Haut-Doubs. Ressource en eau : « changer la mentalité des gens, c’est le plus gros travail »

En s’appuyant sur les données et hypothèses du GIEC, l’EPAGE Haut-Doubs Haute-Loue (HDHL) souhaite définir la disponibilité et l’utilisation de l’eau à l’horizon 2050. Réunissant collectivités, professionnels, volontaires et réfractaires, le syndicat veut évaluer les besoins de chacun et mettre les acteurs du territoire face à leurs responsabilités, au cours d'une étude. Un plan d’action devrait suivre à la fin de l’année.

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Philippe Alpy, président de l'EPAGE et Cyril Thevenet, directeur du syndicat.

Les premiers ateliers de cette étude sur l’impact du changement climatique et la disponibilité en eau future se déroulaient les 2 et 3 mars à Frasne et Ornans (NDLR : voir article paru en semaine 9).

Les membres de l’EPAGE refusent de confondre urgence climatique et précipitation. « Déjà sans ingénierie on ne fait rien et on doit engager ces travaux sereinement mais rapidement, il y va de l’intérêt à tous. On nous reproche de ne pas aller assez vite, mais c’est faux. Nos travaux sur la biodiversité, les tourbières, Natura 2000, les PNR, on n’a attendu personne. », glisse Philippe Alpy.

Quels besoins en 2050 ?

Le président du syndicat sait combien il est difficile de responsabiliser et d’amener tous les acteurs locaux dans le même sens. C’est en partie à cela que doit servir cette nouvelle étude prospective. « Il faut regarder l’évolution du changement climatique au niveau local au cours des 30 dernières années et connaître l’utilisation de la ressource en eau, les besoins passés et actuels, la consommation, etc. Température, pluviométrie, évapotranspiration des sols, tout est pris en compte. On retranscrit ensuite au niveau local les hypothèses du GIEC pour mesurer les conséquences avec une question : comment ces scénarios vont se traduire sur le débit des rivières et nos ressources souterraines ? », ajoute le directeur de l’EPAGE Cyril Thevenet.

Une telle étude à sa restitution serait par exemple capable d’imaginer le débit du barrage du Lac Saint-Point en 2050. « On sait déjà que la consommation d’eau a augmenté avec l’évolution démographique, mais que la consommation unitaire (Ndlr : par foyer), a plutôt tendance à diminuer. », ajoute Cyril Thevenet.

Le modèle agricole en ligne de mire

De l’eau, il y en a déjà moins et dans les années à venir, tous les acteurs locaux devront se montrer responsables pour éviter les conflits. Le président de l’EPAGE qui est aussi agriculteur, vise clairement son secteur d’activité. « Nous sommes des gros consommateurs d’eau par rapport à la nature. Sans eau, pas d’herbe et des bêtes nourries avec des aliments secs, qui boivent donc beaucoup plus. Comment cette profession doit-elle se projeter ? […] Depuis 2015, on sensibilise le monde agricole. Certains ont tout compris, d’autres n’ont pas de prise de conscience. Ce n’est pas à nous d’imposer des sanctions, c’est à l’État et c’est en train d’être le cas. » (Ndlr : en référence aux condamnations des fromageries et au Plan Rivières karstiques 2022 – 2027).

« Il faut expliquer aux gens, avoir le courage de financer tout ça »

Aussi, L’EPAGE veut répondre à un besoin actuel qui n’impacterait pas l’avenir à l’heure où les collectivités sont prises en tenaille : le Grand Pontarlier a augmenté de 26 % le tarif de l’eau pour 2023 et 15 % pour l’assainissement tout en réfléchissant à un projet pour sa station d’épuration. « Les collectivités sont confrontées à une hausse du prix du m3, des travaux conséquents nécessaires pour garder une qualité d’eau et surtout une question : est-ce que ces chantiers seront suffisants dans les 30 prochaines années ? Et tout cela, il faut l’expliquer aux habitants, avoir le courage de financer tout ça. Le schéma que la CCGP vient de valider, c’est exactement ce que devront faire toutes les communautés de communes voisines qui ne l’ont pas encore fait. », résume Philippe Alpy.

Cette étude, divisée en plusieurs ateliers, aboutira à un plan d’action pour 2023. En parallèle, le syndicat doit signer un contrat de rivières le 24 mars. À l’intérieur, une liste d’aménagements urgents, prévus sur le Haut-Doubs et la Loue (jusqu’à Dole) pour les trois prochaines années.

M.S