Si vous avez passé votre été loin de Besançon, vous avez sans doute loupé la saga de l’été bisontin. Sujet politique numéro un dans la capitale comtoise, la gestion de l’eau pour l’arrosage a agité une bonne partie des élus restés dans la ville.
Les massifs fleuris, un « rôle essentiel pour les pollinisateurs »
Pourtant épinglé à plusieurs reprises par l’opposition municipale pour avoir obtenu une dérogation préfectorale autorisant l’arrosage des jeunes arbres et des massifs de fleurs de la Ville, le maire de Besançon, Ludovic Fagaut, n’a pas cédé à la pression. Malgré les canicules successives et la sécheresse persistante, les agents de la Ville ont, pendant tout l’été, utilisé l’eau du Doubs ainsi que les réserves de la piscine Mallarmé pour arroser les fleurs nouvellement plantées, conformément à une promesse de campagne du nouveau maire. Pour justifier cette gestion, la Ville de Besançon a publié un post cet été sur ses réseaux sociaux, mettant en avant le rôle indispensable des massifs fleuris, qui « jouent un rôle essentiel pour les pollinisateurs (…) et offrent une précieuse source de nourriture aux abeilles et aux autres insectes pollinisateurs. Au-delà de leur rôle esthétique, nos massifs contribuent ainsi à préserver la biodiversité en ville. »
Interrogé sur le sujet, Guillaume Bailly, adjoint à l’Urbanisme et aux Espaces verts a justifié la politique de la ville : »nous gardons notre ligne qui est l’opérationnel et non le sensationnel. Tant que les ressources en eau sont suffisantes, nous les utilisons. L’objectif est d’arroser un maximum de choses sans prioriser les fleurs plutôt que d’autres choses. »
Une action coup de poing de la part de l’opposition
Un avis que ne partage pas l’opposition, à commencer par les élus du PCF. Pour protester, ils ont lancé une action coup de poing, fin juillet pour protester contre l’utilisation des récupérateurs d’eau situés devant la piscine Mallarmé, initialement prévus pour l’arrosage des jeunes arbres et aujourd’hui « détournés de leur fonction initiale pour l’arrosage des fleurs », selon les élus de l’opposition. Rue de Vesoul, les membres du parti ont recouvert les panneaux de signalisation « Ville fleurie » par « Ville égoïste ». Les membres du PCF de Besançon ont ensuite tenté d’interpeller le préfet du Doubs, Rémi Bastille, en lui adressant une lettre au début du mois d’août. Dans ce courrier, ils demandent explicitement au préfet de revenir sur la dérogation accordée à la Ville de Besançon pour puiser de l’eau dans le Doubs afin d’assurer l’arrosage des espaces verts. Au vu du niveau plus qu’inquiétant des réserves en eau potable, les élus communistes ont mis notamment en avant la nécessité de privilégier « l’alimentation humaine et l’abreuvage du bétail » plutôt que l’arrosage des massifs floraux.
Face au silence de la préfecture du Doubs sur le sujet, les élus communistes sont passés à l’étape suivante, en interpellant, quelques jours plus tard, la préfète de région, Violaine Demaret, sur la fameuse dérogation. Mais rien ne semble bouger du côté des services de l’État, alors même que la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a appelé, en fin de semaine, dans un entretien accordé au Monde, à réduire les dérogations. Elle avançait notamment que « la sobriété devra devenir notre premier réflexe : cela vaut pour les particuliers, pour les collectivités, l’agriculture et l’industrie« .
Mais derrière les fleurs, les arbres, les cuves et les litres d’eau, c’est aussi une bataille politique qui se joue. Entre enjeux écologiques et communication politique, majorité et opposition se renvoient inlassablement la responsabilité d’une gestion qu’elles présentent chacune comme la plus vertueuse.




























