Mieux faire connaître le transport routier de marchandises

Pour la seconde année, la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers (FNTR) tenait ses "Assises du transport et de la logistique" le 19 Octobre à Besançon. L’occasion de rappeler l’importance économique et sociétale d’une profession pourtant malmenée

879
Jean-Michel Colle Secrétaire général de la FNTR Franche-Comté, Xavier Bergelin, Président de la FNTR Franche-Comté et Rodolphe Lanz, Secrétaire général nationale de la plus importante fédération de transporteurs routiers de France ©YQ
« La tentation est toujours forte de nous taxer »

On sentait dans les propos de Rodolphe Lanz, Secrétaire général national de la FNTR le désamour de l’Etat vis-à-vis d’une profession qui assure pourtant 90% des flux de marchandises en France. Le désamour aussi d’une partie de la population qui considère « les camions polluants » alors qu’ils représentent moins de 6% des émissions de CO². Cette population qui contribue en même temps, par ses achats en ligne, au développement du transport routier !

La FNTR relance actuellement sa campagne de communication autour du slogan « si vous l’avez, c’est un camion qui vous l’a apporté ». Au-delà du slogan, c’est la réalité quotidienne, qu’il s’agisse du cahier de textes du petit dernier, des yaourts du frigo ou même du nain de jardin qui trône au centre de la pelouse !

Un contexte économique très difficile

« Tous les indicateurs sont dans le rouge » s’inquiète Rodolphe Lanz. « Notre profession emploie 500 000 personnes en France et enregistre une forte baisse de l’activité. Doublée à l’augmentation des coûts, la baisse des marges obère durablement la capacité des entreprises de transport à investir ».

L’augmentation des taxes sur le carburant à usage professionnel représente une charge supplémentaire de 230 millions d’euros pour les transporteurs, s’irrite Rodolphe Lanz. « Et dans le même temps, l’Etat nous demande d’adapter le parc de véhicules à la transition écologique. Le coût est estimé à 52,6 milliards d’euros alors que nos marges n’excèdent pas 2%, équation impossible ».

Rodolphe Lanz insiste également sur la concurrence européenne qui n’a pas les mêmes règles économiques et surtout sociales (les automobilistes usagers de la RN83 en sont les témoins au quotidien).

Devant la hausse des coûts et une concurrence européenne déloyale, les transporteurs routiers français ont le choix « entre perdre un client ou perdre de l’argent ». La situation est d’autant plus grave en Franche-Comté où l’essentiel des flux de marchandises se fait dans un rayon de 200 km. « Nous ne sommes pas une commodité mais un service essentiel » conclut Rodolphe Lanz en rappelant la crise sanitaire. « Avec les soignants, nous étions l’une des rares activités à assurer le quotidien de la population ».

Dans ce contexte, Rodolphe Lanz craint une hausse importante des dépôts de bilan et la perte de dizaines de milliers d’emplois alors que le transport routier français participe depuis longtemps à l’équilibre harmonieux et durable des territoires.

Mettre à l’honneur les exploitants

Xavier Bergelin, le Président de la FNTR Franche-Comté voulait mettre en avant un métier peu connu et pourtant essentiel dans le transport routier, celui d’exploitant.

« Ce sont les gens qui tiennent l’entreprise » précise le transporteur d’Arc-les-Gray. Equilibristes, magiciens, les exploitants sont l’interface entre chaque conducteur et les clients. L’exploitant doit jongler au quotidien avec la réglementation sociale, l’efficacité et la satisfaction des clients et aussi les états d’âme des conducteurs. C’est un métier de passion dévorant où les compétences professionnelles sont confrontées au souci de la relation humaine. L’exploitant est aussi le chef d’orchestre de la transition écologique du transport « Il optimise le chargement de chaque camion, économise les kilomètres, tout en ajustant les tournées au gré des consignes des clients ».

Un secteur qui recrute

Malgré les difficultés économiques, il manque environ 50 000 conducteurs de transport de marchandises en France. Les entreprises sont également en demande de ces postes essentiels d’exploitants. Le métier de ces magiciens de la marge est riche de technique et d’humanité, un bel avenir dans un secteur qui est et restera le poumon de l’économie réelle.

A l’exception de Laurent Croizier, député du Doubs, on pouvait regretter l’absence à ces Assises de représentants des collectivités locales. Le retour de la souveraineté industrielle ne se fera pas sans un transport routier français reconnu, fort et rentable.

Yves Quemeneur