Mireille Bucher, membre de l’équipe Emmaüs de Bourgogne Franche Comté

Egalement membre du bureau d’Emmaüs France, elle revient sur le 70ème anniversaire de l’appel de l’Abbé Pierre et sur l’actualité d’un mouvement humaniste qui, malheureusement, a encore toute sa raison d’être.

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Emmaüs n’a donc pas disparu… Pourquoi exister aujourd’hui encore ?

Parce que soixante-dix ans plus tard, le mal-logement et le manque de places d’hébergement d’urgence engendrent toujours une souffrance quotidienne pour des millions d’entre nous. Soixante-dix ans plus tard, nous, héritiers de l’abbé Pierre, membres du mouvement Emmaüs, accueillons et accompagnons des milliers de personnes en difficulté chaque année. Notre objectif reste le même, une société plus hospitalière, solidaire et écologique.

Une société qui a beaucoup évolué au fil des décennies…

C’est vrai qu’elle est de plus en plus largement dominée par le profit, l’individualisme et le consumérisme. Or, les valeurs qui animent le Mouvement sont avant tout humanistes. Nous plaçons le projet social et la solidarité bien avant la logique économique. Le modèle Emmaüs pour remettre debout les accidentés de la vie est loin des dispositifs traditionnels de charité et d’assistanat, notre choix est plutôt de donner la possibilité pour chacun de prendre sa vie en main dans la dignité.

Quels sont les piliers du mouvement ?

La solidarité, qu’elle soit locale, régionale, nationale ou même internationale…  A Emmaüs, le fruit de l’activité des personnes accueillies est consacré en priorité à leur propre prise en charge et à la solidarité. Ainsi, le Mouvement promeut un modèle alternatif où le travail permet de se (re)construire tout en aidant les autres. Nous prônons aussi l’accueil inconditionnel. Quels que soient son parcours, son origine ou sa situation administrative, toute personne qui se présente dans une communauté Emmaüs est accueillie dans le strict respect de sa liberté et de sa dignité. Et ce que ce soient des gens sortant de prison, migrants avec ou sans-papiers, personnes physiquement affaiblies ou psychologiquement fragiles…

Comment est structuré le mouvement ?

La fédération Emmaüs France rassemble 299 structures parmi lesquelles les communautés, mais aussi des structures d’accueil, d’hébergement et de logement, des structures d’insertion sociale et professionnelle, les SOS Familles Emmaüs qui luttent contre le mal-endettement et enfin, des comités d’amis qui sont animés par des bénévoles et pratiquent le réemploi solidaire, c’est le cas d’Emmaüs le Russey.

Vous prônez toujours l’activité pour s’en sortir ?

Pour Emmaüs, accueillir une personne en difficulté, c’est lui permettre de retrouver une place dans la société. A son arrivée dans une communauté, la per- sonne est placée en position d’acteur d’un projet, qui mobilise ses compétences, en fonction de ses capacités. Cette adaptation de l’activité aux personnes accueillies est appliquée également aux salariés des comités d’amis, des structures d’insertion d’Emmaüs.

Localement, vous aidez aussi les gens dans le besoin ?

Les comités d’amis d’Emmaüs sont en effet libres de leurs actions pour aider comme elles le souhaitent, selon les besoins qu’elles identifient. Les profils des personnes aidées, dans les communautés et en dehors ont d’ailleurs beaucoup évolué. On voit aujourd’hui de plus en plus de personnes âgées qui ont du mal pour boucler leurs fins de mois. Pareil pour les mamans seules avec des enfants… Toutes ces personnes ont du mal à se nourrir mais aussi à se chauffer. Des situations qui sont malheureusement font partie de nos motifs d’indignation aujourd’hui.

« Mes amis, au secours ! »

C’est par ces quelques mots que, le 1er février 1954, l’abbé Pierre lança un vibrant appel à la solidarité sur les ondes de Radio Luxembourg. Ce jour-là, frappé par la nouvelle de la mort tragique d’une femme à Paris, munie de son avis d’expulsion en pleine crise du logement, il demanda aux Français de la solidarité pour venir en aide aux « sans-logis ». De cette indignation est née une action concrète, à la fois populaire et législative, en faveur des plus démunis. La prise de conscience collective a donné lieu à un spectaculaire élan de générosité, matérialisé par des millions de dons d’argent, de couvertures, de vêtements…