Haut-Doubs. Mobilités transfrontalières : des pistes pour désengorger la frontière franco-suisse

Une étude menée par la communauté de communes des Lacs et Montagnes du Haut-Doubs (CCLMHD) et l’association pour le développement des activités économiques de la Vallée de Joux (ADAEV), cherche à trouver des solutions pour améliorer les mobilités transfrontalières, avec l'objectif d'obtenir des financements via le programme Interreg. Les premiers résultats ont été présentés à Jougne le 18 juin.

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Chaque jour, des bouchons sont visibles à Jougne ©DR

« Il faut parfois 1h15 pour faire 25 petits kilomètres entre Vallorbe et Pontarlier », estime Sylvain Bobillier-Monnot, vice-président à la CCLMHD en charge de l’Aménagement et attractivité du territoire, et des Mobilités.

Les difficultés de circulation aux heures de pointe à la frontière franco-suisse sont bien connues, et elles ne devraient pas s’arranger dans les années à venir, au vu des prévisions économiques de la Suisse, du nombre d’habitants attendus dans le Haut-Doubs et des projets immobiliers.

« Toutes ces tensions qui montent crescendo depuis 15 ans vont continuer. On sait qu’à l’échelle du Pays du Haut-Doubs on va passer de 65 000 habitants à 80 000 d’ici 2040. La tendance est vérifiée année après année », souligne Philippe Pichot, directeur du syndicat mixte du Pays du Haut-Doubs.

Il y a deux ans, le syndicat mixte se rapproche du Nord Vaudois pour tenter de trouver une stratégie, qui peine à arriver, pour améliorer la question des mobilités.

« Souvent, on attendait sur l’État, la Région, au motif qu’ils disposaient des compétences et des moyens. À un moment, on s’est dit qu’il fallait y aller et on s’est renseigné sur l’outil PTIC », poursuit Philippe Pichot.

Les plans territoriaux intégrés de coopération (PTIC) sont des dispositifs européens soutenus par le programme Interreg France-Suisse afin de déployer des projets et solutions concrètes de levée des obstacles à la frontière.

Deux entités portent désormais ce PTIC au niveau du Mont d’Or et de la Dent de Vaulion : la CCLMHD côté France et l’ADAEV côté Suisse.

« Le PTIC est un élément prioritaire du schéma de mobilités du Pays du Haut-Doubs. On sait que la question des mobilités trouve des ramifications plus loin mais on a voulu intervenir sur le périmètre le plus impacté et impactant », précise Philippe Pichot.

90% des trajets domicile-travail réalisés en voiture

Les premiers résultats de cette étude ont été présentés à Jougne le 18 juin. Le territoire étudié comprend la CCLMHD (32 communes et 16 500 habitants) et le Nord Vaudois (73 communes, 96 500 habitants).

Sur ce périmètre, 90% des trajets domicile-travail sont réalisés en voiture. 45% des actifs français de ce territoire ont un emploi en Suisse.

Les flux transfrontaliers sont majoritairement destinés vers la Vallée de Joux et les agglomérations de Lausanne et Yverdon-les-Bains.

Pour absorber tous ces flux, le territoire est doté d’une plateforme de covoiturage mais ce système « s’essouffle », souligne Marius Basty, chef de projet au sein du cabinet d’études TTK, chargé de ce PTIC, mais aussi d’un réseau ferroviaire composé de sept lignes et dix-sept gares, ainsi que d’un réseau interurbain de 18 lignes de bus/car.

L’étude met cependant en évidence d’importants écarts d’offre et de fréquentation entre les gares et une intermodalité non optimisée avec le fer en provenance de la France.

Du côté français, le niveau d’offre ferroviaire est inférieur à 10 trains par jour, quand de l’autre côté de la frontière, cela peut monter à 80 trains par jour. Idem pour le niveau d’offre du réseau de transport public routier qui est inférieur à 10 trajets par jour côté France, et pouvant aller à plus de 90 côté Suisse.

Graphique comparatif niveau d’offre ferroviaire France Suisse
Cartographie du niveau d’offre ferroviaire sur le territoire ©TTK
Graphique comparatif niveau d’offre routière France Suisse
Cartographie du niveau d’offre routier ©TTK

Une amélioration de l’offre ferroviaire envisagée

Plusieurs mesures et actions ont été présentées, mais il s’agit là de pistes de réflexion.

« Elles sont en phase d’émergence. Elles ne sont pas concrétisées », insiste Marius Basty.

La stratégie d’ensemble se base sur une gouvernance transfrontalière, une volonté de construire une armature de dessertes en transports collectifs et la valorisation des dynamiques territoriales et touristiques à l’œuvre.

Concrètement, des réflexions se tournent vers l’amélioration de l’offre ferroviaire Pontarlier-Frasne-Vallorbe avec une augmentation du nombre de liaisons ferrées transfrontalières afin d’avoir une offre connectée aux réseaux en correspondance : RER Vaud en gare de Vallorbe, Bus Travys à Vallorbe (connexions vers la vallée de Joux et le Nord Vaudois), TGV vers Paris et Dijon ainsi que le TER Mobigo en gare de Frasne.

Un système dynamique pour prioriser les bus sur la route

L’étude mène également des réflexions sur le réseau routier avec notamment la ligne routière transfrontalière Pontarlier – Les Hôpitaux Vieux/Neufs – Jougne – Vallorbe.

