ITER

Alain Becoulet revient chez lui, 16 ans après l’accord officiel pour le programme ITER. Derrière cet acronyme, le projet d’une vie, pour peut-être un jour créer une source d’énergie inépuisable. « L’International Thermonuclear Experimental Reactor, est une véritable organisation mondiale comme l’est l’ONU. Elle regroupe depuis 2006 les pays de l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Chine, La Russie, l’Inde, la Corée du Sud, et le Japon. Des pays qui représentent plus de 50% de la population sur terre et 80% du produit intérieur brut mondial. La planète entière est donc concernée et travaille ensemble au-delà des considérations de politique internationale. », résume l’intéressé.

Professeur agrégé de physique, ancien directeur de l’Institut de recherche sur la fusion par confinement magnétique (IRFM) du CEA, Alain Becoulet originaire de Pontarlier est le chef de l’ingénierie sur cet immense projet. Au sortir d’une COP27 dont les engagements de pacotilles ne changent rien à l’urgence climatique, ITER, mot latin qui signifie également chemin, pourrait être celui de l’énergie verte et illimitée.

Malgré les tensions internationales, chaque pays poursuit son investissement

Pour un tel projet, l’attente et les travaux ne se comptent pas en mois ni en années mais en décennie. Si l’accord entre toutes les nations participantes est signé le 21 novembre 2006 au palais de l’Élysée à Paris, il faut remonter à 1986 et le sommet de Reykjavik pour retrouver les prémices de l’ITER déjà évoqué y compris par les États-Unis et l’URSS, alors en pleine Guerre Froide. Malgré les tensions et crises internationales successives, aucun membre n’a lâché ce projet crucial pour l’avenir. « La Russie a officiellement déclaré son intention de rester dans le projet par exemple. Au lancement du programme, le Japon voulait tout accueillir chez lui et c’est Jacques Chirac qui est allé régler le problème en cinq minutes : il leur a fait comprendre que sans eux il n’y aurait rien et qu’ils porteraient la responsabilité de l’abandon mondial pour un projet qui doit sauver l’avenir », glisse Alain Becoulet.

25 milliards en 20 ans

La France est au cœur du processus : en 2005, les membres du projet choisissent à l’unanimité le site de Cadarache, au nord-est d’Aix-en-Provence. « Ça donne clairement un poids à notre nation. Financièrement, ça représente 25 milliards d’€ d’investissements en 20 ans, des milliers d’emplois générés sur le territoire. Dire qu’on a le projet énergétique du futur sur son sol, c’est encore mieux que les JO 2024 par exemple alors que l’investissement est bien moindre. Le Qatar sort plus de 200 milliards pour une Coupe du monde, l’Arabie Saoudite annonce 500 milliards de dollars pour sa ville futuriste Neom… Proportionnellement l’urgence climatique ne représente rien. »

Remplacer le nucléaire

La crise sanitaire et la guerre en Ukraine ralentissent la cadence d’un programme réglé à la semaine près. « A l’issue des travaux en cours, ce sera la plus grande miniaturisation qui n’aura jamais été réalisée et qui recréera donc à petite échelle ce qui se passe au cœur du soleil. La construction en question sera terminée à la fin de cette décennie. Nous avons ensuite l’objectif de maitriser le processus dans les dix ans qui suivent et de créer le premier réacteur à la fin des années 2040. La décennie qui suivra pourrait être celle où cette nouvelle source d’énergie remplacera le nucléaire. », poursuit Alain Becoulet, seul francophone a faire partie de la direction générale.

La fin de la construction est prévue pour 2025. Tout se déroule sur le site de Cadarache, près d’Aix-en-Provence

Créer un environnement à 150 millions de degrés

Pour parvenir à ce résultat, le projet ITER travaille sur « la fusion thermonucléaire », pour recréer sur terre ce qui se passe au cœur du soleil et d’en faire une source d’énergie. « ITER, c’est la fusion, de petits noyaux d’hydrogène qui vont entrer en collision entre eux et dégager de l’énergie en fusionnant. Nous devons recréer un milieu avec une température de 150 millions de degrés ! Aucune boite ne peut le supporter, elle se désintégrerait. Donc nous allons en créer une immatérielle grâce à une cage magnétique capable de contenir un milieu aussi chaud. Cet équipement s’appelle Tokamak. »

L’avancée du programme devrait faire parler dans un an ou deux. Fin 2025 voire début 2026, ITER produira son premier plasma, marquant la fin de la phase de construction et le début du programme opérationnel. La veille de sa venue à Pontarlier, Alain Becoulet sera à Deauville et une semaine plus tard à Washington, toujours pour la même raison : diffuser, expliquer et annoncer le projet climatique du siècle.

Conférence d’Alain Bécoulet le vendredi 2 décembre à 18h, salle Morand à Pontarlier. Ouverte à tous

M.S et D.A