Besançon. Noyade de deux adolescents : élus et municipalité face à l’urgence climatique

Le décès de deux adolescents de 11 et 13 ans dans les eaux du Doubs, ce samedi 20 juin à Besançon, a profondément marqué la ville de Besançon. Alors que la vague de chaleur pousse de nombreux habitants à rechercher des lieux de fraîcheur, ce drame remet au premier plan la question de la sécurisation des lieux de baignade et de l'adaptation du territoire aux épisodes caniculaires. 

207
La Gare d'eau
Un espace de baignade a été évoqué mais un tel dispositif devra réunir des conditions sanitaires, financières et humaines visant à la sécurité des baigneurs ©PG

Le décès de deux adolescents dans les eaux du Doubs à Besançon, samedi 20 juin, vraisemblablement emportés par le courant, a provoqué une vive émotion bien au-delà de la capitale comtoise. Malgré l’interdiction de la baignade sur plusieurs secteurs de la rivière, le Doubs demeure un lieu de fraîcheur particulièrement attirant pour les habitants confrontés à des températures qui n’ont jamais été aussi élevées. Mais derrière son apparente tranquillité, la rivière recèle de nombreux dangers : courants puissants, variations brutales de profondeur, obstacles immergés… Des risques régulièrement rappelés par les autorités, mais qui n’empêchent pas chaque été la répétition de drames similaires.

Le débat sur les baignades sécurisées relancé

L’émotion suscitée par cette tragédie a rapidement laissé place à une réflexion plus large sur l’urgence à trouver des moyens de prévenir de nouveaux accidents. Ainsi, deux jours après le drame, lors de la séance du conseil départemental, la présidente du Département du Doubs, Christine Bouquin, a dans un premier temps souhaité ne pas évoquer le sujet brulant de l’aménagement des zones de baignade dans le Doubs, privilégiant un temps de recueillement rempli d’émotions. « Face à un tel drame, le temps est d’abord au respect, à la compassion et au recueillement. Le temps viendra naturellement d’analyser les circonstances de cet accident et d’en tirer collectivement tous les enseignements utiles« , a-t-elle déclaré. Le sujet a néanmoins été porté par le groupe d’opposition départementale, Doubs Social Ecologique et Solidaire (DSES). Celui-ci a rappelé deux propositions qui avaient déjà été évoquées quelques semaines auparavant dans le magazine du Département : « accompagner les communes souhaitant aménager des zones de baignade sécurisées et créer des îlots de fraîcheur, mais également ouvrir à terme un site aquatique sur le terrain départemental de la Gare d’Eau à Besançon« . Si l’idée a suscité un intérêt certain de la part de l’ensemble des conseillers départementaux, les élus ont toutefois reconnu qu’un tel projet nécessiterait de nombreuses études préalables et ne pourrait voir le jour à très court terme.

Revenant sur le drame survenu le week-end dernier, Ludovic Fagaut a rappelé l’importance de respecter les interdictions de baignade : »Si nous prenons des arrêtés municipaux, ce n’est pas pour embêter les gens mais parce que la baignade y est dangereuse« , a-t-il insisté. Afin de limiter les comportements à risque, les patrouilles de police municipale ont été renforcées le long des berges les plus fréquentées.

La Ville déploie un « plan d’action renforcé » contre la canicule

Au-delà du débat sur les baignades, la municipalité a souhaité répondre à l’urgence provoquée par les fortes chaleurs. Mise sous pression par l’opposition municipale qui appelait à une réunion d’urgence entre l’ensemble de tous les chefs de groupe, le maire et ses adjoints ont formulé un certain nombre d’actions mises en place en urgence pour lutter contre la canicule. Parmi les principales mesures annoncées figurent notamment l’ouverture prolongée jusqu’à 23 heures du parc des Chaprais et du parc de la Roseraie à Battant, la possibilité pour les parents de récupérer leurs enfants dès la mi-journée dans les écoles ainsi que l’accélération du déploiement de ventilateurs dans les établissements scolaires et les structures de la petite enfance. La Ville a également annoncé la mise en service de la ligne Forêt Ginko à destination de la forêt de Chailluz dès le 24 juin. Plusieurs dispositifs de brumisation vont aussi voir le jour, à proximité des maisons de quartier afin de créer des points de fraîcheur accessibles au plus grand nombre.

Vers un aménagement du site de la Gare d’Eau ?

Proposée par les conseillers départementaux d’opposition et reprise par le maire de Besançon, l’idée d’un espace de baignade à la Gare d’Eau a été évoquée lors d’une conférence de presse organisée mardi 23 juin par la municipalité de Besançon. Ludovic Fagaut a indiqué que cette piste méritait d’être étudiée. Mais un tel dispositif devra réunir un certain nombres de conditions sanitaires, financières et humaines visant à la sécurité des baigneurs. Pour l’heure et afin de maximiser les points d’eau disponibles à Besançon, la municipalité a annoncé la réouverture en semaine de la piscine Mallarmé. Les horaires de la piscine Port-Joint devraient également être étendus jusqu’à 20 h 30 voire 21 heures selon les effectifs disponibles.

Un drame qui résonne dans tout le pays

Le drame survenu à Besançon s’inscrit dans un contexte national marqué par la multiplication des épisodes de fortes chaleurs et des accidents liés à la baignade. Lors d’une cellule interministérielle de crise consacrée à la canicule et organisée ce mardi 23 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu a fait état « de 40 morts par noyade, essentiellement des jeunes » recensées depuis le 18 juin. A cette occasion, il a d’ailleurs demandé à ses ministres « des propositions pour l’année prochaine » afin de préparer le pays « à cette résilience qui passe aussi peut être par quelques décisions à prendre plus structurelles« .