Desserte ferroviaire : les élus francs comtois poussent un coup de gueule

L’Etat, la Région Bourgogne Franche-Comté, la SNCF, les opérateurs privés ont réussi le tour de force de liguer contre eux l’ensemble des principales agglomérations de Franche-Comté. Réunis au sein du Pôle métropolitain Centre Franche-Comté, elles se mobilisent pour accélérer un volet mobilités ferroviaire à la hauteur des enjeux économiques et écologiques de la région.

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Anne Vignot Maire de Besançon et Présidente du Pôle métropolitain Centre Franche-Comté et Alain Chrétien, Maire de Vesoul et vice-président du Pôle métropolitain lors de la conférence de presse du 4 janvier 2023 ©YQ
« Une conférence de grande urgence »

Les maires et présidents de métropole et d’agglomération de Besançon, Vesoul, Dole, Lons-le-Saunier, Pontarlier et Morteau étaient réunis dans la salle du conseil de l’hôtel de Ville de Besançon le 4 janvier. « Ca avait de la gueule » a souligné un observateur de la vie comtoise. Unanimes pour condamner l’absence d’investissements alors qu’au même moment, SNCF Réseau présentait à Dijon ses projets pour l’année 2023, alors que le Préfet de région n’a toujours pas reçu sa lettre de mission sur le volet mobilités du CPER (contrat de plan Etat-Région).

La RN 57, invitée surprise en marge du ferroviaire
Patrick Genre le Maire de Pontarlier est particulièrement inquiet de la suppression éventuelle de la ligne TGV Lyria et son arrêt à Frasne ©YQ

Patrick Genre a gentiment taclé Anne Vignot « Nous sommes réunis pour parler des enjeux du ferroviaire…sans toutefois oublier l’ensemble des mobilités et notamment les infrastructures routières. L’aménagement de la RN 57 est indispensable pour l’ensemble de notre territoire ». Sur ce point, la confédération helvétique a fait sa part de boulot entre Lausanne et Vallorbe. Yves Krattinger le patron du département de Haute-Saône a également délié sa bourse entre Besançon et Vesoul. A  Besançon, on peut simplement contempler les piles d’un hypothétique pont construit en 1971 pour enjamber une hypothétique 2×2 voies à Beure. Dépenses inutiles, études puis contre études, concertations à n’en plus finir, les salariés et autres travailleurs en sont réduits à des heures d’embouteillages quotidiens alors que la ligne des horlogers n’offre que 6 liaisons quotidiennes entre Besançon et Morteau…en plus à des horaires inadaptés !

Les priorités ne sont pas les mêmes des deux côtés de la frontière

Les objectifs sont ambitieux en Suisse comme en France en matière climatiques, énergétiques et environnementaux. Toutefois, la partie suisse de l’Arc Jurassien a transformé les objectifs en actions.  Il existe 58 liaisons ferroviaires quotidiennes entre Neuchâtel et Lausanne alors que la France ne dispose que de 6 liaisons chaque jour entre Besançon et Morteau. La liste est longue du retard ferroviaire français : 87 liaisons quotidiennes entre Lausanne et Genève contre 10 entre Bourg-en-Bresse et Genève ou encore 5 trains quotidiens entre Morteau et la Chaux-de-Fonds quand il en existe 41 entre la Chaux-de-Fonds et Neuchâtel.

De fortes inquiétudes pour le rail en Franche-Comté
Les élus du Pôle métropolitain Centre Franche-Comté ont illustré leurs propos par une carte présentant les enjeux ferroviaires de la région ©YQ

« La dégradation des lignes ferroviaires intervient au pire moment ». Alain Chrétien cite la « paupérisation du service ferroviaire alors que les villes moyennes ont un potentiel de développement énorme grâce au cadre et la qualité de vie ». On ne peut pas prétendre « réindustrialiser les territoires » sans donner des moyens rapides, confortables et permanents de mobilités. Le Maire de Vesoul poursuit « Nous devrions avoir des trains qui arrivent à l’heure…nous n’avons pas de trains du tout, des relations supprimées et des wagons bondés ».

