Dossier de la semaine. Pontarlier : Compétitivité, concurrence chinoise, véhicule électrique : Schrader Pacific interpelle le ministre de l’Industrie

Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie était en visite dans le Doubs le 15 juin. Après avoir abordé les “Projets Cathédrales” à Besançon, il s’est rendu à Pontarlier, dans l’entreprise Schrader Pacific Avdanced Valves. L’occasion pour Damien Tournier, directeur général du site, d’alerter sur les difficultés de la filière automobile européenne.

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Sébastien Martin, ministre délégué à l'Industrie (à droite) écoute les explications de Damien Tournier, directeur général de Schrader Pacific Pontarlier ©Cassandra Tempesta

Le lundi 15 juin, le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, était de passage dans le Doubs. Il a effectué un premier arrêt à Besançon, en lien avec les “Projets Cathédrales” ou “Projets Notre Dame”, un plan stratégique lancé par Emmanuel Macron à travers le pays et qui concerne 32 000 emplois en France et 150 projets retenus et labellisés. Au niveau de la région Bourgogne Franche-Comté, 14 projets ont été retenus, en Saône-et-Loire, dans le Territoire de Belfort, dans la Nièvre et l’Yonne, avec la filière nucléaire, la volonté de doubler la surface d’Alstom à Belfort, la question de l’aéronautique et défense nationale avec l’entreprise Safran. C’est dans ce contexte que Sébastien Martin réalise un tour des régions de France. « Pour mener à bien ces projets “Cathédrales”, cela suppose de savoir faire transpirer les règlements. Si tout le monde met de la bonne volonté, les choses se font et avancent. Il n’y a rien de pire pour un porteur de projet industriel d’avoir plusieurs interlocuteurs. Les « Projets Cathédrales », c’est vraiment une question d’organisation et de mobilisation ». Après sa réunion en préfecture, Sébastien Martin s’est rendu à Pontarlier, dans l’entreprise Schrader Pacific.

Visite du ministre à l’usine Schrader Pacific Pontarlier
Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie était en visite dans l’entreprise Schrader Pacific Advanced Valves à Pontarlier le 15 juin ©Cassandra Tempesta

Cette dernière est spécialisée dans la production de mécanismes de valves essentiellement automobiles mais également aéronautiques. Elle a été rachetée en 2018 par un groupe japonais. Depuis quatre ans, la société connaît des difficultés en lien avec celles des constructeurs automobiles. 54% de son chiffre d’affaires est porté par la livraison aux constructeurs et équipementiers de véhicules neufs. 34% relève de la maintenance du parc roulant, soit la réparation autour du pneumatique des véhicules légers, camions et autres engins. Depuis 2022, le plus gros de son chiffre d’affaires a diminué de 15%, « c’est à peu près la même chose sur les salariés », détaille Damien Tournier, directeur général de Schrader Pacific Advanced Valves à Pontarlier. Désormais, 385 salariés travaillent dans l’entreprise.

« On n’arrivera pas à se battre avec un prix chinois »

« Quand il manque de l’activité, on nous dit de nous diversifier. On n’a pas attendu qu’on nous le dise mais il y a quand même des moyens qui sont investis, qui sont installés et on ne sait pas en faire autre chose ». Un message que Damien Tournier a démontré lors de la visite de Sébastien Martin. « En 2022, quand on nous a annoncé qu’en 2035, on arrêtait le véhicule thermique, les constructeurs ont arrêté et investi dans autre chose, donc on a arrêté de les livrer ».

Or, Damien Tournier l’a bien rappelé, une entreprise doit gagner de l’argent, car « derrière il y a des gens qui investissent. Nos actionnaires sont au Japon, Chine, Taïwan, Etats-Unis et Pontarlier. Dans un même groupe, nos principaux concurrents sont les entreprises du groupe car on fait tous le même produit. Si l’investissement en France rapporte 1%, ce qu’on gagne depuis quatre ans, mais qu’aux Etats-Unis ça rapporte 10%, le choix est vite fait ».

Échange industriel en atelier Schrader Pacific sur la compétitivité
Damien Tournier, directeur général Schrader Pacific à Pontarlier ©Cassandra Tempesta

Pour pallier ces difficultés, l’entreprise travaille sur sa compétitivité. « On peut se protéger des gens qui viennent de l’extérieur, qui nous agressent d’une manière disproportionnée. On n’arrivera pas à se battre avec un prix chinois. On peut réduire l’écart. On doit produire des produits qui sont compétitifs pour nos clients européens ». Un message que Damien Tournier a passé au ministre de l’Industrie lors de sa visite, en présentant sa partie Recherche et Développement (R&D). Quarante salariés y sont dédiés et travaillent que des prototypages de nouveaux composants, notamment en direction du marché des véhicules électriques. « Le crédit impôt recherche nous a permis de développer ces produits. Si on perd la R&D, demain on va se retrouver à dire “si on ne développe plus en France, on va se retrouver à ne plus produire non plus” ».

« Si l’on est toujours 30 % plus cher, on ne vendra pas »

« On a mis en place un certain nombre de dispositifs. Les impôts de production ont baissé. L’impôt sur les sociétés a été ramené à 25% dans la moyenne européenne. Aujourd’hui, on est face à de la concurrence déloyale sur certaines productions et la seule réponse à ça est d’avoir des protections européennes et d’imposer surtout dans les véhicules européens qu’il y ait un minimum de contenu européen. La France se bat pour qu’il y ait 75% de contenus européens, et c’est comme ça qu’on préservera tout notre réseau de sous-traitants qui fait vivre des milliers et des milliers de personnes comme ici à Pontarlier », affirme Sébastien Martin. De son côté, le directeur général de Schrader Pacific répond que « si l’on est toujours 30% plus cher, on ne vendra pas ».

Le ministre de l’Industrie objecte en rappelant que des primes à l’achat de véhicules électriques européens sont mises en place « à condition qu’ils soient made in Europe ». Pas de quoi convaincre Damien Tournier qui estime que « ça va être court quand même ».