Sabine Delongeville, infirmière libérale

Installée à Ornans, Sabine Delongeville exerce depuis 30 ans un métier qu’elle estime de moins en moins reconnu et qu’elle défend au sein Syndicat National Des Infirmières et Infirmiers Libéraux (Sniil) dont elle est la représentante départementale. Un manque de reconnaissance qui explique les récents mouvements de grève de la profession.

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Pourquoi cette mobilisation de la profession ?

Il y a urgence à redonner du sens, à faire confiance à la profession, mais aussi à la rendre plus attractive. Les infirmières et infirmiers libéraux doivent retrouver de la quiétude dans leur exercice quotidien. Le système de santé ne peut pas se payer le luxe de voir cette profession disparaitre à petit feu dû à l’épuisement et au découragement de ces acteurs qui demeurent les rares professionnels de santé à encore se rendre au domicile des patients.

Qu’en est-il de votre demande de revalorisation des actes médicaux infirmiers (AMI) ?

La dernière augmentation de l’AMI, à hauteur de 0,15 €, date du 15 avril 2009. Suivre à minima l’inflation nous semble vital pour notre profession. Une revalorisation de l’AMI signifierait la reconnaissance de notre rôle central dans les soins de ville. De ce fait, il nous paraît légitime que nos tarifs suivent l’indice annuel d’inflation de l’Insee. Nous revendiquons un AMI à 3,78 € pour tenir compte de l’inflation.

L’indemnité forfaitaire de déplacement (IFD) pose également problème ?

L’inflation galopante et l’augmentation des coûts de l’énergie (essence, gasoil, électricité), mais aussi des coûts d’entretien de nos véhicules (qui sont de facto un outil de travail indispensable) font exploser nos charges de fonctionnement. La dernière hausse de l’IFD date d’il a quelques mois, 2,50 € à 2,75 €, mais ce n’est pas suffisant pour le Sniil qui demande un passage à 3 €.

Parlez-nous du bilan de soins infirmiers, une autre source de colère ?

Les prises en charge actuelles nous poussent à refuser les soins pour les patients lourds sachant que selon leur degré de dépendance, notre intervention s’échelonne de 13 € à 28,70 € pour le forfait C, c’est-à-dire pour s’occuper des personnes les plus atteintes. Il nous semble qu’une rémunération à hauteur de 34 € permettrait une prise en charge optimale des patients les plus dépendants.

Vous souhaitez également que la nomenclature soit revue. De quoi s’agit-il ?

Cette grille définit le prix des différents actes que nous pratiquons mais nombreux ne sont pas dans la nomenclature et mériteraient d’y apparaître : pose de bas de contention, administration de collyres, pose de capteur glycémique ou la gestion des retours précoce d’hospitalisation … Ces actes sont aujourd’hui effectués de façon bénévole. Nous revendiquons la création de ces soins « silencieux » dès à présent et une révision de la nomenclature, à minima tous les 5 ans, avec des définitions claires ne laissant pas la place à l’interprétation suivant le lieu d’exercice !

Vous dénoncez aussi l’insécurité…

Les violences se sont en effet accrues vis à vis des professionnels de santé et plus particulièrement de la profession infirmière libérale à 95% du temps seule, dans sa voiture et au domicile des patients. Nous revendiquons, comme promis par le Premier Ministre, une simplification administrative, une meilleure protection qui garantit un maximum de sécurité lors de nos déplacements et visites à domicile !

Que faut-il faire pour sortir de cette situation ?

Notre système de santé est en crise, avec une surcharge des hôpitaux, déserts médicaux qui se multiplient…les infirmières et infirmiers libéraux ont un rôle essentiel à jouer, notamment vis-à-vis de leur proximité avec les patients. Pour offrir un meilleur accès aux soins aux patients, mais aussi pour anticiper les besoins de demain, la réingénierie de notre métier doit être ambitieuse. Il faut nous accorder plus d’autonomie et de responsabilités dans la prise en charge des patients avec la mise en place d’une consultation infirmière dédiée aux sorties d’hospitalisation, mais aussi la mise en œuvre de l’infirmier référent ainsi que l’élargissement et le renforcement du droit à la prescription pour les infirmiers.

A défaut quel est le risque selon vous ?

Nous sommes l’une des dernières professions de santé à se rendre directement aux domiciles des patients. Avec le vieillissement de la population et l’augmentation des pathologies chroniques, le système de santé ne peut tout simplement pas se passer des infirmières et infirmiers libéraux. Nos revendications sont autant essentielles à la profession qu’aux patients eux-mêmes, qui ne peuvent faire l’impasse sur une qualité de soin irréprochable. Le Sniil reste donc déterminé à poursuivre sa mobilisation jusqu’à l’obtention de réponses concrètes et satisfaisantes pour l’ensemble de la profession.