Grand Besançon. Á quoi ressemblera la métropole en 2040 ?

Les élus du Grand Besançon Métropole (GBM) ont voté à la majorité une première version du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). Un texte obligatoire, qui redéfinit les besoins et les conditions de développement des communes en matière d’urbanisme pour les quinze prochaines années. S’il peut encore être modifié par les futures équipes élues en mars 2026, le temps presse : son application doit être effective avant 2028, sous peine de ne plus pouvoir délivrer de permis de construire dans le Grand Besançon.

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PLUi Grand Besançon Métropole urbanisme
© Ville de Besançon - Dominique Grandemange - 4 Vents

Des balcons de 6 m² et de deux mètres de profondeur pour chaque futur logement neuf, des sens de circulation modifiés, des voies douces créées, des friches rénovées ou transformées en logements, des parcelles déclassées en zone naturelle ou agricole… Toutes ces conditions proviennent d’un seul et unique document, aussi essentiel qu’invisible pour les habitants du territoire. Le PLUi, quatre lettres pour résumer la vision des élus du Grand Besançon Métropole (GBM) en matière d’urbanisme pour les quinze prochaines années, pour chaque parcelle d’un territoire de 528 km². Une superficie bien plus vaste que celle de Dijon Métropole (240 km²) ou du Grand Nancy (142 km²).

Lancé en 2020, le document a vu une première version présentée lors du conseil communautaire de décembre 2025, après six années d’échanges et de négociations avec les 67 communes concernées. Malgré quelques insatisfactions exprimées par certains maires, tous ont salué l’énorme travail mené par Aurélien Laroppe, vice-président en charge du PLUi, et ses équipes.

Un espace urbanisé multiplié par cinq depuis 1950

Pour construire ce PLUi du Grand Besançon, la phase d’études est d’abord partie de plusieurs constats. Depuis 1950, l’espace urbanisé est passé de 1 337 hectares (ha) à 6 867 ha en 2021. « On a multiplié par cinq l’espace utilisé alors que la population n’a été multipliée que par deux », résume Aurélien Laroppe. Le Grand Besançon compte aujourd’hui plus de 197 000 habitants, contre 95 500 en 1950. Les projections de l’agglomération estiment une augmentation de 12 600 habitants d’ici à 2040.

PLUi Grand Besançon Métropole urbanisme
Aurélien Laroppe, vice-président en charge du PLUi, a été salué par l’ensemble des élus communautaires.

Densifier « intelligemment »

Dans le même temps, depuis la prise de cette compétence par l’agglomération, la loi ZAN, pour zéro artificialisation nette, impose aux communes de réduire de 50 % l’artificialisation des sols par rapport à la période 2011-2021. Pendant six ans, les services de GBM ont travaillé sur cette équation complexe : répondre à cette augmentation de population tout en utilisant moins d’espace, en optimisant et en densifiant le territoire déjà urbanisé, sans freiner l’activité économique ni les besoins et attentes des habitants. « La densité n’explique pas tout à elle seule », explique Aurélien Laroppe en s’appuyant sur un secteur prisé de Besançon, la cité Jean-Jaurès. « C’est un quartier très dense, bien plus que ce que l’on demande aux communes dans le nouveau PLUi. Pourtant, dès qu’un bien est mis en vente ou en location, l’offre ne dure que quelques semaines. La densité est possible si elle est pensée intelligemment. »

Au total, le document présenté en conseil communautaire déclasse plus de 600 hectares auparavant « à urbaniser » (AU) en zones agricoles (A) ou naturelles (N), où toute bétonnisation devient impossible. Toutes les parcelles de plus de 1 000 m² ont été étudiées afin d’évaluer les possibilités de densification. « On maintient les espaces verts, mais sur des zones déjà considérées comme urbanisées. Une canopée reste toujours intéressante pour accueillir de nouveaux habitants. »

40 % d’urbanisation expansive

La réponse de l’agglomération passe également par une mutualisation des besoins selon les secteurs de GBM. « Serre-les-Sapins et Franois avaient chacune un projet de maison de santé. Après étude et discussions, un seul site sera finalement créé. Le PLUi, c’est aussi une vision globale », poursuit le vice-président en charge de l’urbanisme. « Bien entendu, on ne demande pas à Saône de travailler avec Devecey, il n’y a pas de synergie. » Grand Besançon Métropole a finalement identifié 200 sites couverts par une orientation d’aménagement et de programmation. 60 % de ces sites concernent du renouvellement urbain et/ou sont situés dans la tache urbaine, un taux supérieur aux objectifs fixés par la loi ZAN.

