Économie. Dégonfler l’inflation ?

Dans le cadre du partenariat qui lie la Banque de France avec l’UFR SJPEG de l’Université de Franche-Comté, Jean-Luc Mesure le directeur départemental de la Banque de France avait invité Vincent Bignon, économiste de la banque centrale à débattre des raisons du retour de l’inflation.

597
Vincent Bignon, économiste à la Banque de France et Jean-Luc Mesure directeur départemental de la Banque de France du Doubs lors de la conférence "dégonfler l'inflation" à l'Université de Franche-Comté

Vincent Bignon est le conseiller du directeur général des études et des relations internationales de la Banque de France. Titulaire d’un doctorat et d’un Master en économie, licencié d’histoire et agrégé en économie et gestion, Vincent Bignon  se détermine comme « un chercheur en économie qui sait mettre les mains dans le cambouis »

Pourquoi dégonfler l’inflation

Le mot « inflation » vient du latin « inflatio » qui signifie « gonflement ». Pour la dégonfler, encore faut-il bien en connaître les causes et les mécanismes.

Vincent Bignon utilise la métaphore de l’alcool. « L’inflation, c’est comme l’alcool. A 2%, c’est comme 2 verres de vin. Pas d’euphorie mais rigoler fait toujours du bien. A 6%, c’est la gueule de bois qui nous guette et au-delà, on plonge dans le coma éthylique ». Il faut bien entendu se méfier, poursuit-il,  de trop de rigueur. A 0%, on est proche de la déflation « quand le chiffre d’affaires d’une entreprise  baisse plus vite que ses charges ».

Que s’est-il passé depuis 2021

A la sortie des périodes de confinement, la reprise économique très forte a été non seulement mondiale mais partout en même temps. Le coût des matières premières et de l’énergie ont augmenté considérablement.

A partir du mois de février 2022, la guerre en Ukraine a entraîné une hausse des prix de l’énergie et de certains produits alimentaires de base (les principaux producteurs de blé en Europe sont la Russie et l’Ukraine).

Ces deux phénomènes ont provoqué un déséquilibre entre la demande totale et l’offre totale conduisant à une augmentation de l’inflation.

La France plutôt préservée

A 9,2% en décembre 2022, l’inflation dans la zone Euro a atteint un niveau très élevé (celui de la gueule de bois). « Pourtant l’inflation en France a été contenue à 6,7% à la même période grâce notamment au bouclier tarifaire » souligne Vincent Bignon.

La Banque Centrale européenne (BCE) dispose d’outils pour contrer l’inflation

Ce n’est pas la Banque Centrale qui fixe les prix, ce sont l’ensemble des agents économiques. D’une part dans les négociations entre acheteurs et vendeurs, d’autre part par la modification des modes de consommation (digitalisation des échanges). Les consommateurs contribuent à fixer les prix.

La Banque Centrale peut intervenir par l’augmentation des taux d’intérêt. « C’est un signal envoyé aux agents économique sur la détermination de la BCE à lutter contre l’inflation » précise Vincent Bignon. L’augmentation des taux a en effet un impact direct sur le coût de financement ou sur l’épargne. « L’augmentation du coût du crédit incite à faire davantage attention aux prix des achats à crédit ». A contrario souligne l’économiste de la Banque de France « l’augmentation des taux rend l’épargne plus attractive ».

L’article 105-1 du Traité de fonctionnement de l’Union Européenne (TFEU) définit « l’objectif de la BCE comme devant maintenir la stabilité des prix ». Elle doit également apporter son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté. Au fil des dernières décennies, l’objectif de stabilité des prix s’établissait autour de 2%.

Anticipations d’inflation à moyen terme

Pour la Banque Centrale Européenne, la poussée inflationniste actuelle est temporaire. Les différents acteurs économiques prédisent un retour à la « normale entre 3 et 5 ans

Pour les ménages européens, le niveau médian s’établirait à 2,9% à l’horizon trois ans (2,6% pour les ménages français. Les entreprises françaises tablent sur un taux moyen de 3% à l’horizon 3 à 5 ans. Les prévisionnistes professionnels estiment un taux médian de 2% à 5 ans et les marchés financiers l’estime à 2,36% à 5 ans.

L’avis des entreprises sur l’inflation

Chaque mois, la Banque de France mène une enquête de conjoncture auprès de 8 500 entreprises ou établissements. Selon les derniers éléments, la pression à la hausse sur les prix des matières premières et des produits finis se sont modérés en décembre 2022. Dans le bâtiment et les services marchands, la hausse des prix se poursuit au même rythme.

D’une façon générale, les chefs d’entreprise anticipent une forte hausse des prix en ce début d’année, plus importante que traditionnellement observée en début d’année.

18% des chefs d’entreprise de l’industrie manufacturière déclarent avoir augmenté leurs prix de vente en décembre. Ils sont 39% dans le bâtiment et 19% dans les services marchands.

En conclusion, Vincent Bignon considère que « les chocs inflationnistes ayant eu lieu sur les secteurs en amont, ils ont créé un effet de cascade en aval. Un premier facteur de dégonflement de l’inflation aura lieu si l’on observe des baisses de prix dans les secteurs aval qui reflètent les baisses de prix observées depuis octobre sur beaucoup de marchés de l’énergie ».

« Dégonfler l’inflation » c’est enfin se demander si les anticipations de chacun sur l’inflation future ont pu conduire dans certains cas à anticiper des hausses de prix. Vincent Bignon est convaincu que « les banques centrales font tout pour baisser l’inflation, notamment par leur politique de taux d’intérêt et une communication déterminée sur les raisons de leur engagement ».

On ne peut que recommander à la Banque de France du Doubs et à Jean-Luc Mesure son directeur,  de développer ce type de conférences. Sur des sujets aussi complexes, l’intervention de Vincent Bignon donnait aux néophytes l’impression de comprendre les mécanismes monétaires et financiers…simplement l’impression toutefois !

Yves Quemeneur