Anne Vignot : « Peu de villes ont cette capacité à fédérer en proximité tous les acteurs »

Dans un long entretien Anne Vignot dresse un premier bilan de ses fonctions de maire de Besançon et présidente de Grand Besançon Métropole. Portrait d’une élue qui tente de prendre à bras le corps un début de mandat compliqué par la pandémie.

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Anne Vignot dans son bureau à la Mairie de Besançon ©YQ
Dans une famille politique où se côtoient Yannick Jadot, Sandrine Rousseau et Yves Cochet, où vous situez-vous ?

« Il n’y a pas d’opposition entre écologie et développement économique. La croissance économique est un moteur des territoires. Simplement, la création de richesses doit être en adéquation avec l’environnement. L’entreprise c’est ma vie, mon père était ouvrier chez Solvay et des membres de ma famille travaillent chez Jacob Delafon à Damparis », glisse la native de Tavaux dans le Jura. « Je souhaite accélérer encore l’écosystème innovant qui est une marque de fabrique du territoire bisontin. La collectivité que je préside doit être la passerelle entre la recherche universitaire, les laboratoires publics et privés et le monde de l’entreprise. Peu de villes ont cette capacité à fédérer en proximité tous les acteurs« .

 » L’entreprise c’est ma vie, mon père était ouvrier chez Solvay et des membres de ma famille travaillent chez Jacob Delafon à Damparis « 

Quelques mois après votre prise de fonction, vous avez été confrontée à la crise sanitaire, considérez-vous avoir bien géré cette période difficile ?

« Globalement, la collectivité a bien géré la crise, qu’il s’agisse de l’accompagnement du monde économique ou de la gestion des centres de vaccination. Nous avons été très réactifs notamment avec la mise en place du centre de vaccination Résal ».  Anne Vignot tempère toutefois « je n’ai pas pris assez rapidement toute la mesure des lourdeurs réglementaires des services de l’Etat. Pourtant, nous étions prêts ». La Maire admet également « un travail trop en silos des services de la Ville et de l’Agglomération ».

Comment allez-vous naviguer pendant le premier semestre 2022 dans le contexte des élections, présidentielle et législatives ?

« Je m’inscris clairement dans l’Etat de droit où les débats sur le modèle de société sont légitimes. Les mois qui viennent vont créer des tensions, que ce soit avec l’opposition municipale ou avec certains membres de la majorité, c’est le jeu démocratique. En qualité de Maire ou de Présidente de GBM, mon rôle est de veiller au bon déroulement des instances que je préside en n’oubliant pas l’intérêt des habitants du territoire ».

Sur les propos tenus dans la presse par son vice-président chargé de l’économie, la présidente de GBM tacle gentiment l’ancienne mandature « le retard dans l’étude et le développement des zones d’activité économique, souligné par Nicolas Bodin, ne date pas de 2020. Comment peut-on attirer de nouvelles entreprises sur la zone de Trépillot par exemple ? » souligne-t-elle.

Nous avons engagé d’importants travaux dans les écoles de la Ville, 10 millions par an sur la totalité du mandat

Tenez-vous votre feuille de route sur la transition écologique et énergétique, pilier de votre programme électoral ?

« Nous avons engagé d’importants travaux dans les écoles de la Ville, 10 millions par an sur la totalité du mandat pour désimpérméabiliser les cours d’écoles, diminuer les pertes en énergie et commencer à réduire les îlots de chaleur. Concernant la rénovation des gymnases, c’est une priorité pour l’identité sportive de la Ville, la pratique sportive dans un souci de cohésion sociale et sur la diminution des coûts de fonctionnement en réduisant l’impact énergétique des bâtiments ».

L’urbanisme s’est focalisé sur le dossier des Vaîtes depuis 18 mois. Au-delà c’est toute la capacité de la Ville et de l’agglomération à attirer de nouveaux habitants en lien avec le développement économique. La polémique sur l’éco quartier des Vaites n’a-t-elle pas trop duré alors que tous, majorité et opposition, voulaient redimensionner le projet ?

« Il n’y avait pas consensus avec l’opposition sur les aménagements. Les études et les propositions du GEEC et de la convention citoyenne nous ont permis de poser des bases solides pour lancer rapidement le projet dès que les recours juridiques les permettront. Dans le même temps, le calendrier du NPRU de Planoise a été respecté. Le quartier va changer de visage, s’apaiser, se verdir et devenir comme les autres. À propos de la déconstruction des 408, j’ai proposé une négociation avec l’ANRU pour réduire le délai pendant lequel on ne peut pas construire sur le site. Je ne suis pas responsable du contrat signé antérieurement à mon arrivée à la mairie. J’ai bon espoir d’obtenir satisfaction et rendre ce quartier en entrée de ville attrayant ».

Le dispositif « Cœur de Ville » pourrait-il être une solution pour éviter à la fois l’étalement urbain et redynamiser l’immobilier du centre-ville ?

« Nous réfléchissons à quelques opérations importantes de réhabilitation comme le site Carnot qui appartient à l’Etat. Je doute que les collectivités aient les moyens financiers d’investir dans le cœur de ville. Nous n’avons pas les moyens de faire des opérations immobilières trop nombreuses ».

Les mobilités sont un sujet qui vous tient particulièrement à cœur. Infrastructures routières et ferroviaires, développement des modes doux, le déplacement des Grands bisontins reste un problème.

« S’agissant de l’aménagement de la RN 57 entre Beure et l’Amitié, ce n’est un secret pour personne que j’aurais souhaité un autre projet. Mais il a fait l’objet de deux délibérations (au Conseil municipal et au Conseil communautaire) et je respecte le vote démocratique ». La Présidente de GBM sera aux côtés des autres financeurs (Région, Etat, Département du Doubs) tout en précisant « le volet mobilités du prochain CPER (Contrat de Plan Etat-Région) n’a pas encore été négocié ni même évoqué. Les collectivités ont fait leur part du travail, à l’Etat de concrétiser ».

La Région semble freiner sur la ligne des horlogers. Qu’en pensez-vous ?

« Avec la Région, nous avançons sur l’augmentation du trafic de la ligne TER Besançon – Dijon. Pour la ligne des horlogers, j’ai pris acte de la position de Michel Neugnot (vice-président chargé des transports à la Région). Toutes les intercommunalités le long de cette ligne ont souligné récemment la demande insistante d’augmenter le cadencement des trains et leur modernisation. Nous allons ensemble poursuivre ce travail pédagogique avec la SNCF et la Région pour offrir une desserte ferroviaire à la hauteur des enjeux essentiels pour l’économie d’un territoire qui va de Besançon à La Chaux-de-Fonds ».

« Pour les modes doux, nous avons triplé l’engagement annuel initial en construisant et en sécurisant les pistes cyclables. Grand Besançon Métropole poursuit son engagement dans l’évolution du réseau Ginko avec l’expérimentation de bus électriques et le développement des parcs relais et les aires de covoiturage ».

Propos recueillis par Yves Quemeneur