« Vous nous faites passer pour des incompétents »

Une présentation ambitieuse, menée en concertation avec les acteurs locaux, qui s’est toutefois heurtée à de nombreuses contestations lors du conseil communautaire du jeudi 11 décembre 2025. À l’extérieur, les opposants au futur projet d’écoquartier des Vaîtes se rassemblaient devant la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) pour réaffirmer leur colère et leur position. À l’intérieur, plusieurs maires ont fait part de leurs inquiétudes, de leurs doutes, voire de leur refus de valider le document en l’état.

Jean-Paul Michaud, vice-président en charge de l’aménagement du territoire, a été le premier à dégainer. Regrettant que ce document soit présenté avant la validation du schéma de cohérence territoriale (SCOT), dont il a la charge, le maire de Thoraise a choisi « d’alerter sur les risques potentiellement graves ». Aussitôt contredit par la présidente Anne Vignot, Jean-Paul Michaud persiste : « quand on n’est pas d’accord avec vous, vous avez tendance à faire passer les gens pour des incompétents. Je suis dans mon rôle de président du syndicat SCOT, et j’ai fait vérifier juridiquement mes propos. » À l’inverse, des soutiens au PLUi ont rapidement émergé, notamment par la voix d’Eloy Jaramago (Boussières), Patrick Ayache (Pirey), Frank Laidié (Pugey) ou encore Vincent Fietier (Nancray).

Le risque de « l’uniformité »

Pour d’autres maires ruraux, la principale inquiétude liée à ce PLUi concerne l’application de règles identiques à des villages aux spécificités très différentes. Une problématique résumée par Marcel Felt (Miserey-Salines) : « L’auteur Antoine Houdar de La Motte écrivait : “L’ennui naquit un jour de l’uniformité.” Et c’est cette uniformité qui nous pose problème. » Pour Aurélien Laroppe, la responsabilité incombe en grande partie aux constructeurs. « Je prends au hasard le site internet d’un promoteur : il propose les mêmes lotissements pour le Grand Besançon que pour le Haut-Doubs. »

PLUi Grand Besançon Métropole urbanisme
L’opposition bisontine incarnée par Laurent Croizier et Ludovic Fagaut s’est inquiétée des zones réservées à l’économie. Photo Besançon Maintenant/DR.

Un « recalibrage » nécessaire des zones économiques

Les conseillers communautaires bisontins Ludovic Fagaut (LR) et Laurent Croizier (MoDem) ont dénoncé le reclassement de certaines zones UY, dédiées à l’activité économique, en zones UYi, réservées à l’industrie, sur des secteurs accueillant actuellement de nombreux commerces. « En reclassant ces zones, on interdit l’implantation d’artisanat, de bureaux ou de commerces de gros. Sur la zone de Thise-Chalezeule, comment a-t-on pu la classer en UYi alors qu’elle accueille aujourd’hui plusieurs sièges sociaux, une boîte de nuit, des artisans, la Banque alimentaire ? En bloquant ces zones, on va créer des friches et un déséquilibre », lance le premier.

Un point partiellement partagé par Aurélien Laroppe, la zone de Thise-Chalezeule devant selon lui être « recalibrée en fonction des parcelles ». Vice-président en charge de l’économie, le socialiste Nicolas Bodin s’est montré plus incisif pour défendre son collègue écologiste face aux attaques jugées « incohérentes » de l’opposition bisontine. Après un premier tacle adressé à Laurent Croizier, rappelant que sa majorité à l’Assemblée nationale a voté en 2021 la loi Climat et Résilience imposant le ZAN, Nicolas Bodin s’en est pris à la vision commerciale de Ludovic Fagaut. « Si vous pensez que l’avenir se construit avec toujours plus de commerces, je crois qu’on se trompe. Ce n’est même plus la réindustrialisation, mais l’industrialisation qui se joue en France. L’économie a toute sa place, 114 hectares sont prévus sur les cinq ans à venir. »

Voté à une très large majorité (92 voix pour, 19 contre et 6 abstentions), le PLUi doit désormais repasser devant les conseils municipaux, qui ont jusqu’au 11 mars 2026 pour formuler de nouvelles propositions de modification. L’agglomération devra ensuite y répondre et espérer obtenir l’unanimité lors d’un futur vote. À défaut, de nouvelles négociations seront engagées afin d’atteindre une majorité des deux tiers nécessaire à la validation du PLUi du Grand Besançon.

Sans adoption définitive du document avant février 2028, les futurs élus ne pourront plus délivrer de permis de construire. « Refuser ce texte, c’est aussi bloquer les entreprises et les commerçants », conclut Nicolas Bodin. « Il y aura un vote d’approbation lors du prochain mandat, avec les nouvelles équipes de GBM, courant 2027 », ajoute Aurélien Laroppe. « Elles auront la possibilité de s’approprier le texte et de le modifier à la marge, même si, dans l’ensemble, une majorité d’élus s’est montrée satisfaite. »