Franck Defrasne, président de la LICRA

En première ligne dans le Doubs comme ailleurs, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme doit faire face à une situation de tension extrême. Comment le président local vit-il cette période et comment voit-il l’avenir ?

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Quel est votre avis sur la recrudescence d’actes et propos antisémites ces dernières semaines ?

C’est une véritable préoccupation. Aujourd’hui, tous les prétextes sont bons pour se lâcher ou passer à l’acte. Les adeptes de l’antisémitisme se sentent libre d’embraser les choses. Avec en plus des personnalités et groupes politiques qui ont une attitude populisme et jouent avec le feu…la situation ne peut être que critique, dangereuse même pour la république. Le risque de fracturation est grave et durable !

Même Besançon a été touchée…avez-vous été choquée ?

Besançon est habituellement une ville tranquille sur cette question-là. La communauté juive y est discrète et y vit paisiblement. Donc forcément, les événements qui s’y sont produits nous interpellent d’autant plus. C’est surprenant. Mais d’un autre côté, ici, vous avez aussi des gens aux crânes rasés qui jouent les gros bras en défilant dans les rues et par ailleurs des manifestations de joies dans certains quartiers à la suite des exactions qui ont touché les juifs au Proche Orient… tout cela est triste et inquiétant.

Avez-vous été satisfaits des mobilisations des élus et des citoyens ?

Cette mobilisation était inédite, à l’initiative des présidents du Sénat et de l’Assemblée Nationale, trans-partisane…. Cette union était pour la LICRA une première satisfaction. A partir de là, ceux qui ne voulaient pas être là n’y étaient pas et pour certains ont trouvé des excuses qui étaient tout simplement indignes. C’était important de se mobiliser également à Besançon en présence d’élus de tous bords. Ces rendez-vous sont un soulagement car on se dit que nous ne sommes pas seuls à porter ces valeurs de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Quel est votre avis sur la position ambiguë de La France Insoumise ?

C’est consternant surtout de la part d’un homme comme Jean-Luc Mélenchon. Quand on connait son parcours politique, lui qui a prôné une laïcité exemplaire a cette fois adopté une attitude sidérante. Un tel populisme à des fins électoralistes pour récolter quelques voix… c’est jouer aux apprentis sorciers ! Dans l’escalade des tensions que nous observons, il a évidemment sa part de responsabilité.

Les héritiers idéologiques de Jean-Marie Le Pen dans les manifestations avaient ils leur place ?

Il est difficile de trier parmi les personnes présentes lors des manifestations. Vu l’historique du parti, évidemment, venir à un tel rassemblement ne peut pas valoir caution morale. Et, focaliser sur cette question n’est pas une solution car finalement c’est leur faire plus de publicité que ça ne le mérite. Soyons juste vigilants pour qu’ils n’utilisent pas de telles manifestations comme une tribune et évitons les esclandres qui finalement les servent.

Est-il aujourd’hui compliqué de lier lutte contre le racisme et l’antisémitisme ?

Historiquement, notre association a d’abord été créée pour lutter contre l’antisémitisme c’est-à-dire le rejet du judaïsme, une appartenance qui ne se voit pas physiquement mais générée par une somme de fantasmes délétères puis la lutte contre le racisme est venue s’ajouter à ce premier combat. On parle là des autres rejets pour des différences visibles à savoir la couleur par exemple. C’est aujourd’hui notre rôle d’expliquer qu’il y a des points communs entre ces deux fléaux et de faire front. Avec la LICRA, nous devons être présents chaque fois qu’il y a discrimination pour défendre et accompagner les victimes.

Comment voyez-vous l’avenir : optimiste ou le pire est-il devant nous ?

Nous sommes très conscients des risques importants qui pèsent sur notre société. Nous devons donc mobiliser pour trouver des forces vives et des bénévoles pour nous accompagner dans cette lutte. Il faut se réunir pour défendre la cause républicaine et chacun à notre niveau, éviter de s’associer aux provocations. On a trop vite balayé ce qui s’est passé le 7 octobre en Israël : un véritable pogrom, c’est-à-dire un nettoyage ethnique, un acte d’une violence inouïe

Et que faire à votre niveau ?

Nous intervenons à différents niveaux. En tant que lanceurs d’alerte quand notamment la classe politique est déficiente ou pas à la hauteur sur une de ces questions de racisme ou d’antisémitisme. Là, nous devons faire connaitre la situation. Nous accompagnons et défendons les victimes en justice et nous portons dès que possible partie civile pour mettre tout le poids de notre association dans la balance. Enfin, nous sommes présents dans les écoles, collèges et lycées sur demande des chefs d’établissements, avec des bénévoles formés pour ces échanges directs.