Le lac de Saint-Point est un bassin où l’on vit et où l’on roule pour aller et rentrer du travail chaque jour. C’est aussi un lieu prisé des cyclistes, randonneurs, coureurs, familles et touristes. Pour que tout le monde puisse cohabiter, l’intersyndicale CFDT, CGT et SNUipp ainsi que l’association Selle Vous Plaît, réclament que la vitesse autour du plan d’eau soit abaissée à 70 km/h. Un temps limitée à 80 km/h, le Département du Doubs a ensuite validé le retour à 90 km/h sur certains itinéraires.
Robert Hugot mène ce combat au nom de l’intersyndicale « Au moment du passage à 80 km/h, on disait que ça permettait de gagner sur l’environnement, moins d’émissions de CO₂, de gagner sur les accidents. On gagnait en sécurité, en environnement et en économie. On a à peu près la moitié des départements français qui sont revenus sur le 90 km/h ».
Un débat relancé avec les travaux sur la RN57
Le Département estime avoir agi dans le respect du cadre légal, en consultation avec les maires du secteur. « Le processus ayant conduit à ce relèvement a associé l’ensemble des acteurs institutionnels compétents. Les services de l’État ont été pleinement impliqués, et la décision n’est intervenue qu’après avis favorable de la Commission Départementale de la Sécurité Routière, placée sous l’autorité du Préfet. S’agissant de la sécurité, le relèvement à 90 km/h n’a été appliqué que sur des sections identifiées comme compatibles avec cette vitesse, au regard de critères objectifs. Le suivi de l’accidentologie est assuré de manière continue, en lien avec les services de l’État. À ce jour, les données disponibles ne font pas apparaître de dégradation significative de la sécurité sur les axes concernés », a répondu le Département, dans une lettre envoyée aux associations.
Dans un autre courrier d’octobre 2024, il rappelle que « le projet de retour à 90 km/h a été présenté en Assemblée départementale du 26 juin 2023, et validé avec 27 voix pour, 9 voix contre et 2 abstentions ».
Contacté, le Département nous a répondu que « suite à la décision de l’Assemblée départementale du 26 juin 2023, l’ensemble des itinéraires relevé à 90 km/h fait l’objet d’un suivi en matière de vitesse pratiquée par les usagers mais également en termes d’accidentologie. Chaque année, ce bilan est partagé en Commission départementale de sécurité routière (CDSR) présidée par Monsieur le Préfet, avec l’ensemble des acteurs contribuant à la sécurité routière sur le département. C’est notamment le cas de l’itinéraire des routes départementales autour du Lac Saint-Point, dont un grand nombre de sections ont toujours fait l’objet de limitation de vitesse à 50 ou 70 km/h compte tenu de leurs caractéristiques ou de leur situation en agglomération ».
Il précise également que la RD 437 (rive droite) a une fonctionnalité structurante et de transit (déplacements de longue distance) et que la RD 129 (rive gauche) est une route départementale locale où la vitesse est maintenue à 80 km/h. « La vitesse maximale autorisée de 90 km/h est appliquée sur toute la RD 437, depuis le territoire de Belfort jusqu’au Jura, en passant par les communes de Montbéliard, Morteau, Pontarlier, Malbuisson et Mouthe ».
Le débat date donc de plusieurs années, mais il a été relancé avec la période de travaux de détournement de la RN57 vers Pontarlier, qui a débuté le 16 mars dernier. « Toute la Nationale est déviée sur la Départementale. Il y a une partie des camions hors gabarit qui vont sur Frasne. Il y a quand même une partie des camions capables de passer sous le Pont de Rosiers et qui passent quand même sur la Départementale. On avait refait une lettre ouverte à l’occasion des travaux, en disant, faites au moins une expérimentation. De toute façon, la circulation va être densifiée, il y a donc plus de risques d’accidents. On va être obligé de rouler moins vite. Faites une expérimentation du 70 km/h. On avait déjà les difficultés de la Départementale et on rajoute cette densification de circulation et on n’a pris aucune limitation de vitesse. C’est aberrant, parce que tout simplement dangereux ».
Des enjeux économiques, environnementaux et touristiques
La question de la sécurité est soulevée par l’intersyndicale mais pas que, celles des enjeux économiques et environnementaux sont posées. « Il y a quelque chose qui m’inquiète aujourd’hui. On a des problèmes de pétrole, de coûts du carburant, et je n’entends aucun élu, aucun responsable politique dire, si vous voulez un petit peu faire quelques économies, rouler un peu moins vite, vous ferez 10 à 20% d’économies de carburant. Entre 80 et 90 km/h, l’économie est de 10%. Quelqu’un qui ménage sa voiture en roulant moins vite, ménage ses économies de dépenses d’entretien, de coût et d’amortissement du véhicule. Rouler vite, ça a un coût environnemental, y compris sur la biodiversité », souligne Robert Hugot.
De son côté, le Département considère, dans sa lettre envoyée aux associations, « prendre pleinement en compte les enjeux environnementaux et de mobilités durables. Ceux-ci font l’objet de politiques structurantes et d’actions concrètes à l’échelle du territoire. Toutefois, ils ne sauraient être appréciés de manière isolée, ni conduire à remettre en cause des décisions prises sur la base d’analyses globales intégrant également les impératifs de sécurité, de lisibilité du réseau et de cohérence territoriale ».
Autour du lac de Saint-Point, ce sont également des touristes qui viennent se balader, rouler à vélo ou encore courir. « Quand on est dans une région à vocation touristique, où les aménagements cyclables sont quand même encore faibles et pas sécurisés comme on le souhaiterait, ça ne procède pas au développement touristique déjà de s’en tenir et d’avoir remonté la vitesse comme ils l’ont fait ».
L’intersyndicale interpelle également les élus locaux dans une lettre qui leur a été adressée : « Plusieurs actions peuvent être engagées rapidement par les communes : recommander officiellement une vitesse réduite à 70 km/h à l’entrée et à la sortie de votre commune ; mettre en place une campagne d’information locale auprès de vos administrés et des usagers de passage ; coordonner vos démarches avec les communes voisines, afin de renforcer l’impact et la cohérence du message ». Interrogé sur ces enjeux économiques, environnementaux et touristiques, le Département ne nous a pas donné d’éléments supplémentaires au 10 juin, date de bouclage de notre journal.




























