C’est une affaire sordide, tout droit sortie d’une fiction policière. Pourtant, elle est bien réelle. Celle de Théo Denner, un jeune bûcheron issu du milieu rural bercé depuis le plus jeune âge dans les valeurs d’extrême droite, entre racisme, homophobie et violence latente. Mais tiraillé par ses propres penchants homosexuels, il bascule dans une mécanique criminelle d’une rare perversité. Depuis le 9 mars 2026, Théo Denner était jugé par la Cour criminelle de Besançon pour des faits d’agressions sexuelles, de chantage à la sex-tape et viols commis entre 2017 et 2023.
Un mode opératoire machiavélique
Sous l’identité fictive d’« Aurélie Piquet », une jeune femme en quête d’amour, Théo Denner entre en contact avec des adolescents, âgés de 13 à 19 ans. Très rapidement, les échanges deviennent intimes. Il envoie des photos dénudées pour instaurer la confiance, puis demande des images similaires en retour. Une fois ces clichés obtenus, le piège se referme et le chantage commence. Menacées de dévoiler les photos intimes ou de faire venir des skinhead – groupe d’origine anglo-saxonne lié à l’extrême droite – pour leur « casser la figure » par Théo Denner, les jeunes victimes sont contraintes d’avoir des rapports sexuels avec le bûcheron, qui se dit lui même victime du chantage.
Six jeunes adolescents subiront des viols, filmés par le bûcheron. Les enquêteurs retrouveront près de 175 000 fichiers pornographiques sur l’ordinateur de l’accusé.
42 victimes et un silence de plomb
Quarante trois victimes ont été officiellement identifiées par l’enquête. Mais seule une dizaine se sont constituées parties civiles au procès. Les autres n’ont préféré ne pas assister au procès. Par honte. Par peur. Par impossibilité de mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu.
Car cette affaire, au delà du mode opératoire particulièrement inédit, met en lumière une réalité plus large : celle d’un monde rural où les violences sexuelles et l’homosexualité restent des sujets profondément tabous. Ainsi, de nombreuses victimes se sont retrouvées enfermées dans un double piège : celui du chantage, et celui du regard des autres.
Lors du procès, rares ont été les victimes à se présenter devant leur bourreau. L’adolescent dont le témoignage a permis de dévoiler toute cette affaire n’a pas pu se rendre à la barre, encore trop touché par les évènements. C’est son frère qui est venu lire son témoignage à la cour, au travers d’un texte poignant.
Cet exemple révèle une réalité encore bien trop courante concernant les violences sexuelles : la honte a du mal à changer de camp. L’affaire Denner interroge aussi un environnement : celui d’un monde rural où certains tabous persistent, et où la parole peine encore à émerger.
Une défense contestée et de timides excuses
Incapable d’admettre son homosexualité dans une famille homophobe, Théo Denner a expliqué avoir imaginé ce plan machiavélique pour aborder plus facilement des garçons. Pour sa défense, ses avocats ont plaidé un environnement familial hostile qui aurait contribué à créer « un déséquilibre psychique et une crise identitaire dorénavant derrière lui ». Une défense peu convaincante pour les parties civiles et l’avocat général qui décrit « un chasseur sexuel méticuleux ».
Assis dans son box, la silhouette ronde et tatouée, le bûcheron a tenu à présenter ses excuses aux victimes sans véritablement montrer d’émotions. Dernier à prendre la parole dans ce procès, l’accusé a réitéré ses excuses, souhaitant à ses victimes un meilleur futur : « j’espère qu’ils pourront se reconstruire. Je leur souhaite tout le bonheur du monde ». Des phrases difficiles à entendre pour les familles de victimes, brisées à jamais par l’horreur des actes.
18 ans de réclusion criminelle
Au terme des débats qui ont duré plus de deux semaines, l’avocat général avait requis la peine maximale de 20 ans de réclusion assortie d’une période de sûreté de deux tiers. Après plus de six heures de délibération, les cinq magistrats de la cour criminelle de Besançon ont finalement livré leur verdict, mercredi 25 mars en condamnant Théo Denner à 18 ans de réclusion criminelle assortis de 10 ans de suivi socio-judiciaire et d’une interdiction d’exercer une activité en lien avec des mineurs.































