Dossier de la semaine. RTE : un milliard d’euros pour brancher l’avenir de la Région

Avec une production électrique décarbonée à plus de 91 %, une explosion du solaire photovoltaïque et près d’un milliard d’euros d’investissements annoncés dans les années à venir, la Bourgogne-Franche-Comté accélère sa mutation énergétique. Ce jeudi 21 mai, RTE a présenté un bilan électrique régional marqué par les enjeux de réindustrialisation et d’électrification des usages.

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Les équipes de RTE ont présenté les investissements prévus dans les prochaines années pour moderniser le réseau électrique régional.

Derrière les pylônes et les lignes à haute tension, c’est toute une transformation du territoire qui se dessine. Réunis ce jeudi 21 mai autour du bilan électrique régional 2025, les responsables de Réseau de Transport d’Électricité (RTE) ont détaillé les profondes mutations énergétiques actuellement à l’œuvre en Bourgogne-Franche-Comté.

« L’électricité est aujourd’hui au cœur de la stratégie de décarbonation », a résumé Laurent Cantat-Lampin, délégué régional Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté. Car si la région reste encore dépendante des énergies fossiles dans de nombreux secteurs, les politiques publiques nationales comme européennes poussent désormais vers une électrification massive des usages : voitures électriques, pompes à chaleur, industrie décarbonée ou encore infrastructures de recharge.

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Pourtant, malgré cette ambition affichée, la consommation électrique régionale demeure relativement stable. En 2025, elle atteint 19,9 TWh, soit une légère baisse de 0,4 % par rapport à 2024. Une tendance qui s’explique autant par les efforts de sobriété énergétique engagés depuis la crise de 2022 que par un contexte économique encore fragile.

« Nous aurions dû voir la consommation repartir davantage à la hausse avec l’électrification des usages, mais cela ne se produit pas encore aussi vite qu’attendu », a reconnu Laurent Cantat-Lampin lors de sa présentation.

La Bourgogne-Franche-Comté représente aujourd’hui 4,4 % de la consommation électrique nationale. Un chiffre légèrement supérieur au poids démographique régional, notamment en raison de la forte présence industrielle sur le territoire.

Le solaire devient le moteur de la transition

Côté production, les indicateurs sont en revanche clairement orientés à la hausse. En 2025, la région a produit 5,5 TWh d’électricité, soit une augmentation de 2,8 % sur un an. Surtout, 91,4 % de cette production est désormais issue d’énergies décarbonées.

Sans centrale nucléaire ni importante centrale thermique fossile, la Bourgogne-Franche-Comté s’appuie principalement sur l’hydraulique, l’éolien et, désormais, le photovoltaïque. Et sur ce point, la dynamique est particulièrement marquée.

« On observe une accélération très forte du solaire photovoltaïque », a insisté Laurent Cantat-Lampin. En un an, la production solaire régionale a bondi de plus de 50 %, portée à la fois par une hausse massive des installations et des conditions météorologiques plus favorables.

Le photovoltaïque dépasse désormais l’éolien en capacité installée dans la région. Une évolution logique selon RTE : les délais de développement sont beaucoup plus courts pour les panneaux solaires que pour les parcs éoliens, souvent confrontés à des procédures administratives plus longues.

Cette progression des énergies renouvelables transforme profondément le fonctionnement du réseau électrique régional. Historiquement conçu pour acheminer l’électricité depuis les grands centres de production vers les consommateurs, le réseau doit désormais aussi intégrer une production locale répartie sur l’ensemble du territoire.

Un réseau à transformer face aux nouveaux usages

Pour faire face à cette mutation, RTE prévoit des investissements particulièrement importants. En 2025, 121,5 millions d’euros ont déjà été engagés en Bourgogne-Franche-Comté. D’ici 2031, près d’un milliard d’euros devrait être investi dans la modernisation et le développement des infrastructures électriques régionales.

Le gestionnaire du réseau évoque quatre grands défis : accompagner la décarbonation industrielle, raccorder les nouveaux projets d’énergies renouvelables, renouveler des infrastructures vieillissantes et adapter le réseau au changement climatique.

Car certaines lignes électriques datent encore de l’après-guerre, voire de l’entre-deux-guerres. « Le climat de 2100 ne sera pas celui d’aujourd’hui », a rappelé Laurent Cantat-Lampin, évoquant la nécessité de renforcer les infrastructures face aux épisodes climatiques extrêmes.

Le réseau régional compte aujourd’hui 7 481 kilomètres de lignes électriques, dont 95 % de lignes aériennes, ainsi que 201 postes électriques. Un maillage jugé stratégique pour accompagner l’électrification des transports, l’essor industriel et le développement des énergies renouvelables.

Ligne électrique et pylônes RTE en campagne
De gauche à droite : Laurent Cantat-Lampin, délégué régional Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté, Cyril Moskovakis, directeur du groupe maintenance réseau Bourgogne, et Elhem Touati, responsable communication RTE Est.

Deux projets phares dans le Doubs

Parmi les projets évoqués par RTE figure la modernisation de la ligne électrique reliant Étupes à Voujeaucourt, dans le nord Franche-Comté. Cette liaison de 63 000 volts longue de 12,5 kilomètres relie le poste électrique d’Étupes, qui alimente notamment le site Stellantis de Sochaux, au poste de Voujeaucourt, au sud de Montbéliard.

Les travaux concerneront principalement les communes d’Étupes et de Montbéliard, avec environ deux kilomètres de ligne traités et moins de dix pylônes remplacés. RTE précise vouloir privilégier une maintenance ciblée afin de conserver les équipements encore en bon état. Le chantier devrait durer environ cinq semaines courant 2027.

Autre opération annoncée : la modernisation de la ligne 63 000 volts reliant Bethoncourt à Héricourt, entre le Doubs et la Haute-Saône. Longue de six kilomètres, cette infrastructure participe à l’alimentation des postes électriques des deux communes et contribue à la sécurisation électrique du territoire.

Le projet prévoit le remplacement de vingt supports, principalement des poteaux en béton âgés de plus de soixante ans, ainsi que plusieurs portions de lignes identifiées comme vétustes. Comme pour les autres opérations présentées par RTE, l’objectif est d’adapter les infrastructures aux évolutions climatiques et de renforcer la fiabilité du réseau électrique régional. Les travaux sont, à ce stade, programmés pour l’année 2029.