Dossier de la semaine. L’insertion sous pression

Le secteur de l'insertion traverse une période stressante liée notamment aux coupes budgétaires et aux incertitudes électorales. Maillon indispensable du retour à l'emploi, l'insertion est pourtant souvent la première sacrifiée. Certaines entreprises locales tentent malgré tout de développer leurs activités et d'accompagner les salariés.

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BTS Blanchisserie
L’équipe de BTS Blanchisserie devant ses locaux aux côtés de la directrice de la structure, Valérie Masson Perrin (deuxième en partant de la gauche). ©DR

Comme de nombreux domaines, l’insertion est plongée dans l’inquiétude depuis plusieurs mois. En cause, les coupes budgétaires et les incertitudes politiques qui grandissent de jour en jour. Placé en première ligne lorsqu’il est question de « faire des économies », l’insertion reste pourtant fondamentale, tant du point de vue social que de celui de l’emploi.

Un contexte national inquiétant

Fin 2025, le gouvernement avait annoncé une baisse de 14% du budget global, soit 200 millions d’euros alloués à l’insertion par l’activité économique (IAE). Depuis, les différentes annonces réalisées par le gouvernement font état d’une baisse ne dépassant pas les 5%. Un moindre mal pour les acteurs du secteur. Ce dispositif permet aux personnes éloignées de l’emploi de se réinsérer socialement et professionnellement.

Des aides locales en déclin

Dans le Doubs, les structures d’insertion ne sont malheureusement pas épargnées par les coupes budgétaires de l’Etat. Mais les désillusions ne se limitent pas à l’Etat pour les acteurs du secteur. Les collectivités territoriales qui œuvrent elles aussi pour l’insertion, sont contraintes de diminuer les subventions indispensables au dispositif. La Région Bourgogne-Franche-Comté est particulièrement impliquée dans le soutien aux entreprises d’insertion, tout comme le Département du Doubs ou encore les communes. Pourtant, l’ensemble de ces aides locales fondent comme neige au soleil au fil des années.

Interrogés, certains acteurs ne cachent pas leur inquiétude : « avec la morosité économique actuelle et les crispations politiques nationales et locales, on ne sait pas ce que sera l’avenir. Sans les aides, on ne peut pas être compétitif et efficace dans notre mission de réinsertion. Notre métier n’a plus de sens… » déplore une directrice de structure de la région, avant d’ajouter : « Finalement, on nous demande de faire la même chose mais avec moins de moyens, ce n’est pas possible ».

Malgré ces difficultés, certaines entreprises d’insertion réussissent à sortir la tête de l’eau. C’est le cas de BTS Blanchisserie, entreprise basée à Frasnois qui forme 34 salariés en insertion via des contrats de travail allant de 4 à 24 mois. « Ce sont des personnes très éloignées de l’emploi, qui touchent souvent le RSA ou rien du tout… elles n’ont aucune connaissance de ce qu’est le travail, le savoir être. Il faut tout reprendre de zéro » confie Valérie Masson-Perrin, directrice de l’entreprise. Un véritable défi pour la structure, qui doit rester compétitive en produisant des prestations de qualité tout en formant ses salariés.

Employée en insertion travaillant dans un atelier sous pression budgétaire.

Une double mission sociale et formative

Dans l’atelier qui a des allures de fourmilière, une vingtaine de nationalités se côtoient. Les trois quarts des salariés sont des femmes, souvent très éloignées de l’emploi : « Les femmes sont souvent les plus éloignées de l’emploi car elles font face à des freins importants » souligne la directrice. Certaines sont analphabètes dans leur langue maternelle, d’autres ne parlent pas français. Le défi est donc de taille : former à plusieurs métiers tout en accompagnant humainement chaque personne pour la sortir de l’isolement.

Employés de l’atelier de blanchisserie en formation et accompagnement social.

« Lever les freins à l’emploi », voilà le principal enjeu du dispositif d’insertion. « Nous avons beaucoup de femmes confrontées à des difficultés de mobilité, de langue, de garde d’enfants, de surendettement ou encore de manque de diplôme », explique Valérie Masson-Perrin. Car au-delà de la formation professionnelle, les entreprises d’insertion accompagnent les salariés dans la gestion de leurs difficultés quotidiennes.

Des circuits courts et des prestations haut de gamme

Proposer des prestations haut de gamme avec des salariés en insertion, souvent sans formation préalable en blanchisserie ou en couture : tel est le défi relevé par l’entreprise. Ainsi, les 34 salariés en insertion accompagnés de 10 encadrants, travaillent pour de nombreux organismes publics et entreprises bisontines. Les prestations de blanchisserie concernent principalement des EHPAD, des hôtels trois et quatre étoiles de la Boucle, des restaurants, mais aussi des collectivités locales comme la Ville de Besançon, le CCAS ou le Sybert. Au total, ce sont plus de 2,5 tonnes de linge qui passent entre les mains des salariés en insertion. L’atelier de couture fait également la fierté de la directrice : « Nous travaillons pour de grands magasins de Besançon ».

Le défi permanent de la productivité

Les entreprises d’insertion remplissent une mission exigeante. Elles doivent produire autant que leurs concurrents tout en intégrant les contraintes liées à l’accompagnement de salariés très éloignés de l’emploi. Pour sa part, BTS Blanchisserie réalise 80 % de son chiffre d’affaires grâce à ses prestations. Les 20 % restants proviennent de subventions publiques versées par l’État, la Région, le Département et la Ville de Besançon. « Sans les subventions, nous ne pourrions pas fonctionner » reconnaît la directrice.

L’insertion, un dispositif efficace mais menacé

L’insertion constitue un véritable tremplin vers l’emploi. À l’issue de leur parcours, la majorité des salariés de BTS sont prêts à intégrer durablement le marché du travail. « Nous enregistrons 50 % de sorties positives en CDI, CDD ou intérim : c’est un très bon résultat compte tenu du public que nous accompagnons » souligne Valérie Masson-Perrin. Malgré son efficacité et son rôle clé dans la dynamique de l’emploi local, le secteur de l’insertion traverse une période délicate. « Depuis plusieurs années, nous constatons une baisse significative des aides, pourtant indispensables à notre fonctionnement », déplore la directrice.