Le discernement, outil indispensable pour utiliser la technologie
Yvon Bordet est natif de Poligny. Il vit désormais à Vevey en Suisse après une carrière d’enseignant du français en France, aux États-Unis et en Suisse.
Le discernement est l’expression du bon sens. Il permet d’additionner et non pas d’opposer « le langage affectif et le langage technique ». Pour Yvon Bordet, cela passe par l’écriture à la main, un débat philosophique remontant à Aristote. Le philosophe grec s’opposait à l’idée de « l’Homme, le plus intelligent des animaux parce qu’il a des mains » lui préférant « l’Homme a des mains parce qu’il est le plus intelligent des animaux ». Les mains sont le prolongement de l’intelligence.
La Chine, pays à la culture multimillénaire (Xi Jinping l’a rappelé récemment, opposant les 5 000 ans de culture chinoise aux 250 ans de l’histoire des USA), s’interroge sur l’importance d’enseigner à nouveau la calligraphie. L’écriture chinoise compte plus de 50 000 idéogrammes différents qui ont été progressivement simplifiés pour « coller » à l’écriture numérique. Les nouvelles générations chinoises ne maîtrisent plus leur culture poétique.
Revenir à l’école de Jules Ferry
Yvon Bordet est convaincu que l’évolution de l’enseignement de la langue française doit passer par l’écriture à la main (héritage grec) et la « cantillation », la déclamation à voix haute et intelligible des textes de poésie classique. « Faire vibrer les mots comme une musique, c’est accéder à la spiritualité de la langue, respecter son auditoire et se respecter soi-même ». Aucune technologie ne peut traduire l’éphémère, l’improbable !
Yvon Bordet demeure optimiste sur l’avenir du langage affectif versus le langage technique
Il faut plutôt concilier les deux méthodes. « Il est difficile de mettre de l’affect dans la relation entre un contrôleur aérien et un pilote d’avion. Le langage doit être technique, militaire et ne permettre aucune interprétation possible ».
A l’inverse, le logos offre la faculté de jugement, le développement du sens critique. Il affirme la primauté du logos sur les langages techniques, comme l’héritage des traditions intellectuelles et littéraires millénaires. Ainsi, un enfant élevé aux smartphones et aux multiples écrans, pourra exercer son discernement à tous les moments de sa vie sociale et professionnelle…et ne pas devenir « un gueux » !
Refuser la démission intellectuelle
C’est un sacerdoce pour Yvon Bordet : « Réhabiliter l’attention, la mémoire, la lecture lente, la récitation, l’écriture à la main soignée. A l’âge des robots, ce sont les exercices de souveraineté. L’enjeu n’est pas de refuser la technique mais de refuser la démission. L’IA peut amplifier nos capacités, ne pas définir nos finalités » explique cet apôtre des « belles lettres ».
« Personne, sur la Terre, n’a d’autre issue que d’aller toujours plus haut » (Alexandre Soljenitsyne). Une belle ambition pour les nouvelles générations.
Yves Quemeneur
« Le logos avec les robots » Yvon Bordet ©2026 Éditions La Valsainte






























