
En ce mois de juin, le Comité du Souvenir Français du Val de Morteau et du Pays du Saugeais relance son cycle mémoriel consacré aux passeurs du Val de Morteau durant la Seconde Guerre mondiale. Une seconde édition centrée cette fois sur le passage clandestin de familles juives vers la Suisse entre 1942 et 1944, dans un territoire frontalier qui était un lieu stratégique de fuite face à la Shoah. « Le long de cette frontière, il y a environ 500 familles juives qui sont passées. Il faut le mettre en avant, ce n’est pas encore assez connu », souligne Jean-Michel Blanchot, président du comité du Souvenir Français du Val de Morteau. Le cycle est soutenu par la Communauté de communes du Val de Morteau et la Ville de Morteau.
Une frontière stratégique
Entre 1942 et 1944, le Val de Morteau devient l’un des principaux points de passage clandestin vers la Suisse. Des familles juives venues notamment de Belgique ou des Pays-Bas arrivent en train à Morteau avant de tenter de rejoindre Le Locle ou les montagnes neuchâteloises, souvent de nuit, à pied, parfois à travers le Doubs. Certains fugitifs étaient aidés par des passeurs ou des habitants du secteur, qui indiquaient des chemins, hébergeaient temporairement les familles ou guidaient les groupes jusqu’à la frontière. D’autres furent refoulés par les autorités suisses avant d’être arrêtés puis déportés. Le cycle mémoriel 2026 est dédié à la mémoire d’Alain Jurkiewicz, un enfant juif passé par cette frontière avant d’être refoulé par la Suisse puis assassiné à Auschwitz à l’âge de neuf ans.
Une conférence avec une docteure en histoire
Après une première conférence organisée en mai, le second temps fort du cycle se déroulera vendredi 5 juin à 20 h, à l’Escale de Morteau. Ruth Fivaz-Silbermann, docteure en histoire à l’Université de Genève, interviendra autour du thème : « Val de Morteau : une voie sûre vers la Suisse ? » Pour Jean-Michel Blanchot, c’est une référence : « Sa thèse de doctorat à Genève a été un élément essentiel pour comprendre tout ce qui s’est passé à la frontière. »
Une cérémonie au Mont Châteleu
Le lendemain, samedi 6 juin, une cérémonie mémorielle se déroulera à partir de 10 h sur le parking de l’auberge du Mont Châteleu, haut lieu symbolique des passages clandestins. Un dépôt de gerbes à la stèle des passeurs est notamment prévu en forêt. La cérémonie réunira autorités civiles et militaires, mais aussi plusieurs formations artistiques locales, avec la participation du chœur d’hommes Les Essarts, d’un quatuor de violoncellistes de l’école de musique du Val de Morteau et de la chanteuse Cylia Houser. « C’est une cérémonie sur laquelle on a vraiment travaillé le symbolisme », explique le président du comité.
Sensibiliser les jeunes au lycée
Le Souvenir Français souhaite aussi transmettre cette mémoire aux jeunes. Depuis plusieurs semaines, près de 200 lycéens ont déjà participé à des visites guidées du sentier Michel Hollard, inauguré en 2022. Le vendredi 5 juin après-midi, des ateliers seront également organisés au lycée Edgar-Faure de Morteau avec Ruth Fivaz-Silbermann et Agnès Hollard, petite-fille du résistant Michel Hollard.
« Petit à petit, les gens entendent parler de ce qu’on fait et des familles nous contactent pour nous confier des archives », confie Jean-Michel Blanchot. Le comité espère désormais aboutir, d’ici deux ans, à la publication d’un ouvrage consacré aux passeurs et à la déportation dans le Val de Morteau.





























