Tour de France : ces petites mains qui font vivre la Grande Boucle, dans l’ombre des champions

Ils ne montent jamais sur le podium, mais sans eux, le Tour de France n'existerait pas. Pendant deux jours, la rédaction Hebdo39/Hebdo25 a partagé le quotidien de ces femmes et de ces hommes qui font vivre la Grande Boucle, dans l'ombre des champions.

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Crédit : A.S.O.-Thomas-Maheux

Le peloton n’a pas encore quitté Dole que, déjà, la course a commencé. Non pas celle des huit coureurs de TotalEnergies, mais celle des femmes et des hommes qui, depuis plusieurs heures, s’activent dans l’ombre pour que rien ne vienne perturber leur journée. Les glacières sont pleines, les musettes prêtes, les téléphones affichent déjà le suivi de course. À 12 h 30, soit une vingtaine de minutes avant le départ des coureurs, les premiers véhicules quittent le paddock. Direction les zones de ravitaillement.

À bord, les échanges s’enchaînent naturellement. Rien n’est improvisé. Chaque membre du staff dispose de sa feuille de route. « Il faut toujours avoir 25 à 30 kilomètres d’avance pour ne jamais être dans l’urgence », résume Bastien Charbonnier. Le mot d’ordre est simple : anticiper.

Quelques dizaines de kilomètres plus loin, les véhicules se séparent. Sophie Bonsergent, assistante sportive, est déposée au bord de la route avec ses glacières et ses musettes. Dans quelques minutes, les coureurs passeront quelques secondes devant elle avant de reprendre leur route. Une fois le ravitaillement effectué, un autre véhicule viendra la récupérer pour la conduire directement à l’hôtel. Là-bas, une nouvelle journée commencera : préparer les chambres, installer les tables de massage, répartir les valises, mettre les bouteilles d’eau à disposition. Pendant que les coureurs pédalent, le reste de l’équipe prépare déjà leur arrivée.

Une course d’anticipation

Sur le Tour de France, rien ne ressemble à la veille. Les parcours changent. La météo aussi. Cette année, les fortes chaleurs obligent les équipes à multiplier les bidons, renforcer les contrôles d’hydratation et revoir certaines habitudes. « Tout le monde met la main à la pâte », souligne Bastien Charbonnier. Conducteurs de bus, nutritionnistes, kinésithérapeutes ou assistants sportifs participent à l’effort collectif.

À l’avant de la course, la technologie accompagne chaque décision. Une application permet de suivre en temps réel les écarts, les zones dangereuses, les sprints intermédiaires, les points de ravitaillement ou encore la position des véhicules des directeurs sportifs.

Derrière les huit coureurs de TotalEnergies gravitent près de quarante personnes. Trois directeurs sportifs, deux co-managers, sept assistants sportifs, quatre mécaniciens, trois nutritionnistes, un entraîneur, un community manager, un vidéaste, un attaché de presse ou encore deux pilotes dédiés aux hospitalités. Les huit vélos installés sur les galeries sont positionnés selon un ordre précis, ceux des leaders restant les plus accessibles pour gagner de précieuses secondes en cas de changement de machine.

Dans les coulisses d’une machine XXL

Le Tour, c’est aussi une circulation parfaitement orchestrée. Plus de 1 000 véhicules accrédités se partagent quotidiennement les routes de la Grande Boucle. Chaque déplacement est réglementé, chaque dépassement encadré. Une erreur peut coûter une accréditation. Les deux voitures des directeurs sportifs remplissent des missions bien distinctes : l’une accompagne les favoris de l’équipe, l’autre prend les devants pour assurer le ravitaillement ou rejoindre une éventuelle échappée. Une mécanique de précision qui tente de ne laisser aucune place à l’imprévu.

Un peu plus loin, dans les pentes du Ballon d’Alsace, dernier juge de paix de cette 13e étape, une autre scène résume à elle seule la précision de cette organisation. Chasuble fluorescent sur les épaules, talkie-walkie à la main, Vincent Rouxel Botas prend position sur le bas-côté droit de la route, seul endroit autorisé pour effectuer un ravitaillement.

À ses côtés, plusieurs bidons : certains remplis d’eau, d’autres de boissons enrichies en poudre nutritionnelle. À travers la radio, il prévient les deux coureurs alors à l’avant de la course de sa position. Quelques instants plus tard, dans le vacarme des encouragements, les cyclistes surgissent à pleine vitesse. Le geste est parfaitement maîtrisé. En une fraction de seconde, les bidons changent de mains, sans casser le rythme de l’ascension. Quelques secondes plus tard, le calme revient. Le staff replie son matériel, tandis que la course, elle, poursuit déjà son chemin vers Belfort.

Le bonheur roule en 2CV

À peine le départ fictif donné à Champagnole, dimanche 19 juillet que les premières notes de musique résonnent déjà entre les sapins jurassiens. Les coureurs ne sont pas encore partis que les célèbres 2CV Cochonou distribuent déjà leurs premiers cadeaux. Enfin presque. Car ici aussi, les règles sont strictes : impossible de lancer le moindre saucisson ou le moindre bob avant le départ officiel. Une fois le drapeau abaissé, la fête peut commencer.

Au volant de sa limousine Cochonou depuis vingt et un Tours de France, Damien, que tout le monde surnomme « Daminou », connaît cette mécanique par cœur. Dans la vie, il travaille au conseil départemental de la Dordogne. Chaque mois de juillet, il pose ses congés pour retrouver cette seconde famille. « Cochonou, c’est la vie de famille », sourit-il. Une famille de seize caravaniers, répartis sur huit véhicules, faisant de Cochonou la deuxième plus importante caravane publicitaire du Tour derrière E.Leclerc.

Chaque matin, les véhicules sont nettoyés, décorés, briqués jusque dans les moindres détails avant un briefing collectif. Les 2CV sont ensuite rechargées à bloc : 550 000 sachets de mini-saucissons et 105 000 bobs seront distribués pendant les trois semaines de course. Avant chaque départ, les voitures repassent par la case ravitaillement pour refaire le plein de cadeaux. Une organisation millimétrée qui permet de tenir jusqu’à la ligne d’arrivée.

La caravane, une autre course

Sur les routes sinueuses menant au Plateau de Solaison, les célèbres 2CV avancent en quinconce. Une disposition qui permet de réagir rapidement en cas de problème mécanique ou d’incident. Car malgré leur popularité, les anciennes Citroën ne sont pas des voitures comme les autres. Limitées à 50 km/h, elles avalent les cols à leur rythme. Dans les longues montées haut-savoyardes, certaines peinent davantage, mais finissent toujours par rejoindre l’arrivée.

Tout au long de la journée, un constat s’impose. À mesure que la caravane progresse, les bras se tendent, les sourires se multiplient et les célèbres bobs vichy rouges et blancs disparaissent en quelques secondes. Sur les portions les plus étroites de Haute-Savoie, la foule est parfois si dense qu’il faut redoubler de vigilance. « Ce que je retiens chaque année, c’est l’accueil du public. On est vraiment très attendus au bord des routes », confie Damien. Les pancartes « Cochonou, on vous aime » se succèdent, les enfants réclament leur bob et les adultes leur mini-saucisson.

Quelques heures plus tard, lorsque les derniers véhicules rejoignent le parking caravane de l’arrivée, une nouvelle routine commence. Les décorations sont démontées, les voitures nettoyées, les cadeaux rechargés pour l’étape suivante. Le lendemain, tout recommencera. Derrière la fête populaire que retient le public, la caravane mène, elle aussi, sa propre course contre le temps.