Pierre-Albert Vionnet partira officiellement le 31 janvie.

Chaque visite apparaît désormais comme un ultime tour de piste pour le directeur nommé en 1998 à la tête du Syndicat Intercommunal d’Électricité de Labergement Sainte-Marie (SIEL). « A mon arrivée, le président de l’époque m’avait dit « vous aurez la lourde tâche de faire revivre notre syndicat. », c’est une mission que j’effectuerai jusqu’au dernier jour », confie l’intéressé. La retraite, Pierre-Albert Vionnet y pense depuis plusieurs mois et ce mardi 24 janvier, une cérémonie en son honneur officialise son départ, qui prend effet à la fin du mois.

Mordu de travail et d’apprentissage, Pierre-Albert Vionnet est l’un des artisans majeurs de la renaissance du SIEL. Au pied des gorges du Fourpéret, l’enfant de Labergement-Sainte-Marie boucle une carrière parsemée de riches expériences.

Formation 100% Franc-Comtoise

Il y a d’abord celle de la formation, 100% Franc-Comtoise. Au lycée Saint-Joseph de Besançon où Pierre-Albert Vionnet obtient son baccalauréat de construction mécanique avant de poursuivre du côté de Belfort au département de génie thermique, options thermodynamique et mécanique des fluides. « J’ai rencontré des gens formidables tout au long de ma vie mais le premier fut surement mon camarade vénézuélien César, avec qui j’ai découvert le Québec, ma première expérience professionnelle. », confie le directeur du SIEL qui à l’époque se voit bien poursuivre l’aventure dans d’autres pays.

L’armée et le nucléaire

Le service militaire le ramènera sur le sol français. Pierre-Albert Vionnet intègre pendant deux ans la prestigieuse unité spéciale « sécurité nucléaire » sur la base aérienne d’Avord. « Une chance inouïe la sélection était de 1 pour 1000 candidats. C’est un souvenir mémorable, j’ai appris énormément de choses dont beaucoup étaient confidentielles. »

Des pièces pour la NASA à la course au DVD

L’aventure militaire refermée, Pierre-Albert Vionnet revient chez lui à Labergement-Sainte Marie et rejoint la Suisse comme contrôleur qualité adjoint à l’usine Tecval Memories, du groupe Posso. « Nous fabriquions des supports magnétiques pour la NASA par exemple », sourit l’intéressé. En 1987, après des heures passées à décrypter la recette de Sony et Philips, il participe à la sortie du premier compact disc suisse. Le DVD suit quelques années plus tard et l’abergeur est nommé directeur de l’assurance qualité. « Il nous arrivait de devancer et parfois même de vendre à nos concurrents des technologies ! »

Un SIEL « en convalescence »

Pierre-Albert Vionnet découvre les coulisses du SIEL au cours de son aventure municipale (cinq mandats, dont quatre comme adjoint), débutée en 1989. « Je connaissais le SIEL par son histoire et j’étais vice-président depuis 1995. Passer du business ultra-libéral où demain est déjà l’inconnu à celui sur-encadré d’un petit service public local tout juste centenaire et en convalescence était un énorme défi. »

Le nouveau directeur impulse la mutation du syndicat d’électricité entre 1998 et 2006. « Nous avons d’abord rénové et enfoui près de 300 kilomètres de réseaux, automatisé les centrales hydroélectriques. Un travail de fond nécessaire qui nous a aussi permis de voir que la production devenait de plus en plus aléatoire. Nous avons donc pensé au photovoltaïque. »

De l’hydroélectrique au solaire

« Il fallait retrouver un savoir-faire perdu, nous avons divisé par 3 les coûts. Ça fout un coup de pied dans la fourmilière c’est sûr ! Quand un cabinet d’études vient nous dire comment exploiter notre réseau, je trouve ça aberrant. », explique Pierre-Albert Vionnet. « Au début des années 2000 nous avions étudié l’éolien au-dessus du Mont d’Or pendant deux ans. Il y a trois mois de vent favorable c’était impossible de faire quelque chose contrairement au solaire ».

Le premier parc de panneaux photovoltaïques voit le jour en 2018, sur le site du syndicat. Un autre suivra à Rochejean tout comme deux parcs de trackers solaires. « Nous étions les premiers à avoir un tracker biface dans l’Est de la France ! », se réjouit le directeur. Le SIEL gère désormais trois unités de productions hydroélectriques et huit installations photovoltaïques. La consécration de 20 ans de travail arrive en 2019 : invité au perchoir de l’Assemblée nationale, Pierre-Albert Vionnet présente le modèle du Syndicat aux députés, dans le cadre de la transition énergétique.

Tout jeune retraité, l’abergeur compte voyager mais gardera toujours un œil sur « ses bébés ». « Il y a encore trois projets photovoltaïques en cours, mon successeur saura les mener à bien, j’en suis sûr. L’avenir du SIEL n’est pas écrit, il sera ce que nous en ferons ».

M.S