« Nous n’avons plus d’interlocuteurs »

L’exemple de la ligne Paris-Bâle est éloquent. Alors cet axe ferroviaire est stratégique et international, il a été découpé en morceaux : Transilien dans la relation Paris-Troyes, sous l’autorité de la région Grand-Est pour le reste et malheureusement absent sur l’axe Belfort-Bienne. « Faire Vesoul-Paris en 3h30, c’est dégoûter les voyageurs » insiste Alain Chrétien.

Aucune cohérence d’ensemble. L’Etat se désengage, la Région n’a plus de moyens, la SNCF tend la sébille sans rien offrir en échange et les opérateurs privés comme Lyria (TGV Lausanne-Paris) n’attendent qu’une occasion pour supprimer les arrêts à Frasne, voire même à Dole. « Si nous ne nous battons pas tous ensemble, le TGV Lyria reliera Lausanne à Paris avec un seul arrêt à Dijon…intolérable » s’est emporté Patrick Genre le Maire de Pontarlier. Inquiétude partagée par les élus de Dole Jean-Pascal Fichère et Jean-Baptiste Gagnoux, respectivement président de Grand Dole et Maire de Dole.

Jean-Yves Ravier et Claude Borcard pour l’agglomération de Lons-le-Saunier, ne disent pas autre chose. « Nous avons investi fortement dans la création d’un pôle multi-modal autour de la gare de Lons modernisée. A quoi cela va-t-il servir si les trains ne s’arrêtent plus ». Dans le Jura, les élus sont aussi confrontés au découpage avec les régions limitrophes. Bourg-en-Bresse et Lyon sont en région Auvergne Rhône-Alpes avec des objectifs économiques différents.

Les élus du Pôle métropolitain Centre Franche-Comté s’étonnent également de la suppression de la ligne à Grande Vitesse qui reliait jusqu’en 2018 Mulhouse à Lille en passant par Roissy. Cet axe structurant avec le principal aéroport européen et les pays de l’Europe du Nord est indispensable à l’essor économique de la Franche-Comté.

L’Arc jurassien franco-suisse a besoin d’être mieux irrigué
Cédric Bôle, le maire de Morteau, insiste sur la modernisation de la ligne des Horlogers pour répondre au besoins futurs de main d’oeuvre avec la Suisse ©YQ

Anne Vignot s’étonne que le Président de la République n’ait pas pris toute la mesure de la crise climatique et de son impact en Franche-Comté. « Notre territoire concentre 19% des emplois industriels. Le ferroviaire est un atout et une richesse pour mieux l’irriguer, dans les relations domicile-travail et pourquoi pas pour le fret ». Cédric Bôle le Maire de Morteau l’a encore rappelé « ce sont 8 000 emplois en Suisse à pourvoir dans les années à venir en proximité de la Franche-Comté. L’essor du ferroviaire est impératif ».

Anne Vignot, au nom du Pôle métropolitain Centre Franche-Comté, doit rencontrer Clément Beaune le ministre des transports dans le courant du mois de janvier. Aura-t-elle la volonté d’imposer les trois priorités de la région en matière de transport : la modernisation des lignes ferroviaires, l’amélioration du confort des trains et des cadencements adaptés et enfin la réalisation de l’aménagement routier de la RN 57 entre Micropolis et Beure. Il lui faudra une sacrée force de persuasion d’autant que Marie-Guite Dufay, la Présidente de la Région Bourgogne Franche-Comté, a refusé de signer avec toutes les autres régions « un new deal ferroviaire » à hauteur de 100 milliards d’euros entre 2023 et 2033 pour moderniser l’offre de trains française.

La mobilité est un enjeu national. Comment réindustrialiser les territoires et lutter contre les dérèglements climatiques sans une offre multiple de mobilités ? Les aménagements routiers et ferroviaires doivent y répondre. En Franche-Comté particulièrement, c’est un impératif vital.

Yves Quemeneur