Besançon. « On nous a baladés pendant des années » : Michel Vautrot amer face à la fermeture du CIS

Evoqués au conseil municipal le 15 octobre dernier, les arbitrages financiers menés par la nouvelle municipalité ont fait une première victime : le Centre International de Séjour. Après plus de vingt ans à la tête de la structure, son président Michel Vautrot ne cache pas son amertume face à la fermeture annoncée de la structure et dénonce un manque de communication de la Ville.

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Bâtiment du Centre International de Séjour de Besançon c PG

Après plus de vingt ans à la tête du Centre international de séjour (CIS), Michel Vautrot voit la structure d’hébergement menacée de fermeture à la suite de l’abandon du projet de rénovation du bâtiment par la Ville. S’il reconnaît la légitimité du choix politique, l’ancien arbitre international dénonce la manière dont la décision a été prise et alerte sur ses conséquences sociales et économiques.

Un arbitrage politique qui condamne le CIS

Lors du conseil municipal du 15 octobre dernier, Ludovic Fagaut est revenu sur la décision prise par la nouvelle municipalité d’abandonner le projet de rénovation du bâtiment du CIS, vieux de plus de soixante ans. Il a présenté ce choix comme « un arbitrage nécessaire lié à un héritage de casseroles ». Le maire a notamment mis en avant la dépendance financière de la structure à l’égard de la Ville ainsi que la baisse significative de son activité ces dernières années. « La structure vit sous perfusion depuis des années. La Ville lui verse chaque année plus de 130 000 euros de subventions pour payer les loyers. En 2025, l’activité a connu une baisse de 32 %. Aujourd’hui, le CIS perd presque 30 000 euros par mois », a-t-il déclaré. Le coût particulièrement élevé lié à la rénovation du bâtiment a été évoqué pour justifier l’arbitrage. « Il faudrait près de 3 millions d’euros pour rénover le bâtiment. Or, on ne peut plus continuer à soutenir une structure qui ne présente pas un projet fiable. On fait des choix qui ne sont pas simples, mais on assume les casseroles du mandat précédent », a justifié le maire. Une position que le président du CIS, Michel Vautrot, tient à nuancer.

Une structure laissée à l’abandon depuis des années

Depuis sa création dans les années 1960, les locaux du CIS, situés sur le pôle Temis, n’ont jamais fait l’objet d’une rénovation d’ensemble. Les seuls travaux évoqués par la direction remontent à 2006, pour un coût estimé à un million d’euros. Depuis, aucune nouvelle opération d’envergure n’a été engagée, malgré les demandes répétées de la direction. C’est ce que déplore son président, Michel Vautrot. « On nous a baladés pendant des années en nous faisant croire que des aides financières allaient arriver pour rénover les bâtiments », regrette-t-il. Aujourd’hui, la Ville a abandonné le projet de soutien financier destiné à rénover les locaux, compromettant ainsi la poursuite de l’activité du centre. Devenus vétustes, les bâtiments ne sont plus adaptés à l’accueil des groupes. Et les fortes chaleurs de l’été dernier ont encore aggravé les difficultés rencontrées par l’établissement. « Nous avons vécu six mois catastrophiques à cause des températures caniculaires à l’intérieur des locaux. Il faisait plus de 35 °C dans les chambres et 38 °C dans la cuisine. Comment voulez-vous attirer des clients avec de telles infrastructures ? », s’interroge Michel Vautrot.

Une manière de faire qui interroge

Si Michel Vautrot respecte le choix politique de la municipalité, il conteste fermement la manière dont la décision a été prise. « Je ne conteste pas le fond de la décision. C’est un choix politique réalisé par un élu, de manière démocratique, et je l’accepte. Mais ce que je conteste fermement, c’est la forme et la façon dont les choses ont été faites », explique-t-il. Le président reproche notamment à la municipalité son manque de communication. « Il n’y a eu aucune concertation, aucune communication. La décision d’abandonner le projet de rénovation pour le CIS a été prise le 30 août par la municipalité. Nous avons reçu un pauvre mail le 6 octobre pour nous l’annoncer », avance-t-il. Au-delà du désaccord avec la Ville, l’arrêt du soutien municipal a des conséquences directes sur les salariés de l’établissement. Les 16 employés du CIS risquent ainsi de perdre leur emploi à la fin de l’année.

Des partenaires qui menacent de quitter Besançon

Si la date définitive de fermeture de l’établissement n’est pas encore connue, la direction a déjà dû prendre ses dispositions afin de prévenir ses partenaires historiques. Certains envisagent désormais de quitter Besançon, faute de solutions d’hébergement à des tarifs abordables. C’est notamment le cas des Compagnons du Devoir, avec lesquels le CIS était historiquement lié par une convention pour héberger des jeunes, qui envisagent de quitter Besançon pour Dijon. Le directeur du CREPS (Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive), qui utilise également une partie des locaux du CIS, évoque lui aussi la possibilité de quitter la capitale comtoise. « C’est une décision qui est prise à la volée et qui sera lourde de conséquences pour de nombreuses personnes et des gamins », dénonce Michel Vautrot.

Le profit au détriment du social ?

Au-delà des enjeux financiers, c’est la vocation sociale du CIS que son président défend. « J’ai demandé au maire : « Qu’est-ce qu’on va faire des gens qui viennent au CIS ? » Il m’a répondu : « Ils iront à l’hôtel » », raconte Michel Vautrot, qui déplore cette réponse. Pour lui, cette solution ne tient pas compte du public accueilli par la structure. « Le CIS a été fondé à l’origine sur le principe d’une politique sociale d’après-guerre, dans laquelle la recherche du profit n’était pas fondamentale. Il a avant tout une portée sociale et solidaire. Il permet à des jeunes et à des personnes qui n’ont pas forcément les moyens de venir à Besançon d’être logés », explique-t-il. Pour ces publics, l’hôtel représente rarement une solution équivalente, notamment en raison de son coût. La fermeture du CIS poserait selon lui la question du maintien d’une offre d’hébergement accessible à Besançon, pour les jeunes, les mineurs non accompagnés, les groupes et les personnes disposant de moyens limités.