Edito. Cruel sentiment d’inachevé

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A bien des égards ce procès hors du commun fut une épreuve pour ses acteurs. Pour l’accusé Nicolas Zepeda, chahuté, poussé dans ses retranchements y compris par sa propre avocate, pour avouer un crime dont tout laisse à croire qu’il en est l’auteur. Pour Jacqueline Laffont, dont elle a avoué que sa dernière plaidoirie était surement l’une des plus difficile de sa vie. « J’ai essayé de défendre Nicolas Zepeda envers et contre tout, contre les charges, contre lui-même et parfois contre moi-même ».

Pour l’avocat général, le président de l’audience, les avocats des parties civiles aussi, la tâche fut compliquée. Face à un accusé qui n’a cessé d’enchaîner les réponses aussi approximatives que réfléchies, une manière déconcertante de lutter contre son destin, leur travail au corps aura porté ses fruits. La culpabilité de Nicolas Zepeda reconnue, personne n’a pu se réjouir pleinement de cette condamnation à 28 ans de réclusion criminelle contre le chilien.

Car personne ne peut s’empêcher de penser à la famille de Narumi Kurosaki. Kurumi, l’une des soeurs et Taeko, la mère, repartent cruellement bredouilles ou presque. Nicolas Zepeda n’a rien lâché. On ne saura surement jamais ce qu’il s’est passé dans cette chambre 106 du bâtiment Rousseau, la nuit du 4 au 5 décembre 2016. Ni comment le chilien a pu faire disparaître le corps de la japonaise. Une absence de réponses encore plus cruelle à encaisser après deux semaines de procès face à un assassin qui n’a cessé de jouer sur les mots, sans jamais laisser entrevoir un brin de piste. Taeko et Kurumi ont logiquement craqué au moment de leur témoignage, laissant jaillir leur rage et colère contre Nicolas Zepeda et sa famille. Le tribunal s’est levé, a applaudi. « Nous espérions que cette affaire serait résolue le plus rapidement possible. Nous tenons à exprimer notre plus profond respect pour les efforts consentis de la part des autorités françaises et japonaises, et de Me Galley, pour avoir permis d’inculper l’accusé et d’aboutir à une peine sévère. » expliquait ce mardi Yohei Suda, avocat japonais représentant la famille.

Chaque parent percevra 50 000 € au titre de l’immense préjudice moral subi. Ses soeurs recevront 40 000 €. La justice, a permis de condamner un homme malgré l’absence de corps et d’aveu. L’injustice, ne permet pas à la famille d’obtenir des réponses et de faire pleinement le deuil.

Martin SAUSSARD