Besançon. La Pive a-t-elle du plomb dans l’aile ?

Créée en 2017 pour favoriser une économie locale et solidaire en Franche-Comté, La Pive, monnaie locale, traverse aujourd’hui une période particulièrement délicate. Entre la suspension des aides régionales, le désengagement de la Ville de Besançon et les conséquences durables de la crise du Covid, l’association bisontine doit désormais compter davantage sur son noyau de bénévoles.

45
Billets de Pive c PG

Pourtant assez discrète à l’accoutumée, La Pive, à l’origine de la monnaie locale franc-comtoise du même nom, n’a probablement jamais autant fait parler d’elle. Depuis plusieurs semaines, l’association se retrouve malgré elle au centre de l’attention suite aux diverses déclarations annonçant la suspension des aides publiques. Plusieurs opposants de longue date se sont également manifestés pour questionner la transparence et le fonctionnement de La Pive.

Les subventions régionales suspendues pour 2026 

La Pive bénéficie depuis plusieurs années du soutien de la Région Bourgogne-Franche-Comté au titre de son activité dans le champ de l’économie sociale et solidaire (ESS). Elle a pu toucher jusqu’à 40 000 € par an de subventions depuis 2017. Grâce à ces financements, l’association a notamment pu structurer son fonctionnement et embaucher jusqu’à quatre salariés. Mais le contexte budgétaire des collectivités a changé. La réduction des enveloppes consacrées aux associations, combinée à l’élargissement du dispositif à l’échelle de la Bourgogne-Franche-Comté, a rendu l’accès aux financements plus complexe.

« Depuis quelques années, nous avons senti le vent tourner. Il est devenu de plus en plus difficile d’accéder aux subventions. On savait bien qu’un jour ou l’autre, les aides de la Région seraient suspendues« , confie Marie-Odile Crabbé Diawara, bénévole de l’association. Pour pallier ce manque financier, l’association a depuis quelques mois réduit ses effectifs salariés et transféré une partie des missions aux bénévoles : « Aujourd’hui, nous n’avons plus que 0,7 poste. Le reste des missions est réalisé par les bénévoles sur leur temps libre« , explique la bénévole.

Parmi les élus critiques à l’égard de l’association, le conseiller régional et président du groupe de la Droite et du Centre, Jean-Marie Sermier s’est engagé, par écrit, à voter contre le rétablissement des aides régionales à la structure. Il estime que « malgré dix années d’existence et un soutien public important, La Pive demeure très éloignée des objectifs qu’elle s’était elle-même fixés, tant en matière d’adhésion que d’autofinancement« .

Le désengagement attendu de la Ville de Besançon 

Depuis la création de la monnaie locale en 2017, la Ville de Besançon adhérait symboliquement à l’association, à hauteur de 1 000 euros par an. Une somme qui constituait davantage un soutien politique et symbolique plutôt qu’un véritable soutien financier. Mais l’arrivée récente de Ludovic Fagaut à la tête de la Ville de Besançon a changé la donne pour La Pive. Opposant de longue date à la monnaie locale, le nouveau maire de Besançon a décidé de suspendre l’adhésion de la mairie à l’association. Une décision politique qui n’a pas surpris l’association qui rappelle toutefois que cette cotisation constituait le seul soutien financier régulier de la Ville. « Nous n’avons jamais eu aucune autre subvention de la part de la mairie de Besançon, si ce n’est pour la Fête de la Pive qui avait lieu tous les ans« , rappellent les bénévoles.

Un « après Covid » difficile à gérer 

Si les décisions récentes des collectivités ont particulièrement fragilisé La Pive, ses difficultés ne datent pas de 2026. Comme de nombreuses associations, elle a été durement touchée par la crise sanitaire. « La crise du Covid nous a fait beaucoup de mal. Beaucoup de bénévoles se sont désengagés« , confie Marie-Odile Crabbé Diawara. Avant la crise sanitaire, La Pive comptait plus de 4 000 adhérents. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’un millier à faire circuler la monnaie locale. La crise sanitaire a donc profondément modifié le fonctionnement de l’association, en fragilisant à la fois son réseau d’adhérents et son vivier de bénévoles.

Pourtant, malgré ce contexte particulièrement défavorable, La Pive refuse de se considérer comme condamnée. Pour Marie-Odile Crabbée Diawara, les difficultés rencontrées par l’association ont permis de recentrer les priorités et de renforcer le noyau de bénévoles. Aujourd’hui, elle mise donc principalement sur ce noyau pour maintenir et développer son réseau de professionnels et poursuivre son implantation en Franche-Comté.