Edito. La folie des paris et des Panini

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Cartes Panini Coupe du Monde 2026
Cartes Panini Coupe du Monde 2026 ©AdobeStock

Alors que la chaleur de ces dernières semaines commence à peser sur beaucoup de
personnes et que les nuits semblent devenues interminables, une question
existentielle en lien avec la Coupe du monde de football m’a traversé l’esprit : peut-
on être nul en football et excellent en pronostics ?

À en croire les classements de l’application en vogue Mon Petit Prono, la réponse
semble être oui. Depuis le début de la compétition, des millions de joueurs
s’affrontent à coups de prédictions sur les résultats des différents matchs, dans des
ligues constituées spécialement entre amis, collègues ou membres d’une même
famille.

Le verdict des pronostics s’avère parfois cruel pour les spécialistes. Car pendant que
certains, véritables encyclopédies du football qui suivent religieusement tous les
matchs de la Coupe du monde — même ceux programmés à trois heures du matin
— et connaissent le nom du troisième gardien du Cap-Vert, dissèquent chaque
statistique avant de valider leurs pronostics, d’autres cochent
tranquillement quelques scores au hasard. Et tandis que les premiers s’enfoncent dans
le classement, les seconds y caracolent en tête.

Ces compétitions de pronostics ont toutefois une vertu indéniable : elles créent du
lien. Ainsi, les débriefings de matchs à la machine à café remplacent les discussions
du quotidien, chacun attendant fébrilement les résultats du soir. Attention toutefois :
derrière les sourires se cachent parfois de redoutables mauvais perdants.

Autre phénomène incontournable du Mondial : les cartes Panini. Depuis des
générations, elles accompagnent chaque grande compétition. Le principe est
immuable : acheter des pochettes, coller les vignettes de manière plus ou moins
approximative dans l’album, accumuler les doubles et se promettre que, cette fois-ci,
l’album sera terminé. Une promesse rarement tenue. Car l’album Panini s’apparente
souvent aux bonnes résolutions du Nouvel An : on commence avec enthousiasme et
l’on finit par accepter qu’il manquera toujours quelques vignettes.

Alors que les trocs improvisés battent leur plein dans les cours d’école, certains
bureaux ou sur Le Bon Coin, une annonce récente est venue surprendre les
collectionneurs : la fin des vignettes Panini d’ici 2031 au profit de l’entreprise
américaine Fanatics. Une page se tourne pour tous ceux qui ont passé leur enfance
à chercher désespérément le numéro 237 ou ce fameux joueur que l’on adorait et qui
semblait introuvable.

Finalement, cette Coupe du monde nous rappelle que l’essentiel ne se joue peut-être
pas uniquement sur le terrain. Entre les paris improbables et les albums jamais
terminés, elle continue surtout à faire vivre ces petits rituels collectifs de plus en plus
rares dans notre société. Qu’ils fassent râler, sourire ou simplement discuter, ces
rituels rassemblent. Et c’est déjà une belle victoire.