Région. Le « Réalisme animal » mis à l’honneur au musée Courbet d’Ornans

Du 27 juin au 8 novembre 2026, le musée Courbet présente une exposition majeure de l’art animalier au XIXe siècle. Pour Benjamin Foudral, Conservateur-Directeur du Pôle Courbet, elle est en quelque sorte le prolongement d’une exposition sur « les chasses de Monsieur Courbet » présentée à Ornans en 2012.

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Benjamin Foudral, Conservateur-Directeur du Pôle Courbet devant l'affiche de l'exposition temporaire sur le "réalisme animal" ©YQ

120 œuvres du « Réalisme animal »

L’art animalier du XIXe siècle marque une révolution artistique où l’animal s’impose comme sujet central, miroir des bouleversements sociaux et culturels de l’époque. Il marque « une transformation radicale de l’Homme sur la faune, entre fascination, exploitation et émergence d’une sensibilité au vivant » souligne Benjamin Foudral dans le document de l’exposition.

Rosa Bonheur « Labourage Nivernais » ©RMN-Grand Palais- Musée d’Orsay

« Le Labourage Nivernais » de Rosa Bonheur (1849), prêt exceptionnel du Musée d’Orsay, est l’œuvre phare de cette exposition. La peintre de l’art animalier officiel est le fil rouge de cette « plongée historique » qui crée un pont entre les débats du XIXe siècle autour de la sensibilité animale, l’industrialisation de l’élevage, la protection des espèces et les urgences éthiques et écologiques d’aujourd’hui.

La redécouverte des maîtres hollandais

« Le jeune taureau » (1647) est un chef d’œuvre du peintre hollandais Paul Potter. Exposé à Paris en 1795, il va à l’encontre des conventions académiques, ouvrant la voie à l’observation directe de la nature, source d’inspiration. Et c’est au milieu du XIXe siècle que le terme de « réalisme » est accolé au nom de Paul Potter, préfigurant la génération de Courbet pour qui la nature n’est plus un décor mais le cœur de la création picturale.

Art animalier et promotion de l’élevage industriel

Les années 1840 marquent la volonté de l’État français d’accélérer l’industrialisation de l’élevage et la zootechnie amenée à créer des animaux améliorés, soit dans la production de viande, de lait ou pour les travaux des champs.

Gustave Courbet, « Génisse et taureau au pâturage », Musée départemental Gustave Courbet ©YQ

Les artistes sont donc sollicités par l’État et les éleveurs pour rendre compte de cette révolution rurale. Rosa Bonheur sera la figure incontournable de la représentation animalière.

Les artistes et la cause animale

Cette époque voit l’émergence d’un débat public sur le bien-être animal. C’est en 1845 que la SPA (Société Protectrice des Animaux) voit le jour, suivie 5 ans plus tard de la loi Grammont qui traite de la souffrance animale. Chiens errants, souffrance des chevaux, misère des chiens et de leurs maîtres, ces thématiques défendues par ces nouvelles associations, sont intégrées dans les œuvres des artistes comme Alfred Stevens ou Emmanuel Fremiet.

Le bien-être animal était dans la conscience des éleveurs du XIXe siècle, comme de leurs héritiers du XXIe siècle, pour lesquels la qualité de vie des animaux est essentielle.

Le « réalisme animal » entre anthropomorphisme et naturalisme

Peintres animaliers puis peintres naturalistes, les artistes du XIXe siècle ont contribué à mieux faire comprendre les animaux et leur environnement ©YQ

Thierry Laugée, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Nantes et Olivier Vayron, historien de l’art, sont les deux commissaires scientifiques de l’exposition aux côtés de Benjamin Foudral.  Ils expliquent, aux travers de tableaux et de sculptures, le débat scientifique dans les années 1850 sur l’anthropomorphisme, les uns considérant les animaux dotés de capacités émotionnelles, les autres défendant la théorie de l’animal-machine. Les peintres, souvent tenants de la première hypothèse, vont prêter aux animaux des expressions humaines comme ce tableau d’Henri Bonnefoy présentant un couple de chèvres amoureuses justement intitulé « Les petits fiancés » ou « Le pélican gastronome », un bronze d’Emmanuel Fremiet, empreint d’humanité.

La seconde moitié du XIXe siècle voit également de nombreux artistes quitter leur atelier parisien pour travailler directement au contact de la nature. Ils portent un regard moins violent sur les animaux sauvages. Dans le même temps, le Muséum d’histoire naturelle attire des artistes qui vont devenir « naturalistes ». Proches de la science, ils deviennent des observateurs rigoureux de l’anatomie animale.

Une exposition qui demeure dans l’esprit du Maître du réalisme. Elle offre un questionnement sur son rapport à l’animal, une interrogation toujours actuelle.

Yves Quemeneur