L’idée est d’avoir une offre complémentaire à la ligne ferroviaire avec un bus par heure.

« L’itinéraire est actuellement victime des forts ralentissements sur la RN 57 et la RC 251 nécessitant des solutions innovantes pour fiabiliser le temps de parcours. Sans moyens d’accélération, le temps de trajet peut atteindre 1h10 », reconnaît Marius Basty.

Pour cela, il est proposé d’explorer le concept de “contreflow”, fonctionnant déjà dans les Cantons d’Argovie et de Lucerne. Via un système dynamique de capteurs et de feux, ce système permet d’arrêter la circulation dans les deux sens pour permettre au bus de dépasser la remontée de file.

« Le temps de trajet pourrait être ramené à 45 minutes ».

Le dispositif serait envisageable sur 1,2 km entre l’entrée sud de Jougne et l’entrée des Tavins, mais aussi entre Les Tavins et la Rue des Forges, en amont du poste de douane, à l’entrée de Pontarlier ainsi qu’entre les arrêts Vallorbe, les Jurats et Vallorbe, Le Creux.

Une autre réflexion relative à une ligne routière transfrontalière Pontarlier – Les Fourgs – L’Auberson – Sainte-Croix – Yverdon-les-Bains est envisagée pour offrir une alternative à la voiture individuelle pour les travailleurs frontaliers du Grand Pontarlier et de la CCLMHD pour rejoindre Saint-Croix et Yverdon.

Un bus par heure est proposé pour un temps de trajet de 40 minutes. L’offre serait connectée au R12 pour Yverdon avec une possibilité de prolonger certaines courses à Yverdon-les-Bains via Y-Parc (1h10 de trajet).

Enfin, une dernière ligne routière pour rejoindre la Vallée de Joux depuis Mouthe est proposée, en rabattement sur le RER Vaud et les lignes Travys, AVJ et MBC (un bus/heure aux heures de pointe).

Cela offrirait une alternative à la route pour accéder aux emplois des manufactures horlogères, mais l’étude indique que ce développement doit « s’accompagner d’une structuration des solutions de rabattement à Mouthe ».

Toutes ces propositions routières et ferroviaires nécessitent l’implication et l’accord des autorités organisatrices des mobilités, à savoir la Région Bourgogne-Franche-Comté côté France et le Canton de Vaud côté Suisse.

Des investissements d’Interreg pourraient faire évoluer les dossiers, estiment les élus de la CCLMHD.

« Aujourd’hui, on a un diagnostic posé, avec des chiffres précis. Si derrière, on arrive à obtenir des financements d’Interreg, on peut aller voir la Région pour lui montrer que tant du montant est pris en charge et que nous, communauté de communes, on est prêt aussi à bouger. Si ça déclenche des financements d’Interreg, ça pourrait montrer le sérieux de notre demande et des dossiers. Après, il nous faut malgré tout l’accord de l’autorité régulatrice. Si elle dit non, ce sera non », concède Sylvain Bobillier-Monnot.

La démarche du PTIC doit se poursuivre avec la mise en place d’un modèle de gouvernance et le montage de deux projets Interreg qui seront choisis en juillet. L’un devrait porter sur le ferroviaire.

Réflexions sur des liaisons et jointures cyclables

Lors de la présentation des premiers résultats de ce PTIC, une piste de réflexion relative à une nouvelle liaison cyclable entre Les Fourgs et Sainte-Croix a été présentée.

L’objectif est de proposer une complémentarité à l’offre de transports collectifs pour les trajets quotidiens, mais aussi de développer un réseau cyclable structurant permettant de relier les deux versants du territoire qui relient les polarités principales.

Une autre réflexion a été étudiée concernant la jointure cyclable entre Jougne – Ballaigues – Le Day – Vallorbe.

« Il s’agit de s’appuyer sur le projet CycloMétaVal pour assurer une continuité cyclable entre les deux versants en reliant les centres-bourgs et les gares de Vallorbe et de Le Day », précise TTK.

CycloMétaVal est un projet de création d’une nouvelle connexion cyclable entre Métabief et Vallorbe. Ce dernier démarre après l’obtention du soutien du programme européen Interreg France Suisse. Il vient alors d’obtenir des financements européens, fédéraux et cantonaux.

Les échanges datent de 2023 et le projet est porté par le Département du Doubs et le Canton de Vaud, en lien avec la Commune de Vallorbe.

Il vise à créer une connexion cyclable sécurisée entre les deux pays au poste frontière de Vallorbe. À l’heure actuelle, il n’existe aucun point de passage sécurisé dans ce secteur, « ce qui limite très
fortement l’usage du vélo pour les déplacements frontaliers, qu’ils soient touristiques, de loisirs ou utilitaires. Aussi, le projet propose d’apporter un élément d’innovation pour participer à la fluidification des flux sur ce territoire frontière. Il vise à œuvrer au report vers le vélo, tant pour les déplacements de loisirs que pour répondre à des besoins utilitaires via des déplacements intermodaux combinant vélo et train. Il sous-tend dès lors une démarche de coordination inédite entre autorités françaises et suisses », précisent les trois instances.

La durée du projet est prévue pour trois ans.