Région. Economie. 105 421 projets de recrutement en 2022 en Bourgogne Franche-Comté

Chaque année, Pôle Emploi adresse un questionnaire à tous les employeurs pour connaître leurs besoins en recrutement par secteur d’activité et par bassin d’emploi. Environ 30% des entreprises de la région ont répondu au questionnaire portant sur 2022.

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Jean-François Locatelli, Directeur territorial de Pôle Emploi Doubs et Territoire-de-Belfort et Carole Demouge, Directrice de l'agence Pôle Emploi de Besançon Temis ©YQ

Pour une bonne compréhension des chiffres fournis par l’établissement public de l’emploi, le questionnaire est adressé aux entreprises au cours du dernier trimestre de l’année précédente. Et précisément pour les chiffres annoncés pour 2022, ils ne tiennent pas compte des effets sur l’économie et l’emploi de la crise ukrainienne.

Le chômage poursuit sa décrue dans la région

Le taux de chômage était à plus de 9% en 2015, il est de 6,2% au 4ème trimestre 2021 en Bourgogne Franche-Comté et de 6,7% dans le seul département du Doubs. A l’exception du premier semestre de l’année 2020, la baisse du chômage est continue depuis 6 ans, la courbe régionale suivant les chiffres nationaux.

Si le nombre de demandeurs d’emploi avait explosé lors du 1er confinement en 2020 (+ 19 920 demandeurs d’emploi dans la région), il a baissé sensiblement entre juin 2020 et février 2021 (-1,9%) du fait des accompagnements de l’Etat (chômage partiel, PGE, etc….). En Bourgogne Franche-Comté, le volume des demandeurs d’emploi (toutes catégories confondues) a diminué de 8,6% depuis l’été 2021.

Une reprise économique inédite en 2021 dans la région

En se basant sur les déclarations préalables à l’embauche (DPAE), Pôle Emploi a enregistré une hausse des recrutements de 34% sur le dernier trimestre (décembre 2021 à février 2022). Le département du Doubs notait une augmentation des recrutements de 30% sur une année (mars 2021 à février 2022). Ces chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution compte tenu de la crise internationale en Ukraine, de l’augmentation des coûts de l’énergie et la poursuite de la pénurie de certaines matières premières et composants.

Toutefois, Pôle Emploi a enregistré 133 740 offres d’emploi dans la région entre mars 2021 et février 2022, soit une hausse de 62%, dont plus de 25 000 dans le Doubs, en augmentation de 58% sur la même période.

Une situation des offres d’emploi très tendue selon les secteurs d’activité

Pour Jean-François Locatelli, directeur territorial de Pôle Emploi pour le Doubs et le Territoire-de-Belfort, « le rapport de forces sur le marché de l’emploi s’est clairement inversé ». Il considère que les entreprises, les associations, qui cherchent à recruter doivent mieux prendre en compte les aspirations de bien-être de leurs salariés et dans certains secteurs particuliers « sont contraints d’augmenter les rémunérations ». Jean-François Locatelli est toutefois conscient qu’une telle évolution n’est possible, en particulier dans les TPE et les PME, que si elles ont une visibilité à moyen terme de l’évolution de leur activité, ce qui n’est plus le cas depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les entreprises ont également à prendre en considération leur compte d’exploitation et les équilibres fragiles de leur trésorerie. Dans un récent article du « Figaro » dont Jean-Luc Quivogne, le président de la CCI Saône-Doubs, s’est fait l’écho, les défaillances d’entreprises ont progressé de près de 35% sur le premier trimestre 2022. La situation internationale, le remboursement des PGE et la fin annoncée du « Quoiqu’il en coûte » pourrait remettre en question l’optimisme des employeurs et revoir les prévisions de recrutement à la baisse, voire même à une hausse du chômage.

En attendant, les offres d’emploi à fin février 2022 dans le Doubs, présentent une forte tension dans les métiers des services à la personne (+ 53%), dans l’hôtellerie-Restauration (+ 101%), dans l’industrie (+ 74%) et dans le transport et la logistique (+ 72%).

Besoins en main d’œuvre, une nouvelle approche de Pôle Emploi

Jean-François Locatelli le précise « notre approche des métiers ne se fait plus par normes administratives mais par l’analyse des compétences nécessaires pour telle ou telle entreprise ». Connaître précisément, par métiers et par bassins d’emploi, les besoins des entreprises est donc indispensable pour le service public de l’emploi qui revendique 80% d’entreprises satisfaites des services rendus.

Dans le Doubs, 3 820 établissements (soit 18% des entreprises interrogées) ont répondu à l’enquête « Besoins en main d’œuvre » organisée en partenariat avec le CREDOC.

Les entreprises du Doubs envisageaient une progression de 20% de leurs projets de recrutement en 2022. Sur les 19 280 projets identifiés, plus de la moitié (52%) provient du bassin d’emploi de Besançon, 23% sur Montbéliard, 11 et 13% sur les bassins de Morteau et Pontarlier. Ces chiffres sont en augmentation de 14,2% par rapport à 2020.

Comme cela a été précisé plus tôt, l’enquête est instruite sur le dernier trimestre de l’année précédente. Les chiffres de 2020 ont été collectés en 2019 (avant la crise sanitaire) et ceux de 2022 collectés en 2021 (avant la crise ukrainienne).

Dans le Doubs, une intention d’embauche sur deux est dans les services

59% des projets d’embauche proviennent des activités de services et seulement 13% dans l’industrie et 6% dans l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire. Ces chiffres démontrent la désindustrialisation de notre territoire au profit des services support à l’économie et aux particuliers. Les cinq métiers les plus recherchés dans le département sont les agents d’entretien (1 501 intentions), les professionnels de l’animation socio-culturelle (892), les aides-soignants (741), les aides à domicile (663) et les employés du commerce en libre-service (546).

Les projets de recrutement jugés « difficiles » ont progressé de 61,3% dans le Doubs. Ils étaient de 47,4% en 2021. Et, le souligne Jean-François Locatelli, « une partie des projets est invisible, certains employeurs renonçant à chercher ».  Cela concerne principalement les métiers de l’aide à domicile, du transport et les maçons. Pôle Emploi note également un nombre significatif d’offres d’emploi de médecins jugé difficile.

Bien entendu, les bassins d’emploi du Haut-Doubs sont plus sensibles à cette pénurie de main d’œuvre du fait de la proximité de la Suisse. Sur le secteur de Pontarlier, cela concerne 71,3% des besoins de recrutement.

« On se bat pour que les gens trouvent un emploi » conclut Jean-François Locatelli. Mais « les périodes de confinement ont fortement impacté la population jeune qui souhaite donner du sens à son activité professionnelle » poursuit Carole Demouge, directrice des agences Pôle Emploi de Besançon.

Si les entreprises doivent améliorer leurs pratiques en matière de ressources humaines, il ne faut toutefois pas oublier que le monde économique n’est pas celui des Bisounours. L’amélioration de la qualité de vie au travail est désormais un impératif pris en compte dans les entreprises, en particulier dans le cadre de la RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale)…mais les bénéfices, finalité d’une entreprise pour assurer son développement et l’emploi, ne se font pas autour d’une table de babyfoot !

Yves Quemeneur