Le commerce en pleine tempête

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Les Galeries Lafayette de Besançon poursuit son activité après la validation du plan de continuation - photo d'archives ©YQ

« Pour travailler dans le commerce et y réussir, il faut d’abord aimer les gens ». Les propos d’un ancien commerçant bisontin indépendant et ancien salarié des Galeries Lafayette de Besançon, devraient résonner dans les oreilles de Michel Ohayon, le patron de la holding dans l’œil du cyclone qui pourrait mettre en péril le grand magasin de la rue des Granges à Besançon.

Le commerce à l’origine de la civilisation

N’en déplaise au « Bernard Madoff de la fringue », le commerce n’est pas seulement une question de bilan financier. Il est l’une des plus anciennes inventions de l’humanité. Au Néolithique, d’une agriculture de subsistance, les chasseurs-cueilleurs deviennent agriculteurs. Les récoltes dépassent le minimum vital et le surplus est troqué contre des outils qui vont eux-mêmes améliorer les rendements. Le commerce est né !

Le commerce est aussi à l’origine des relations sociales. Il a été et est encore un outil indispensable pour la circulation des Hommes, des biens et des idées entre les communautés de la planète. Il a donc une incidence sur les conditions de vie et l’épanouissement des populations. Les centres urbains se sont développés autour d’axes de communication (routes ou fleuves), liens pour assurer l’approvisionnement. A Besançon, les récentes fouilles sur le chantier de Saint Jacques ont mises en évidence un port fluvial datant de l’époque romaine… On s’éloigne de la fermeture d’un magasin Camaïeu, une boutique Cop Copine ou de la brasserie Pasteur.

Du consommateur des Trente glorieuses au consom’acteur du XXIe siècle

L’augmentation exponentielle du chômage au début des années 80 et la baisse relative du pouvoir d’achat des classes moyennes a incité les consommateurs « à consommer moins cher », incitant les industriels à aller fabriquer toujours plus loin pour abaisser les coûts.

Les grands empires du textile du nord et de l’est de la France, la sidérurgie de Lorraine ou l’horlogerie de Franche-Comté ont disparu. A Besançon, ce sont des dizaines de milliers d’emplois chez Weil, Rhodiaceta ou Lip. La Chine est alors devenue « l’usine du monde ».

Qui sera le consom’acteur en 2030 ?

Une récente enquête Havas nous prédit en 2030 « une pizza fabriquée chez soi sur une imprimante 3D » et des « coupons de réduction sélectionnés selon son profil génétique ». Responsables de leur environnement, 77% des français imaginent éliminer de leur consommation les produits ne respectant pas l’environnement. Le bio ou les circuits courts ne seront plus un simple argument marketing mais une obligation.

87% pensent pouvoir acheter des produits sans emballage ! On imagine même les obligations légales sur un QR Code. On imagine bien aussi la fin du « cash ». Toutes les transactions seront réalisées par carte bancaire, voire par un simple regard sur le robot de caisse ! Robot de caisse justement, 41% des français seraient prêts à utiliser des magasins 100% robotisés.

« L’expertise et le sourire sont au rendez-vous de la proximité »

De son côté Serge Couësmes, le président de l’Union des Commerçants de Besançon (UCB), l’assure : « le commerce indépendant a un bel avenir. L’expertise et le sourire sont au rendez-vous de la proximitéRecréer l’atmosphère d’un centre-ville dans un centre commercial n’est plus dans l’air du temps », confie pourtant Serge Couësmes.

Besançon qui fut dans les années 70 la première ville piétonne de France a une réputation d’innovation. Elle pourrait être le laboratoire du commerce de proximité des années 2030. L’esprit humain a des qualités que l’intelligence artificielle n’aura jamais. Il sait s’adapter !

Yves Quemeneur