
Le procès de Yona Faedda, figure locale du collectif identitaire Némésis, s’est tenu ce mercredi 27 mai au tribunal judiciaire de Besançon. Poursuivie pour diffamation par l’ancienne maire de Besançon Anne Vignot, la jeune militante de 21 ans était accusée d’avoir relayé sur le réseau social X un tract la présentant comme un « soutien aux violeurs étrangers ». À l’extérieur comme à l’intérieur du tribunal, l’audience s’est déroulée dans une atmosphère particulièrement tendue.

Une centaine de manifestants devant le tribunal
Près d’une centaine de personnes se sont rassemblées devant le palais de justice à l’appel de syndicats, associations et formations politiques de gauche. Sur les pancartes, plusieurs slogans visaient directement le collectif fémonationaliste Némésis : « Les féministes sont antifascistes », « Némésis féministes ? Non ! Racistes ! ». Parmi les manifestants figurait notamment Sévérine Vézies, tête de liste bisontine de LFI : « C’était important de réunir tous les citoyens et citoyennes pour rappeler que le collectif Némésis n’est en rien un collectif féministe mais un collectif qui porte des idées réactionnaires, haineuses et racistes. » De l’autre côté de la rue, Yona Faedda est arrivée accompagnée d’une dizaine de soutiens, parmi lesquels Alice Cordier, présidente nationale du collectif. Le groupe est rapidement rentré dans l’enceinte du tribunal.
Une audience sous tension
L’affaire trouve son origine dans une action menée lors de la cérémonie des vœux de l’ancienne maire de Besançon en janvier 2025. Des militantes de Némésis avaient alors déployé une banderole et distribué des tracts représentant Anne Vignot avec la mention : « Soutien aux violeurs étrangers ». Un visuel ensuite relayé sur le compte X de Yona Faedda. Un premier procès avait été annulé en juin 2025 pour des raisons de procédure.

L’avocat d’Anne Vignot, Maître Tewfik Bouzenoune, a d’abord déroulé son argumentaire. Sa plaidoirie a toutefois été brièvement interrompue lorsqu’Alice Cordier, assise dans le public, a lancé le mot « diffamation » après que l’avocat eut qualifié le projet porté par Némésis de « raciste ». Un rappel à l’ordre du président du tribunal a permis la reprise des débats. La procureure de la République a, de son côté, insisté sur la nécessité de distinguer les opinions politiques des faits reprochés. Elle a également relevé que Yona Faedda ne s’était pas présentée lors de trois convocations durant l’instruction.
Au cœur de l’audience, la question des limites de la liberté d’expression a opposé les deux parties. « La liberté d’expression n’est pas absolue », a plaidé Maître Bouzenoune, tandis que la défense estimait que les propos relevaient du débat politique. Maître Frédéric Pichon, avocat de Yona Faedda a soutenu que les propos reprochés visaient les prises de position politiques d’Anne Vignot et non sa qualité de maire. L’avocat a dénoncé ce qu’il considère comme un « choc des générations », évoquant des « féministes post soixante-huitardes qui ne pensent qu’à s’en prendre au grand mâle blanc ». Une formule qui a provoqué l’indignation d’Anne Vignot à l’issue de l’audience : « Je vois que c’est un grand mâle blanc qui se permet de dire des choses comme ça. »
Il faudra attendre le 3 juillet
Au terme de l’audience, la procureure a requis 175 heures de travail d’intérêt général, avec une peine alternative d’une amende de 1 500 € en cas de refus. Le tribunal a mis sa décision en délibéré. Le jugement de cette affaire sera rendu le 3 juillet.
À la sortie du tribunal, Yona Faedda a dénoncé une volonté de faire taire son mouvement : « Je prends au sérieux ce procès car cela représente un acharnement de la part de la gauche ou de l’extrême gauche d’essayer de nous faire taire. » Une analyse qui ne reflète toutefois pas l’ensemble des procédures visant le collectif Némésis à Besançon. Le 13 avril dernier, la Ville de Besançon, dirigée par le maire Les Républicains Ludovic Fagaut, a déposé plainte pour « provocation à la haine » après l’apparition d’une banderole établissant un lien entre immigration et violences sexuelles lors du carnaval de Besançon.






























