Scandale Goodyear : un juge d’Instruction bisontin est chargé de l’affaire

"Il aura fallu la détermination, le courage et la ténacité de Sophie Rollet dont le mari est mort dans un accident en juillet 2014 sur l’A36, causé par l’éclatement du pneumatique d’un poids-lourd venu le percuter pour aboutir à l’ouverture d’une information judiciaire" a souligné Etienne Manteaux, le Procureur de la République de Besançon lors d’un point presse le 16 mai 2024.

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Le Procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux, lors du point presse sur l'affaire Goodyear le 16 mai 2024 ©YQ

Le Procureur de la République a rappelé la chronologie macabre de nombreux accidents ayant mis en cause le même type de pneumatiques de la marque Goodyear « Marathon LHS II » et « Marathon LHS II+ ». Depuis 2014, ce sont 7 personnes qui sont décédées sur la route du fait de l’éclatement du pneu avant gauche de camions, les chauffeurs perdant le contrôle des véhicules.

Un « banal accident » cache-t-il un homicide involontaire ?
Le premier accident mortel a eu lieu sur l’A36 au mois de juillet 2014. Il a fait 2 morts dont le mari de Madame Rollet. L’affaire avait été classée sans suite, les causes de l’accident n’étant pas clairement établies. Sophie Rollet ne s’en est pas contentée et a porté plainte avec constitution de partie civile auprès du tribunal judiciaire de Besançon.

Et c’est donc l’ouverture d’une information judiciaire qui a permis de passer d’un « banal accident de la route » à une procédure pour « homicide involontaire ».

La procédure s’accélère

Suite à la procédure initiée par Sophie Rollet au Tribunal de Besançon, les enquêtes concernant des collisions mortelles survenues sur l’A1 en juillet 2014, puis sur l’A13 en avril 2016, dans des conditions similaires à l’accident de l’A36, ont été transmises au tribunal de Besançon qui instruit donc ces trois affaires ayant causées la mort de 4 personnes.

« Quatre autres dossiers d’accidents de poids lourds causés par l’éclatement du pneu avant gauche des camions incriminés, ont été versés à la procédure, à titre d’information, les faits étant prescrits » a souligné Etienne Manteaux. Il s’agit de 2 accidents sur l’A9 dans l’Herault en septembre 2011 et août 2012, puis dans l’Indre en juillet 2013 et dans l’Isère en septembre 2014.

Huit expertises différentes ont conclu que « l’éclatement des pneus n’était pas dû à une cause extérieure mais à un défaut de conception et/ou de fabrication, relevant une « décohésion des nappes métalliques » qui a conduit au décollement de la bande de roulement ».

Des perquisitions ordonnées par le juge d’instruction

Le magistrat instructeur de Besançon a diligenté le 14 et le 15 mai 2024, des perquisitions au siège social de Goodyear France, au siège européen du groupe en Belgique et à l’usine de Colmarberg au Luxembourg. Etienne Manteaux a précisé que « les perquisitions ont pour objet de déterminer si Goodyear, à différents niveaux de responsabilité, était informée de la dangerosité des pneumatiques en question et du nombre d’accidents et de sinistres portés à sa connaissance ».

Le Procureur souligne par ailleurs que les marques de tracteurs MAN et SCANIA ont rapidement procédé à des rappels de pneumatiques au vu des accidents incriminant les pneus de marque Goodyear Marathon.

Selon Etienne Manteaux, « Goodyear n’a jamais reconnu de problème de conception, de fabrication et de sécurité sur les pneus Marathon LHS II et LHS II+. La multinationale américaine s’est contentée de proposer une proposition d’échange commerciale, sans procéder à un rappel systématiques de pneumatiques en cause ».

Une procédure civile a conduit le tribunal de commerce de Nanterre à condamner la société Goodyear le 16 février 2023, condamnation pour laquelle Goodyear a fait appel.

Le procureur de la République a enfin regretté que dans plusieurs accidents de camions, « il est impossible de définir la marque des pneumatiques, les affaires ayant été classées et les scellés détruits, ce qui est très regrettable »« Il appartient désormais au magistrat instructeur de Besançon de poursuivre ses investigations qui pourront éventuellement déboucher sur des mises en examen de personnes morales et/ou physiques » a conclu Etienne Manteaux.

Yves Quemeneur