À Besançon, le laboratoire Chrono-Environnement, rattaché à Université Marie et Louis Pasteur, travaille depuis plusieurs décennies autour d’une même thématique : l’eau. À sa tête, le scientifique Grégorio Crini dirige une équipe composée de chimistes, physiciens, historiens et toxicologues. Dernière étude publiée par le laboratoire début mai 2026 dans une revue scientifique américaine : celle relative aux eaux en bouteille vendues en supermarché et contenant plusieurs substances, dont le TFA, un PFAS ultra-mobile reconnu comme particulièrement toxique pour la santé humaine.
Les PFAS, polluants éternels et toxiques
Depuis plus de trente ans, le chercheur travaille sur les PFAS, ces substances per- et polyfluoroalkylées surnommées « polluants éternels ». Leur histoire remonte à l’entre-deux-guerres, lorsque l’industrie nucléaire recherchait des matériaux extrêmement stables chimiquement. Plusieurs secteurs industriels ont ensuite développé leur utilisation. « Depuis les années 50, on les utilise en long, en large et en travers », explique le scientifique. »Ce sont des molécules qui se diffusent et se promènent, donc on en retrouve inévitablement dans les eaux« , souligne Grégorio Crini. Problème majeur : leur toxicité pour l’environnement et la santé humaine n’a été réellement identifiée que bien plus tard, à partir des années 2000. Le cas du TFA, ou acide trifluoroacétique, inquiète particulièrement le scientifique. Cette molécule est la plus petite et la plus mobile des PFAS. Longtemps resté sous les radars, le TFA n’est aujourd’hui ni interdit ni intégré aux 20 substances obligatoirement recherchées dans l’eau potable. « On le retrouve littéralement partout »« , déplore Grégorio Crini. Or, le TFA est désormais officiellement classé comme substance toxique pour la reproduction humaine. Il est également suspecté d’être nocif pour le foie.
Une réglementation qui pose question
Aujourd’hui, la communauté scientifique estime à environ 17 000 le nombre de PFAS présents dans l’environnement. Pourtant, seuls 20 sont obligatoirement recherchés dans les analyses de l’eau du robinet, et aucun ne l’est spécifiquement pour l’eau en bouteille. Une absence de réglementation qui interroge les scientifiques, les éventuels contrôles ne reposant uniquement que sur des recommandations non obligatoires. « Il n’y a aucune réglementation relative aux PFAS pour les eaux en bouteille. Juste quelques recommandations qui sont bien évidemment facultatives »« , rappelle Grégorio Crini.
Une étude inédite sur les eaux en bouteille
Bien que spécialisé dans l’analyse de l’eau au sens large, le chercheur s’est penché depuis plusieurs années sur les eaux en bouteille. Deux études successives et inédites ont donc été menées par le laboratoire bisontin, en lien avec des collègues roumains et italiens. Une première étude a été réalisée sur 48 eaux en bouteille appartenant à 13 marques différentes. Les résultats ont montré l’absence des 20 PFAS réglementaires surveillés dans l’eau du robinet. Pour autant, le TFA était systématiquement présent dans les eaux en bouteille. Une seconde étude, beaucoup plus large, a été publiée à la fin du mois de mai 2026. Cette fois-ci, 70 bouteilles d’eau en verre et en plastique parmi les plus consommées en France ont été analysées. Les résultats obtenus confirment en tout point ceux de la première étude : le TFA, ce PFAS ultra-mobile, est présent dans l’ensemble des échantillons analysés. Mais pour le chercheur, le problème ne vient pas directement de l’eau elle-même. « Le problème de l’eau en bouteille n’est pas le contenu. C’est le contenant. Les bouteilles en plastique sont remplies de PET. » » affirme le chercheur. En comparant les résultats obtenus entre les eaux conditionnées dans du plastique et celles contenues dans du verre, le constat apparaît sans appel : « Le problème vient du plastique », conclu Grégorio Crini.
{{H39_IMG_0}}

































