques. Une situation qui met sous tension l’ensemble de la chaîne des secours. Cette surcharge se répercute directement sur les services d’urgence hospitaliers. Faute de places disponibles, les équipages des sapeurs-pompiers et du SAMU doivent parfois patienter plusieurs heures avant de pouvoir confier leurs victimes aux urgences. Faute de places disponibles, les équipages des sapeurs-pompiers et du SAMU doivent parfois patienter plusieurs heures avant de pouvoir confier leurs victimes aux urgences. « Nous sommes responsables de la victime depuis sa prise en charge jusqu’à son admission aux urgences. Tant qu’elle n’est pas enregistrée, nous devons rester à ses côtés. Pendant ce temps, un équipage de trois sapeurs-pompiers est immobilisé et ne peut répondre à aucune autre intervention », déplore un sapeur-pompier interrogé. Bien que de nombreuses interventions soient directement liées à la chaleur et aux circonstances naturelles de ces épisodes météorologiques, le lieutenant-colonel Lionel Touraisin rappelle que de nombreuses interventions pourraient être évitées si les personnes respectaient les consignes de prévention « Pendant ces épisodes de chaleur extrême, il est important de penser au collectif en adaptant son rythme de vie aux consignes de prévention qui sont passées pour éviter la sur sollicitation des services de secours.« 

Des feux de végétation qui se multiplient

La hausse des interventions concerne également les feux d’espaces naturels. Ainsi, les incendies de friches, de broussailles et de chaumes se sont multipliés, ces dernières semaines avec un risque grandissant de propagation aux massifs forestiers. Depuis le début de l’année, de nombreux feux d’espaces naturels ont déjà été recensés dans le Doubs. Les chiffres particulièrement élevés pourraient conduire à un record annuel. Parmi les incendies les plus marquants figurent notamment le feu de chaume des Auxons, le 8 juillet, qui a mobilisé une vingtaine de sapeurs-pompiers, ou encore l’incendie ayant détruit près de cinq hectares dans le Haut-Doubs le lendemain. Ces derniers jours, plusieurs départs de feu ont également nécessité d’importants moyens au Mont Bart, dans le Pays de Montbéliard, ainsi que dans la forêt des Épeçes à Vaudrivillers.

Des départs en renfort précoces

À cette activité locale s’ajoutent les renforts envoyés dans les départements les plus touchés par les incendies. Depuis le début de l’été, trois détachements de la zone Est ont déjà été engagés dans le Sud, en Saône-et-Loire et en Côte-d’Or, réduisant encore les effectifs disponibles dans notre département. Des sapeurs-pompiers du Doubs ont ainsi été engagés hors du territoire et la situation pèse sur d’autres effectifs déjà sollicités. Une équation de plus en plus difficile à gérer pour le Service d’Incendie et de Secours du Doubs (SDIS), soumis à des contraintes budgétaires et de recrutement toujours plus intense.

Le Doubs, un territoire de plus en plus à risque

Le changement climatique modifie progressivement le risque incendie dans tout le pays. Longtemps concentrés dans le sud de la France, les feux de forêt touchent désormais des départements jusqu’alors peu concernés par ces enjeux. C’est le cas de la Bretagne, de la région parisienne avec l’important feu dans la forêt de Fontainebleau ou encore de la Bourgogne. Le Doubs n’est pas épargné par le risque croissant lié aux feux de forêts. Avec ses nombreuses forêts, le territoire est de plus en plus surveillé par les sapeurs-pompiers du département qui craignent des feux d’ampleur, comme cela s’était produit il y a quelques années chez nos voisins du Jura. Pour pallier ce risque, des entrainements grandeur nature avec des Canadairs et des Dash sont organisés, tous les deux ans. En 2025, un impressionnant dispositif avait ainsi été déployé à Orchamps-Vennes avec un écopage dans le Lac Saint-Point.

Des moyens humains et matériels supplémentaires indispensables

Pour pallier ce risque devenu majeur, le Service Départemental d’Incendie et de secours du Doubs a du s’adapter en renforçant depuis plusieurs années ses effectifs spécialisés dans la lutte contre les feux de forêts. Aujourd’hui, 450 sapeurs-pompiers professionnels et volontaires sont formés dans la lutte contre les feux de forêt dans le département, soit près du double des effectifs formés il y a une dizaine d’années. Chaque année, ces spécialistes suivent des formations spécifiques afin de maintenir leurs compétences opérationnelles.

Indispensable pour lutter contre les flammes dans des terrains particulièrement cabossés, le département dispose aussi de 13 camions-citernes feux de forêt moyenne puissance (CCFM) répartis sur le territoire. Un chiffre conséquent qui permet un maillage territorial important et une rapidité d’intervention importante. Leur cabine est équipée d’un système d’auto protection qui arrose automatiquement le véhicule lorsqu’il est encerclé par les flammes. Ce dispositif permet de protéger les équipages durant quelques minutes en attendant de pouvoir se dégager, en cas d’arrivée des flammes. Contrairement aux fourgons incendie classiques, ces véhicules peuvent également progresser tout en attaquant le feu, ce qui constitue un avantage déterminant sur les feux de végétation.

Un changement de modèle inéxorable

Avec des budgets toujours plus contraints, une crise généralisée du volontariat, la hausse constante des interventions et la multiplication des épisodes climatiques extrêmes, les SDIS sont confrontés à une profonde mutation de leurs missions. Leur adaptation à ces nouveaux enjeux est désormais indispensable afin de garder une efficacité opérationnelle convenable. L’été 2026 pourrait ainsi marquer une nouvelle étape dans cette transformation de la sécurité civile française. L’enjeu s’est inévitablement imposé dans la campagne présidentielle et les choix politiques récents apparaissent totalement opposés à l’actualité : en octobre 2022, Emmanuel Macron avait assuré que le remplacement des 12 Canadair vieillissants détenus par la France serait effectué « d’ici la fin du quinquennat », après les mégafeux en Gironde qui avaient ravagé 30 000 hectares. À cela, s’ajoutait la commande de quatre avions supplémentaires prévus pour 2027. Aujourd’hui, seuls quatre sont garantis d’être livrés à ce jour, dont deux dans le cadre du programme européen. En parallèle, face aux coupes budgétaires de 52,8 millions d’euros décidées par le gouvernement de Gabriel Attal, à l’époque Premier ministre et aujourd’hui candidat, « cette annulation a contraint la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) à renoncer à la perspective de commande de deux canadairs hors du programme européen d’acquisition », note un rapport sénatorial sur le projet de loi de Finances 2025 de la sécurité civile.

Le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) du Doubs a officiellement réceptionné, au début de l’été, sept nouveaux véhicules destinés à renforcer leurs moyens opérationnels. Cette livraison représente un investissement de 1,5 million d’euros et s’inscrit dans le cadre du renouvellement de la flotte départementale. Parmi les acquisitions les plus importantes figure un nouveau camions-citernes feux de forêt moyenne puissance (CCFM) et une échelle pivotante automatique (EPA) de 33 mètres, destinée au centre de secours principal (CSP) de Pontarlier. « Avec ses 1 500 sorties par an, cette échelle sauvera des vies, c’est une certitude« , a confirmé le colonel Sébastien Freidig. Cinq autres véhicules viennent compléter le parc départemental. Un Véhicule de liaison chef de groupe (VLCG), un Véhicule de léger de secours médicalisé (VLSM), un Véhicule de secours médical (VSM), un véhicule de dépannage pour les mécaniciens (VAT) et un véhicule secours en montagne et milieux périlleux (VSMPM).

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