Besançon. Charles Bochard, un résistant bisontin oublié remis à l’honneur

A l'occasion de la sortie du roman "la dernière mêlée de Charlot" retraçant sa vie, Laurent Koessler honore la mémoire de Charles Bochard, figure oubliée de la résistance bisontine.

45
Charles Bochard, joueur de rugby emblématique de l’équipe de Besançon c Alain Dougy

Son nom ne vous dit probablement pas grand-chose. Pourtant, Charles Bochard fut l’une des figures de la Résistance bisontine durant la Seconde Guerre mondiale. Né à Lons-le-Saunier, rugbyman talentueux et résistant engagé, il connaîtra un destin extraordinaire avant de finir dans les mains des Allemands et fusillé en 1944 à Bordeaux, sans avoir pu se défendre.

Une vie rocambolesque

Engagé dans la Marine dès l’âge de 18 ans, Charles Bochard échappe à plusieurs reprises à la mort. Il survit notamment au bombardement de la flotte française par les Britanniques à Mers el-Kébir en juillet 1940. Cette attaque, décidée par Winston Churchill pour empêcher les navires français de tomber aux mains de l’Allemagne nazie, fait plus de 1 300 victimes. Pourtant, Bochard parvient à s’en sortir rejoignant le rivage à la nage. Parallèlement à son engagement patriotique, il se distingue sur les terrains de rugby. Demi de mêlée hargneux, il évolue au sein du Rugby Club Franc-Comtois de Besançon (RCFC – ancêtre de l’OB) alors pensionnaire de l’élite nationale. Très vite, le petit Charles s’impose comme titulaire au sein de l’équipe.

Un résistant particulièrement actif

Pendant l’Occupation, le néo-bisontin rejoint la compagnie Valmy, groupe de résistants des environs de Besançon. Il participe ainsi à de nombreuses actions de résistance dans la région. Parmi ses faits d’armes figure notamment le sabotage de l’usine LIP, qui produisait, à l’époque, du matériel d’armement destiné à l’effort de guerre allemand. Son efficacité lui vaut d’ailleurs d’être envoyé dans la région bordelaise afin de contribuer à la réorganisation d’un réseau de résistance durement touché par la répression. Là-bas, il participe à plusieurs opérations clandestines, dont l’exécution d’un collabo. De retour à Besançon, il reprend une vie normale, jouant d’ailleurs au rugby sous l’identité d’un autre de ses coéquipers. Considéré comme un « terroriste » par les services de police du régime de Vichy et les occupants allemands, il est activement recherché. Averti de son interpellation, l’employeur de Charles Bochard tente de le convaincre de se cacher, sans succès. Fidèle à son tempérament, le résistant refuse, persuadé qu’il n’a rien à craindre. Le 17 octobre 1943, il est finalement arrêté puis livré aux autorités allemandes. Après plusieurs mois de détention, il est exécuté à Bordeaux.

Un dernier geste avant la mort

Jusqu’à ses dernières heures, Charles Bochard aura été déconcertant de surprises. Avant d’être exécuté, il rédige une lettre destinée à l’un de ses amis et coéquipiers de rugby. Le document, glissé dans la doublure de sa veste sera découvert plus tard. Elle est aujourd’hui exposée au musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon.

Un héros longtemps oublié, remis au goût du jour

Pendant des décennies, Charles Bochard est progressivement tombé dans l’oubli. « Aujourd’hui, Charles Bochard est inconnu à Lons-le-Saunier où il est né, il est inconnu à Besançon où il a vécu et il est inconnu à Bordeaux où il est décédé. C’est un héros oublié » déplore Alain Dougy. Son destin a cependant été remis en lumière grâce aux recherches de l’historien du club de l’Olympique de Besançon. Chaque année d’ailleurs, un hommage lui est rendu par l’Olympique Bisontin, le jour de son anniversaire, le 16 janvier avec le dépôt d’une rose blanche. Interpellé et séduit par ce destin hors du commun, l’écrivain Laurent Koessler, spécialiste des romans historiques consacrés aux sportifs oubliés, lui a d’ailleurs consacré un ouvrage intitulé Dernière mêlée de Charlot. « J’ai souhaité mettre en avant sa courte vie trépidante et ponctuée d’évènements intenses. A ma grande surprise, Charles Bochard comme beaucoup d’autres personnages de son accabbie, est complètement oublié des écrits« . Paru le 10 juin aux éditions Le Geste, ce roman historique retrace fidèlement et sous forme romancée, la vie de Charles Bochard à travers la rédaction de cette lettre d’adieu. La préface est signée par Philippe Saint-André, ancien sélectionneur du XV de France.

Vers une reconnaissance officielle ?

Afin de pérenniser sa mémoire, Alain Dougy et l’Olympique de Besançon avaient sollicité l’ancienne municipalité pour l’installation d’une plaque commémorative rue des Boucheries, à l’emplacement où Charles Bochard résidait durant ses années bisontines. Un projet qui permettrait de rendre hommage à ce « héros inconnu », dont l’engagement et le courage méritent de retrouver leur place dans la mémoire collective.